Europa++ - http://www.pan-europe.org/europaplusplus/lettre/archives/ Lettre d'information PanEurope - France http://www.pan-europe.org/europaplusplus/logo.gifEuropa++http://www.pan-europe.org/europaplusplus/lettre/archives/ Mon, 22 Oct 2007 04:57:26 GMT Les vélos en libre service, un bon exemple d'économie mixte http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=239 239 <br /><br /> <div align="justify">Elles suivent en cela un mod&egrave;le europ&eacute;en d&eacute;j&agrave; bien rod&eacute;. L&rsquo;initiative publique, appuy&eacute;e sur le pouvoir de r&eacute;gulation r&eacute;galien, est indispensable. En l&rsquo;esp&egrave;ce, elle repose sur la collectivit&eacute; locale, qui est seule capable de d&eacute;cider de renverser la domination s&eacute;culaire de la voiture (initiative priv&eacute;e) en imposant des solutions de remplacement soigneusement &eacute;tudi&eacute;es. L&rsquo;objectif s&rsquo;inscrit dans les exigences majeures auxquelles doivent dor&eacute;navant satisfaire les soci&eacute;t&eacute;s humaines : diminuer la consommation d&rsquo;&eacute;nergie et la pollution, remodeler les espaces urbains, associer le citoyen &agrave; la protection de l&rsquo;environnement, etc. Pour contribuer &agrave; cet objectif, la collectivit&eacute; publique investit un certain nombre de ressources, qui seront largement amorties par les b&eacute;n&eacute;fices globaux que procurera la nouvelle politique.<br /> <br /> Mais, plut&ocirc;t que tout faire seule, c&rsquo;est-&agrave;-dire mettre en place une r&eacute;gie municipale des v&eacute;los en libre service, la collectivit&eacute; passe un contrat avec une entreprise priv&eacute;e qui se charge des principales prestations n&eacute;cessaires au fonctionnement du service : fourniture des infrastructures et des engins, maintenance, gestion des recettes et d&eacute;penses. Le service n&rsquo;est pas propos&eacute; gratuitement aux usagers, ce qui serait de mauvaise politique. Mais il l&rsquo;est &agrave; un co&ucirc;t ne d&eacute;courageant pas l&rsquo;utilisateur &agrave; faible revenu. Ce co&ucirc;t et les contreparties (publicitaires et autres) autoris&eacute;es par le contrat de concession de service public permettent au concessionnaire d&rsquo;&eacute;quilibrer sa gestion et de cr&eacute;er des emplois. La collectivit&eacute; per&ccedil;oit m&ecirc;me un certain montant de la redevance.&nbsp; Globalement donc, c&rsquo;est du gagnant-gagnant, selon l&rsquo;expression d&eacute;sormais fameuse. <br /> <br /> On m&rsquo;objectera que tout n&rsquo;est pas parfait dans le syst&egrave;me du v&eacute;lo en libre-service. Certes, mais le dispositif&nbsp; pourra &ecirc;tre am&eacute;lior&eacute;. Est-il transposable &agrave; des &eacute;chelles &eacute;conomiques et sociales plus ambitieuses ; par exemple &agrave; la production d&rsquo;&eacute;nergie ? Pourquoi pas ? Disons seulement qu&rsquo;en fonction de l&rsquo;importance des enjeux, les collectivit&eacute;s publiques devront garder plus ou moins de poids dans les montages mis en place. On ne concevrait pas que les centrales nucl&eacute;aires soient abandonn&eacute;es &agrave; des gestionnaires priv&eacute;s, comme certains lib&eacute;raux semblent vouloir le souhaiter. Plus g&eacute;n&eacute;ralement, le rapprochement des int&eacute;r&ecirc;ts publics suppos&eacute;s d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;s et des int&eacute;r&ecirc;ts priv&eacute;s attach&eacute;s l&eacute;gitimement au profit cr&eacute;e des tentations et peut cr&eacute;er des d&eacute;rives: trafics d'influence, corruptions, etc. Mais tous les syst&egrave;mes g&eacute;n&egrave;rent de tels risques, que ce soit la r&eacute;gie directe ou l'exploitation enti&egrave;rement confi&eacute;e au priv&eacute;. Il faut s'en pr&eacute;munir par un contr&ocirc;le juridique ad&eacute;quat et aussi par le droit de regard donn&eacute; aux usagers et aux citoyens. <br /> <br /> Quoiqu&rsquo;il en soit, ce type d&rsquo;&eacute;conomie mixte est mille fois pr&eacute;f&eacute;rable au jeu du march&eacute; et &agrave; l&rsquo;initiative priv&eacute;e s&rsquo;exer&ccedil;ant sans aucun contr&ocirc;le. On voit ce que peuvent &ecirc;tre les d&eacute;g&acirc;ts du lib&eacute;ralisme en &eacute;tudiant la situation actuelle des Etats-Unis. Des organismes de cr&eacute;dits &laquo; lib&eacute;raux &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire recherchant le profit le plus imm&eacute;diat, ont pr&ecirc;t&eacute; &agrave; tout va &agrave; des citoyens non avertis. L&rsquo;accroissement de consommation en r&eacute;sultant, apr&egrave;s une phase de &laquo; croissance &raquo;&nbsp; lou&eacute;e par tous les id&eacute;ologues du march&eacute;, est en train de se transformer&nbsp; en une crise &eacute;conomique et sociale dont la fin ne parait pas en vue. L&rsquo;Europe ne peut pas, pour sa part, se permettre de telles aventures. <br /> </div> Sun, 30 Sep 2007 23:00:00 GMT La coopération renforcée en matière de défense et de sécurité Européenne http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=240 240 <br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br /> <div align="justify">Pourquoi et comment coop&eacute;rer dans le domaine de la d&eacute;fense et de la s&eacute;curit&eacute; au sein de l&rsquo;Union Europ&eacute;enne? Telles sont les questions que l&rsquo;on doit se poser au moment o&ugrave; la CIG&nbsp; se penche sous pr&eacute;sidence Portugaise sur la r&eacute;daction du &laquo; trait&eacute; r&eacute;formateur &raquo; d&eacute;cid&eacute; par le Conseil Europ&eacute;en &agrave; Bruxelles les 21 et 22 juin 2007.<br /> <br /> Toutefois avant d&rsquo;apporter quelques &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponse, il est n&eacute;cessaire de distinguer les deux termes &laquo; d&eacute;fense &raquo; et &laquo; s&eacute;curit&eacute; &raquo; qui sont ainsi associ&eacute;s et qui recouvrent cependant des concepts distincts. <br /> &nbsp;&nbsp; *&nbsp; La D&eacute;fense de l&rsquo;Europe consiste &agrave; garantir l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; des territoires, la protection des populations et des int&eacute;r&ecirc;ts vitaux de la collectivit&eacute; Europ&eacute;enne contre toute agression arm&eacute;e venant de l&rsquo;ext&eacute;rieur. <br /> &nbsp;&nbsp;&nbsp; * La S&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;Europe concerne la protection des populations contre des menaces qui ne sont pas strictement militaires et qui risquent d&rsquo;entraver ou d&rsquo;emp&ecirc;cher le d&eacute;roulement normal de la vie des citoyens et du fonctionnement des institutions. <br /> <br /> &nbsp;La notion de S&eacute;curit&eacute; rejoint d&rsquo;une certaine mani&egrave;re celle de D&eacute;fense lorsque les menaces viennent de l&rsquo;ext&eacute;rieur de l&rsquo;Union ou se situent en dehors de ses fronti&egrave;res. Traditionnellement, la D&eacute;fense rel&egrave;ve de l&rsquo;emploi des forces arm&eacute;es, la S&eacute;curit&eacute; de celui des services de police. Mais la mondialisation et l&rsquo;interd&eacute;pendance croissante des pays dans le monde ont cr&eacute;&eacute; de fait des zones grises dans lesquelles forces arm&eacute;es et services de police peuvent &ecirc;tre amen&eacute;s &agrave; conjuguer leurs efforts pour ma&icirc;triser des menaces qui ne se d&eacute;finissent plus par rapport aux fronti&egrave;res ou en r&eacute;f&eacute;rence au port d&rsquo;un uniforme.<br /> <br /> &nbsp;&nbsp; &nbsp;Cette mise au point &eacute;tant fa&icirc;te, il faut encore pr&eacute;ciser que la d&eacute;fense collective de l&rsquo;Europe est, en l&rsquo;&eacute;tat actuel des trait&eacute;s, assur&eacute;e par l&rsquo;OTAN pour les pays qui sont simultan&eacute;ment membres de l&rsquo;Union Europ&eacute;enne et de l&rsquo;Alliance Atlantique. L&rsquo;Europe de la d&eacute;fense se limite, en son &eacute;tat actuel, &agrave; assumer dans le cadre de la PESC des missions de type P&eacute;tersberg, ce qui n&rsquo;exclut nullement le domaine de la d&eacute;fense, mais s&rsquo;apparente le plus souvent &agrave; celui de la s&eacute;curit&eacute;. Il est donc l&eacute;gitime pour l&rsquo;Union Europ&eacute;enne de rassembler D&eacute;fense et S&eacute;curit&eacute; dans une m&ecirc;me politique, la PESD, au sein de la PESC.<br /> <strong><br /> Pourquoi coop&eacute;rer ? </strong><br /> <br /> &nbsp;1/ Pour des raisons d&rsquo;efficacit&eacute; op&eacute;rationnelle.<br /> &nbsp;Il est n&eacute;cessaire de disposer au moins de proc&eacute;dures op&eacute;rationnelles communes et de syst&ecirc;mes interop&eacute;rables. <br /> &nbsp;Il est souhaitable pour atteindre cet objectif d&rsquo;efficacit&eacute; op&eacute;rationnelle de se fixer des crit&egrave;res chiffr&eacute;s, par exemple en ce qui concerne les capacit&eacute;s de commandement, le soutien logistique&nbsp; ou m&ecirc;me le niveau d&rsquo;int&eacute;gration des forces.<br /> &nbsp; <br /> &nbsp;2/ Au plan &eacute;conomique et industriel, il est clair que des programmes communs d&rsquo;&eacute;quipement fond&eacute;s sur une recherche de d&eacute;fense commune et r&eacute;alis&eacute;s par une Base Industrielle et Technologique de D&eacute;fense (BITD) Europ&eacute;enne, comp&eacute;titive &eacute;conomiquement et techniquement, permettra d&rsquo;atteindre un niveau optimum d&rsquo;efficacit&eacute; en mati&egrave;re d&rsquo;&eacute;quipements de d&eacute;fense.<br /> C&rsquo;est bien l&rsquo;objectif majeur de l&rsquo;Agence Europ&eacute;enne de D&eacute;fense que d&rsquo;harmoniser les besoins, de rationaliser et d&rsquo;optimiser l&rsquo;effort de R et D de d&eacute;fense, de conforter l&rsquo;outil industriel et de r&eacute;aliser un v&eacute;ritable march&eacute; commun de la d&eacute;fense en Europe.<br /> <br /> <br /> <strong>Comment coop&eacute;rer ?</strong><br /> <br /> Au-del&agrave; des d&eacute;clarations de principe dont la finalit&eacute; politique sert parfois d&rsquo;alibi, il est n&eacute;cessaire de d&eacute;finir un mode op&eacute;ratoire de la coop&eacute;ration au sein de l&rsquo;Union. <br /> Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, des coop&eacute;rations se sont instaur&eacute;es dans le cadre intergouvernemental et ont abouti de fait &agrave; des r&eacute;alisations multilat&eacute;rales, notamment en mati&egrave;re d&rsquo;armement.<br /> <br /> La coop&eacute;ration op&eacute;rationnelle a pris la dimension communautaire dans l&rsquo;adoption des Headline Goals 2003, puis 2010, par le Conseil Europ&eacute;en et s&rsquo;exprime de plus en plus fr&eacute;quemment dans des op&eacute;rations men&eacute;es sous responsabilit&eacute;&nbsp; de l&rsquo;UE et planifi&eacute;es par l&rsquo;Etat-major de l&rsquo;UE. Si les op&eacute;rations ext&eacute;rieures de l&rsquo;Union Europ&eacute;enne rev&ecirc;tent le plus souvent un caract&egrave;re relativement modeste au regard des capacit&eacute;s globales des pays de l&rsquo;Union, elles n&rsquo;en sont pas moins significatives de la mont&eacute;e en puissance de l&rsquo;Europe de la D&eacute;fense.<br /> &nbsp;&nbsp;&nbsp; <br /> La coop&eacute;ration technique et industrielle s&rsquo;exprime pour sa part dans l&rsquo;activit&eacute; de l&rsquo;Agence Europ&eacute;enne de D&eacute;fense (AED) et il serait pr&eacute;matur&eacute; de tirer des conclusions r&eacute;ellement significatives de ses 2 premi&egrave;res ann&eacute;es de fonctionnement. Tout au plus peut on dire que la quasi-totalit&eacute; des pays de l&rsquo;Union a manifest&eacute; un int&eacute;r&ecirc;t &agrave; participer &agrave; l&rsquo;organisme, mais que, au-del&agrave; des d&eacute;clarations d&rsquo;intention, la volont&eacute; r&eacute;elle de participation &agrave; l&rsquo;effort commun d&rsquo;investissement est encore incertaine, en tous cas se concr&eacute;tise de fa&ccedil;on tr&egrave;s in&eacute;gale. Force est de constater que la position de la Grande-Bretagne en ce domaine est particuli&egrave;rement &eacute;quivoque&hellip;<br /> <br /> <strong>Quelles lignes directrices sugg&eacute;rer pour le Trait&eacute; R&eacute;formateur ?</strong><br /> <br /> Il s&rsquo;agit essentiellement de prendre en compte la volont&eacute; de certains Etats membres d&rsquo;aller plus avant dans la coop&eacute;ration en mati&egrave;re de d&eacute;fense. Cette volont&eacute; ne doit pas &ecirc;tre entrav&eacute;e par des pays moins sensibilis&eacute;s ou moins d&eacute;cid&eacute;s &agrave; aller vite et loin dans l&rsquo;int&eacute;gration des forces et dans l&rsquo;optimisation de l&rsquo;effort commun de d&eacute;fense. C&rsquo;est dans cette perspective qu&rsquo;avait &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue la Coop&eacute;ration Structur&eacute;e Permanente inscrite dans le projet de Trait&eacute; Constitutionnel, d&eacute;sormais &eacute;cart&eacute;.<br /> <br /> ll faut pourtant, nous semble-t-il, reprendre l&rsquo;esprit de l&rsquo;article I-41 &sect; 6&nbsp; de ce texte qui, tout en institutionnalisant une structure permanente de coop&eacute;ration entre les Etats ayant la volont&eacute; et la capacit&eacute; de coop&eacute;rer efficacement, laissait la porte ouverte aux pays qui auraient souhait&eacute; y adh&eacute;rer &agrave; terme.<br /> Il ne s&rsquo;agit &eacute;videmment pas de cr&eacute;er une sorte de club ferm&eacute; qui aurait le monopole de la d&eacute;fense et de la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;Union et il ne saurait &ecirc;tre question d&rsquo;&eacute;carter les petits pays ou ceux qui, en raison du niveau modeste de leurs capacit&eacute;s, ne peuvent&nbsp; pour des raisons politiques ou &eacute;conomiques&nbsp; faire un effort plus significatif dans l&rsquo;imm&eacute;diat. En revanche, il s&rsquo;agit d&rsquo;inciter par effet d&rsquo;entra&icirc;nement tous les pays &agrave; faire, dans la mesure de leurs moyens propres, les efforts n&eacute;cessaires pour, &agrave; plus ou moins long terme, raccrocher le train d&rsquo;une d&eacute;fense et d&rsquo;une s&eacute;curit&eacute; commune plus efficace.<br /> <br /> Cela suppose que l&rsquo;on ouvre dans le futur trait&eacute; r&eacute;formateur aux pays membres qui le souhaitent une possibilit&eacute; de Coop&eacute;ration Renforc&eacute;e, au sein d&rsquo;une structure bien d&eacute;finie, tout en laissant tr&egrave;s ouvertes les conditions d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; cette structure. Il serait particuli&egrave;rement souhaitable de joindre au trait&eacute; un protocole qui&nbsp; pr&eacute;ciserait clairement les conditions d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; cette Coop&eacute;ration Renforc&eacute;e, sp&eacute;cifique &agrave; la D&eacute;fense et &agrave; la S&eacute;curit&eacute;, en d&eacute;finissant des crit&egrave;res chiffr&eacute;s. Ceux-ci pourraient &ecirc;tre en premier lieu d&rsquo;ordre op&eacute;rationnel, notamment en mati&egrave;re d&rsquo;interop&eacute;rabilit&eacute; des syst&egrave;mes d&rsquo;information et de commandement ou des moyens de projection. D&rsquo;autres crit&egrave;res pourraient &ecirc;tre d&rsquo;ordre financier, &eacute;conomique ou industriel, par exemple le niveau de l&rsquo;effort de d&eacute;fense et de s&eacute;curit&eacute; rapport&eacute; au PIB, le niveau de participation aux travaux de l&rsquo;AED ou encore celui de l&rsquo;effort budg&eacute;taire de R et D de d&eacute;fense.<br /> <br /> Telles sont quelques pistes de r&eacute;flexion que PanEurope-France propose aux membres de la CIG afin de donner un nouvel &eacute;lan &agrave; la coop&eacute;ration&nbsp; de d&eacute;fense et de s&eacute;curit&eacute; au travers du trait&eacute; r&eacute;formateur en cours d&rsquo;&eacute;laboration. Il s&rsquo;agit en fait de ne pas s&rsquo;en tenir au signe ind&eacute;niablement tr&egrave;s symbolique du d&eacute;fil&eacute; Europ&eacute;en du 14 juillet 2007 et de transformer l&rsquo;essai pour construire une v&eacute;ritable d&eacute;fense Europ&eacute;enne.<br /> </div> Sun, 30 Sep 2007 23:00:00 GMT Dérégulation dans le gaz et l'électricité http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=244 244 <br /><br /> <div align="justify">La Commission europ&eacute;enne&nbsp; a propos&eacute;&nbsp; le 19 septembre 2007 une r&eacute;forme pr&eacute;sent&eacute;e comme devant dynamiser la concurrence entre groupes europ&eacute;ens d'&eacute;lectricit&eacute; et de gaz. Il s&rsquo;agit de faire dispara&icirc;tre les entreprises contr&ocirc;lant &agrave; la fois la production d'&eacute;nergie et son transport (lignes &eacute;lectriques &agrave; haute tension ou gazoducs), au pr&eacute;texte qu&rsquo;elles n'ouvriraient pas suffisamment leurs infrastructures &agrave; des concurrents ou investisseurs. L&rsquo;objectif est de &laquo; casser cette organisation monopolistique &raquo;&nbsp; pour &laquo; mettre fin aux discriminations &raquo; et faire baisser les prix. <br /> <br /> La s&eacute;paration du capital entre production et transport existe d&eacute;j&agrave; dans onze pays de l'Union en ce qui concerne l'&eacute;lectricit&eacute; et sept pays pour le gaz. Parmi eux, la Grande-Bretagne, l'Espagne ou les Pays-Bas.&nbsp; Pour les autres, la France et Allemagne en t&ecirc;te, un&nbsp; producteur d'&eacute;nergie doit&nbsp; garder la pleine propri&eacute;t&eacute; de tous ses r&eacute;seaux de transport. Tout au plus pourrait-on accepter qu&rsquo;il puisse en confier l'exploitation &agrave; un op&eacute;rateur ind&eacute;pendant. Les grands du secteur gazier en Allemagne, RWE et EON, comme en France,&nbsp; GDF et Suez, s&rsquo;opposent &agrave; cette derni&egrave;re solution elle-m&ecirc;me et proposent simplement une augmentation des pouvoirs des autorit&eacute;s de r&eacute;gulation. <br /> <br /> Il faut bien voir qu&rsquo;en ce domaine comme dans de nombreux autres, la Commission s&rsquo;inspire d&rsquo;une id&eacute;ologie lib&eacute;rale qui n&rsquo;a plus de raisons d&rsquo;&ecirc;tre et qui sera de plus en plus dangereuse dans les prochaines ann&eacute;es, compte-tenu notamment du r&eacute;chauffement climatique, de la hausse du prix des produits p&eacute;troliers et de l&rsquo;absence de gisements gaziers en Europe. Elle ne tient pas compte non plus de la comp&eacute;tition f&eacute;roce entre super-puissances pour valoriser leurs atouts &eacute;nerg&eacute;tiques. Le r&eacute;chauffement climatique comme la hausse des prix du p&eacute;trole imposeront de favoriser les &eacute;conomies d&rsquo;&eacute;nergie et le recours aux &eacute;nergies renouvelables, nucl&eacute;aire compris. Dans ces conditions, rechercher la baisse des prix de vente aux consommateurs n&rsquo;a pas de sens. Il faut que ces prix restent &eacute;lev&eacute;s pour imposer les &eacute;conomies d&rsquo;&eacute;nergie et la recherche de solutions alternatives. Les gouvernements et les entreprises &eacute;nerg&eacute;tiques n&rsquo;osent pas le dire, mais le besoin est &eacute;vident et s&rsquo;imposera &agrave; long terme, dans la perspective d&rsquo;une politique &eacute;nerg&eacute;tique globale. <br /> <br /> Concernant la comp&eacute;tition internationale, ce n&rsquo;est pas au moment o&ugrave; les Etats non europ&eacute;ens&nbsp; renforcent l&rsquo;utilisation de leurs atouts &eacute;nerg&eacute;tiques afin d&rsquo;en faire des vecteurs de puissance qu&rsquo;il faut d&eacute;manteler ceux dont dispose encore l&rsquo;Europe. Introduire la concurrence ne se fera pas au profit de petits distributeurs europ&eacute;ens, mais au profit des grands non europ&eacute;ens comme Gazprom. Pour &eacute;viter une mainmise &eacute;trang&egrave;re, le projet de Bruxelles introduit une clause de r&eacute;ciprocit&eacute;, qui imposerait les m&ecirc;mes r&egrave;gles patrimoniales &agrave; des acteurs non europ&eacute;ens. L'id&eacute;e est plaisante. Qui ira n&eacute;gocier pour &laquo; imposer &raquo; ces r&egrave;gles. Le commissaire europ&eacute;en &agrave; l'Energie Andris Piebalgs ira-t-il tout seul affronter Gazprom et le pr&eacute;sident Poutine ? Nous lui souhaitons bon courage et bonne chance.<br /> <br /> Un autre argument fort contre la s&eacute;paration entre la production et le transport n&rsquo;est jamais &eacute;voqu&eacute;, mais devrait l&rsquo;&ecirc;tre, pour des raisons de s&eacute;curit&eacute; &eacute;videntes. L&rsquo;exemple de la d&eacute;r&eacute;gulation dans le domaine des t&eacute;l&eacute;communications montre actuellement ses effets pervers en France. L&rsquo;op&eacute;rateur historique, France T&eacute;l&eacute;com, manifestait lorsqu&rsquo;il en avait le plein contr&ocirc;le un soin jaloux concernant la fiabilit&eacute; de ses lignes. Le client savait &agrave; qui s&rsquo;adresser, quitte &agrave; payer un peu plus cher les communications. Aujourd&rsquo;hui, le prix de celle-ci est l&eacute;g&egrave;rement&nbsp; r&eacute;duit, mais dans de nombreux cas le client n&rsquo;en profite pas car il est incapable d&rsquo;obtenir une maintenance correcte des lignes fixes qui le dessert, quand il s&rsquo;adresse &agrave; des op&eacute;rateurs fantaisistes sinon volontairement trompeurs. Cette d&eacute;gradation du r&eacute;seau est ennuyeuse dans le domaine des t&eacute;l&eacute;communications, mais elle mettrait en cause la s&eacute;curit&eacute; nationale si elle atteignait les r&eacute;seaux de gaz et d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;. Veut-on voir ceux-ci pirat&eacute;s par des organisations maffieuses voire terroristes ? <br /> <br /> Le d&eacute;bat actuel sur la privatisation des r&eacute;seaux nous confirme dans notre position de principe. Tant que l&rsquo;Europe c&eacute;dera &agrave; une id&eacute;ologie lib&eacute;rale venue d&rsquo;ailleurs et destin&eacute;e &agrave; l&rsquo;affaiblir, tant qu&rsquo;elle ne se sera pas dot&eacute;e d&rsquo;une politique de puissance l&rsquo;amenant &agrave; valoriser ses ressources, que ce soit dans le domaine de l&rsquo;&eacute;nergie, des technologies de l&rsquo;information, du spatial ou de l&rsquo;agriculture,&nbsp; elle n&rsquo;&eacute;chappera pas au d&eacute;clin qui la menace actuellement. Le fait que des pays ultralib&eacute;raux comme la Grande Bretagne et la Hollande ne partagent pas ce point de vue ne devrait pas nous imposer d&rsquo;en changer. <br /> <br /> </div> Sun, 30 Sep 2007 23:00:00 GMT Un mauvais service de la France à l'Europe http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=247 247 <br /><br /> <div align="justify">Le porte parole de l'Alliance atlantique vient de constater&nbsp; le 19 septembre que&nbsp; ses membres&nbsp; ne sont plus en mesure d'apporter des contributions suffisantes &agrave; la force de r&eacute;action de l'Otan (Rapid Response Force&nbsp; ou NRF) de 25 000 hommes. Celle-ci ne serait plus op&eacute;rationnelle. Les pays europ&eacute;ens peinent &eacute;galement &agrave; r&eacute;unir des troupes lors d'op&eacute;rations ext&eacute;rieures comme celle qui va se mettre en place, en novembre, dans l'est du Tchad, en compl&eacute;ment de la force ONU-UA au Darfour.<br /> <br /> L'Otan est aujourd'hui engag&eacute;e dans deux op&eacute;rations majeures, en Afghanistan et au Kosovo (respectivement 40 000 et 17 000 hommes), et le commandement de la Force internationale d'assistance &agrave; la s&eacute;curit&eacute; (Isaf) en Afghanistan ne cesse de r&eacute;clamer davantage d'hommes et d'&eacute;quipements. Nous avons d&eacute;j&agrave; montr&eacute; qu&rsquo;en Afghanistan, les op&eacute;rations sous direction am&eacute;ricaine encha&icirc;nent les &eacute;checs. Elles suscitent plus de volontaires rejoignant les talibans qu&rsquo;elles ne neutralisent de repr&eacute;sentants de ces derniers. <br /> <br /> La Respond Force est con&ccedil;ue comme un &quot;r&eacute;servoir de forces&quot; ayant vocation &agrave; remplir des missions de s&eacute;curit&eacute; collective ou de gestion des crises. C'est une force de r&eacute;action rapide pour des circonstances exceptionnelles, et son r&ocirc;le n'est pas de pallier les lacunes capacitaires dans telle ou telle op&eacute;ration. Les unit&eacute;s qui la composent sont de facto &quot;gel&eacute;es&quot; : elles sont identifi&eacute;es dans les arm&eacute;es des Etats membres, et changent par rotation tous les six mois.&nbsp; Or les Etats-Unis, soutenus notamment par la Grande-Bretagne, le Canada et les Pays-Bas, demandent une &eacute;volution de ce concept afin de pouvoir disposer des forces qui la composent en Afghanistan. Ils se heurtent &agrave; plusieurs pays, dont la France, l'Allemagne, la Belgique et l'Espagne, qui veulent conserver le concept originel de la Force. De plus, ces pays, dont la France, qui contribue fortement &agrave; la d&eacute;fense europ&eacute;enne, y compris &agrave; travers la Respond Force de l&rsquo;Otan, r&eacute;pugnent &agrave; augmenter leur financement. <br /> <br /> Cette crise de l&rsquo;Otan, comme celle de la guerre en Afghanistan, est en fait une crise de la &laquo; solidarit&eacute; atlantique &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire une crise des relations entre les&nbsp; pays europ&eacute;ens et l&rsquo;Am&eacute;rique. Si l&rsquo;Otan a perdu son pouvoir mobilisateur, c&rsquo;est parce que l&rsquo;Am&eacute;rique est en train de perdre le sien. Les plus atlantistes des pays europ&eacute;ens ne peuvent pas ne pas se rendre compte du fait que, depuis la catastrophique invasion de l&rsquo;Irak, l&rsquo;Am&eacute;rique se trouve d&eacute;sormais incapable de mener d&rsquo;actions militaires durables, avec ou sans l&rsquo;Otan. Ceci que ce soit contre un hypoth&eacute;tique terrorisme que contre le bien r&eacute;el Iran. Un article de William Pfaff publi&eacute; le 20 septembre 2007 (1) et cit&eacute; par Dedefensa montre que les Gardiens de la R&eacute;volution iraniens (&agrave; ne pas confondre n&eacute;cessairement avec les forces sur lesquelles s&rsquo;appuie le pr&eacute;sident Ahmadinejad) ne redoutent pas, mais au contraire souhaitent une attaque par l&rsquo;Am&eacute;rique,&nbsp; avec ou sans l&rsquo;aide suppl&eacute;tive d&rsquo;Isra&euml;l ou (<em>Kouchner dixit)</em> de la France. Avec les techniques de la G4G, ils sont s&ucirc;rs de l&rsquo;emporter. Ce serait h&eacute;las aussi la fin de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l. L&rsquo;Am&eacute;rique n&rsquo;aurait de chance de succ&egrave;s qu&rsquo;avec un emploi massif de l&rsquo;arme atomique, dont l&rsquo;effet provoquerait &eacute;videmment une v&eacute;ritable&nbsp; guerre de civilisation (2). <br /> <br /> Dans ces conditions, plut&ocirc;t que &laquo; r&eacute;int&eacute;grer &raquo; l&rsquo;Otan et confondre son action avec celle des Etats-Unis,&nbsp; la France devrait plus que jamais se d&eacute;marquer de l&rsquo;une et de l&rsquo;autre. L&rsquo;Europe devrait faire de m&ecirc;me. L&rsquo;Am&eacute;rique ne fait et ne fera&nbsp; jamais aucune concession &agrave; l&rsquo;Europe, d&egrave;s que celle-ci se met en t&ecirc;te de d&eacute;velopper des alternatives &agrave; sa domination. On le voit dans le cas de <strong>Galil&eacute;o</strong> aujourd&rsquo;hui. Les Etats-Unis et ses alli&eacute;s europ&eacute;ens font tout pour d&eacute;manteler ce qui reste de ce programme de souverainet&eacute; europ&eacute;enne pourtant essentiel. <br /> <br /> D&rsquo;o&ugrave; la question plus g&eacute;n&eacute;rale de savoir si une politique fran&ccedil;aise de rapprochement avec les Etats-Unis, que ce soit via l&rsquo;Otan ou au Moyen-Orient, va bien dans le sens des int&eacute;r&ecirc;ts de la France, directement, et de l&rsquo;Europe, indirectement. Nous sommes pour notre part persuad&eacute;s du contraire. Mais qui en France aujourd&rsquo;hui, en dehors des effets d&rsquo;annonce, est-il capable de peser intelligemment le pour et le contre ? <br /> <br /> </div> Sun, 30 Sep 2007 23:00:00 GMT Pour un service militaire obligatoire européen http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=225 225 <br /><br /> Le service militaire ou&nbsp; conscription obligatoire a &eacute;t&eacute; violemment critiqu&eacute;, notamment dans un certain nombre de pays europ&eacute;ens ayant connu le poids des guerres mondiales et des guerres coloniales. Beaucoup de gouvernements y ont renonc&eacute;, notamment la France. Il parait donc&nbsp; de mauvais go&ucirc;t d&rsquo;en d&eacute;fendre le retour. Nous pensons cependant que les pays qui ont supprim&eacute; cette v&eacute;ritable institution, que ce soit pour des raisons d&rsquo;&eacute;conomie ou pour lutter contre un &eacute;ventuel retour de la militarisation de la soci&eacute;t&eacute;, n'en retirent aucun de ces deux r&eacute;sultats. Les d&eacute;g&acirc;ts r&eacute;sultant de l&rsquo;absence de moyens suffisants d&rsquo;intervention, militaires ou civils,&nbsp; sont et seront de plus en plus consid&eacute;rables. On voit ce qu&rsquo;ont co&ucirc;t&eacute; les derniers incendies de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2007 en Gr&egrave;ce. Quant &agrave; la militarisation, l&rsquo;existence d&rsquo;une arm&eacute;e de professionnels coup&eacute; du peuple peut en cas de crise politique toujours possible se r&eacute;v&eacute;ler dangereuse pour la d&eacute;mocratie.<br /> <br /> Nous pensons qu&rsquo;il convient de r&eacute;examiner aujourd&rsquo;hui la question, en renouvelant profond&eacute;ment la d&eacute;finition traditionnelle du service militaire. Dor&eacute;navant, les soci&eacute;t&eacute;s, qu&rsquo;elles soient d&eacute;velopp&eacute;es ou en d&eacute;veloppement, doivent r&eacute;soudre simultan&eacute;ment leurs probl&egrave;mes de d&eacute;fense et ceux, de plus en plus envahissants, li&eacute;s &agrave; la s&eacute;curit&eacute; civile (lutte contre les grands risques environnementaux et sanitaires) et &agrave; la s&eacute;curit&eacute; int&eacute;rieure (lutte contre les comportements criminels et les infiltrations hostiles). Pour cela, s&rsquo;orienter comme le font certains Etats (notamment les Etats-Unis) vers la professionnalisation des corps d&rsquo;intervention et surtout vers leur sous-traitance &agrave; des agences et soci&eacute;t&eacute;s priv&eacute;es, ne peut qu&rsquo;entra&icirc;ner un recul g&eacute;n&eacute;ral du sentiment de citoyennet&eacute;. La population toute enti&egrave;re, hommes et femmes r&eacute;unies, sans exemptions, devrait au contraire consacrer une partie de son temps &agrave; ces activit&eacute;s de d&eacute;fense, d&rsquo;abord pendant une p&eacute;riode initiale continue d&rsquo;au moins 18 mois puis par la suite au cours de p&eacute;riodes d&rsquo;entretien. Les appel&eacute;s apprendront dans ce cadre &agrave; utiliser de nombreuses techniques militaires et civiles qui leur serviront par ailleurs. Pour &eacute;viter la militarisation, l&rsquo;encadrement devrait &ecirc;tre en partie assur&eacute; par des responsables civils non professionnels. <br /> <br /> Enfin, pour pr&eacute;venir les tentations de retour &agrave; un nationalisme &eacute;troit, les corps ainsi constitu&eacute;s devront l&rsquo;&ecirc;tre au niveau d&rsquo;ensembles inter&eacute;tatiques ou r&eacute;gionaux, L&rsquo;exemple du service militaire en Suisse ou en Isra&euml;l peut &ecirc;tre &eacute;voqu&eacute;, mais nous aimerions qu&rsquo;il ne soit pas limit&eacute; &agrave; de petits Etats confront&eacute;s &agrave; des situations exceptionnelles. En ce qui concerne l&rsquo;Europe, par exemple, un service citoyen obligatoire (nous pr&eacute;f&eacute;rons ce terme &agrave; celui de service militaire comme &agrave; celui de service civil) exerc&eacute; au sein d&rsquo;unit&eacute;s multinationales europ&eacute;ennes, ajouterait &agrave; son r&ocirc;le en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;-d&eacute;fense un r&ocirc;le d&rsquo;int&eacute;gration consid&eacute;rable, m&ecirc;lant toutes les origines et toutes les appartenances. Il faudrait qu&rsquo;il soit con&ccedil;u dans la perspective d&rsquo;un v&eacute;ritable brassage social, g&eacute;ographique et linguistique dont les retomb&eacute;es en termes de conscience&nbsp; europ&eacute;enne partag&eacute;e seraient consid&eacute;rables.&nbsp; Fri, 14 Sep 2007 23:00:00 GMT Al Qaïda deviendra-t-elle une puissance mondiale&#160;? L'anniversaire du 11/09/2001 http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=227 227 <br /><div align="justify"> <p>On dira que c&rsquo;est faire beaucoup d&rsquo;honneur &agrave; Al Qa&iuml;da que consid&eacute;rer cette n&eacute;buleuse complexe comme une puissance mondiale, susceptible d&rsquo;affronter voire de vaincre les plus grandes. C&rsquo;est &eacute;videmment ce qu&rsquo;affirme son chef pr&eacute;sum&eacute;, Ben Laden, y compris r&eacute;cemment dans deux adresses au monde publi&eacute;es &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire des attentats du 11 septembre. R&eacute;percuter son message en y attachant trop d&rsquo;importance ne peut que lui rendre service. Disons seulement qu&rsquo;Al Qa&iuml;da pr&eacute;sente un certain nombre des caract&egrave;res d&eacute;finissant les invasions virales au sein des syst&egrave;mes biologiques ou informationnelles. Ces virus constituent des populations de micro-agents capables d&rsquo;un taux &eacute;lev&eacute; de mutation-reconfiguration et capables d&rsquo;infecter rapidement des h&ocirc;tes plus stables et moins r&eacute;actifs d&egrave;s qu&rsquo;ils ont trouv&eacute; leurs points faibles. Lorsqu&rsquo;un syst&egrave;me dominant d&rsquo;une certaine importance se met en place, ils semblent s&rsquo;auto-g&eacute;n&eacute;rer quasi-automatiquement pour l&rsquo;attaquer. C&rsquo;est ce que font les virus biologiques et leurs lointains cousins les virus informatiques.<br /> </p> <p>Or les grandes puissances, notamment la superpuissance am&eacute;ricaine, montrent de nombreux points faibles. Elles multiplient les in&eacute;galit&eacute;s et s&rsquo;imposent souvent par la violence, en g&eacute;n&eacute;rant de nombreux opposants externes et internes. Cependant, cela ne suffit pas &agrave; rendre ceux-ci dangereux. Pour les soulever, il faut une force consid&eacute;rable. Ben Laden et ses proches ne sont pas des religieux convaincus, ce sont des gens avides de pouvoir et d&rsquo;argent, impressionn&eacute;s par le mod&egrave;le am&eacute;ricain. Mais ils ont compris qu&rsquo;en activant les passions religieuses, ils pouvaient d&eacute;multiplier leur action quasi &agrave; l&rsquo;infini. Avec la destruction du N.Y. World Trade Center faite au nom de l&rsquo;islam, qui lui a demand&eacute; peu de moyens militaires, Ben Laden s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;il a pu obtenir un succ&egrave;s d&rsquo;une ampleur qu&rsquo;il n&rsquo;avait peut-&ecirc;tre m&ecirc;me pas imagin&eacute;e &agrave; l&rsquo;avance. Il a r&eacute;ussi &agrave; pr&eacute;cipiter l&rsquo;entr&eacute;e en guerre des Etats-Unis, non seulement contre l&rsquo;Afghanistan et l&rsquo;Irak, mais virtuellement contre une partie du monde arabo-musulman. A ses yeux ou aux yeux de ses disciples, r&eacute;p&eacute;ter de telles op&eacute;rations, contre l&rsquo;Am&eacute;rique mais aussi contre les Etats europ&eacute;ens, devrait permettre de d&eacute;stabiliser enti&egrave;rement le monde occidental. Les occasions de le faire ne lui manqueront pas puisqu&rsquo;il existe dans ces pays d&rsquo;importantes populations musulmanes o&ugrave; le recrutement de quelques fanatiques suicidaires appara&icirc;t facile. El Qa&iuml;da pourra les dresser contre les pays occidentaux, non seulement en pr&eacute;sentant ces derniers comme g&eacute;n&eacute;rateurs d&rsquo;in&eacute;galit&eacute;s &eacute;conomiques et de violence, mais aussi comme des adversaires religieux. Les d&eacute;mocraties occidentales sont en effet r&eacute;put&eacute;es impies puisque leurs r&egrave;gles de fonctionnement sont aux antipodes de celles reconnues par les Etats appliquant la loi islamique. </p> <div>Ce sc&eacute;nario, s&rsquo;il se poursuivait jusqu&rsquo;au bout, pourrait faire craindre qu&rsquo;Al Qa&iuml;da ou des organisations d&rsquo;un type viral analogue ne deviennent des puissances mondiales de premier plan, sinon une v&eacute;ritable superpuissance. Il est facile en effet de provoquer dans les soci&eacute;t&eacute;s soumises au terrorisme des &laquo; sur-r&eacute;actions &raquo; qui multiplient les vocations au martyr. L&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak &eacute;tait l&rsquo;une de ces sur-r&eacute;actions. Sans avoir la m&ecirc;me gravit&eacute;, frapper de suspicion g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e les populations immigr&eacute;es en est une autre. Or le propre d&rsquo;Al Qa&iuml;da et des organisations analogues est de n&rsquo;avoir pas besoin de recruteurs. Ce sont des volontaires, g&eacute;n&eacute;ralement des personnes &agrave; probl&egrave;mes, qui viennent d&rsquo;eux-m&ecirc;mes la trouver ou, plus simplement, qui passent &agrave; l&rsquo;action en se recommandant d&rsquo;elle. Sur quelques millions ou centaines de milliers de personnes bien adapt&eacute;es, il est statistiquement tr&egrave;s probable d&rsquo;en trouver en permanence quelques unes qui se laisseront s&eacute;duire par la perspective du martyr pour motifs religieux. Sommes-nous alors en pr&eacute;sence d&rsquo;un m&eacute;canisme appel&eacute; &agrave; s&rsquo;&eacute;tendre irr&eacute;vocablement ? C&rsquo;est ce dont Ben Laden parait persuad&eacute;.&nbsp;</div> <p>Il semble que dans le monde biologique les infections virales finissent toujours par reculer devant les anti-corps qu&rsquo;elles suscitent. S&rsquo;il n&rsquo;en &eacute;tait pas ainsi, toutes les esp&egrave;ces d&rsquo;une certaine complexit&eacute; auraient d&eacute;j&agrave; disparu. Sur le long terme, deux d&eacute;mographes Emmanuel Todd et Youssef Courbage&nbsp; viennent d&rsquo;expliquer que les soci&eacute;t&eacute;s musulmanes &laquo; occidentales &raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire ne comprenant pas le Pakistan et l&rsquo;Indon&eacute;sie, sont en train d&rsquo;atteindre la transition d&eacute;mographique o&ugrave; les chiffres des naissances et des d&eacute;c&egrave;s s&rsquo;&eacute;quilibrent. Pour eux, cette &eacute;volution, due en partie &agrave; la promotion sociale des femmes, devrait favoriser l&rsquo;Islam mod&eacute;r&eacute; et faire reculer le spectre d&rsquo;une &laquo; guerre des civilisations &raquo; telle que d&eacute;crite par Samuel Huntington (1). Mais dans le court terme, les vocations au martyr, touchant des individus cultiv&eacute;s et apparemment bien adapt&eacute;s, ne diminueront pas pour autant. Peut-on compter sur d&rsquo;autres ph&eacute;nom&egrave;nes ? Al Qa&iuml;da provoquera certainement des oppositions, y compris au sein des pays musulmans. Il s&rsquo;agit en effet, nous l&rsquo;avons dit, d&rsquo;une forme de pouvoir &agrave; la recherche d&rsquo;une domination qui se r&eacute;v&egrave;le aussi tyrannique que les autres. Elle peut donc &ecirc;tre rejet&eacute;e par ceux-l&agrave; m&ecirc;me &agrave; qui elle s&rsquo;adresse. Mais pour le moment, elle est encore en phase ascendante et doit donc susciter toute l&rsquo;attention et l&rsquo;intelligence de ceux qui ne veulent pas se soumettre &agrave; sa loi. Peut-on attendre de G.W.Bush qu'il fasse preuve de ces qualit&eacute;s?</p> <div><hr width="33%" size="1" align="left" /> <!--[endif]--> <div id="ftn1"> <div align="center"><strong><font size="4"><a title="" name="_ftn1" href="#_ftnref1"><span><!--[if !supportFootnotes]--></span></a><span style="font-size: 10pt;" /></font></strong></div> </div> </div> <div align="left"><br /> </div> </div> Fri, 14 Sep 2007 23:00:00 GMT Contradictions internes à l'Europe http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=231 231 <br /><br /> <div align="justify">Les sp&eacute;cialistes craignent aujourd&rsquo;hui le d&eacute;clenchement d&rsquo;une r&eacute;cession&nbsp; frappant&nbsp; les &eacute;conomies occidentales et peut-&ecirc;tre par r&eacute;percussion l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale, ceci malgr&eacute; les forts taux de croissance des pays asiatiques. Les causes en seraient complexes et apparemment contradictoires: crise du cr&eacute;dit li&eacute;e &agrave; celle des pr&ecirc;ts hypoth&eacute;caires am&eacute;ricains, hausse du prix du p&eacute;trole, ph&eacute;nom&egrave;nes sp&eacute;culatifs li&eacute;s &agrave; l&rsquo;existence d&rsquo;&eacute;normes liquidit&eacute;s op&eacute;rant dans des paradis fiscaux et &agrave; la recherche de placements rapidement productifs,&nbsp; manque de comp&eacute;titivit&eacute; d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;industries, r&eacute;actions malheureuses des banques centrales qui traitent la crise d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par des m&eacute;thodes g&eacute;n&eacute;rant la crise de demain (1).<br /> <br /> Face &agrave; cette situation, on ne peut que d&eacute;plorer l&rsquo;inexistence d&rsquo;un gouvernement &eacute;conomique de l&rsquo;Europe, fut-il limit&eacute; &agrave; la zone euro, qui pourrait prendre des mesures globales permettant aux &eacute;conomies europ&eacute;ennes d&rsquo;affronter la crise d&rsquo;une fa&ccedil;on unie. La Banque centrale europ&eacute;enne n&rsquo;est pas juridiquement mandat&eacute;e pour ce faire et il n&rsquo;existe malheureusement aucune autorit&eacute; &eacute;conomique et financi&egrave;re europ&eacute;enne pouvant d&eacute;finir des politiques &eacute;conomiques et financi&egrave;res globales.<br /> <br /> Mais si cette autorit&eacute; existait, elle devrait disposer de moyens de pression consid&eacute;rables sur les gouvernements, car les situations sont profond&eacute;ment diff&eacute;rentes d&rsquo;un Etat &agrave; l&rsquo;autre. Les diff&eacute;rences sont d&rsquo;abord structurelles et ne peuvent donc &ecirc;tre r&eacute;sorb&eacute;es rapidement. On sait que face &agrave; la baisse du dollar obligeant &agrave; diminuer les prix de vente, les industries allemandes ou scandinaves maintiennent leur comp&eacute;titivit&eacute; gr&acirc;ce &agrave; un fort taux d&rsquo;innovation qui leur garantit, au moins momentan&eacute;ment, la fid&eacute;lit&eacute; de leurs clients. Les industries fran&ccedil;aises et italiennes vendent au contraire sur des march&eacute;s grand public o&ugrave; elles ont du mal &agrave; se distinguer de la concurrence asiatique.<br /> <br /> Les situations sont &eacute;galement diff&eacute;rentes en termes politiques. Chaque gouvernement d&eacute;fend d&rsquo;abord les int&eacute;r&ecirc;ts de ses &eacute;lecteurs. Peu lui importe que ces int&eacute;r&ecirc;ts viennent en contradiction avec ceux des autres pays europ&eacute;ens et que de ce fait une position europ&eacute;enne commune, qui devrait &ecirc;tre celle d&rsquo;une v&eacute;ritable Europe-puissance, ne puisse &ecirc;tre affich&eacute;e. Plus grave, il arrive que, par ce qu&rsquo;il faut bien appeler de la d&eacute;magogie &eacute;lectorale, certains gouvernements s&rsquo;isolent volontairement de la position commune et contribuent ainsi &agrave; l&rsquo;affaiblir. C&rsquo;est ce que les pays de la zone euro reprochent actuellement &agrave; la France. Le pr&eacute;sident a d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;honorer la promesse pr&eacute;-&eacute;lectorale consistant &agrave; faire des cadeaux fiscaux aux propri&eacute;taires fonciers. Il encourage ainsi une demande qui se porte sur des produits g&eacute;n&eacute;ralement import&eacute;s au lieu d&rsquo;encourager les investissements en recherche susceptibles d&rsquo;am&eacute;liorer la comp&eacute;titivit&eacute; ext&eacute;rieure des industriels fran&ccedil;ais et les rendre ainsi moins sensibles aux variations des taux de change. Il peut difficilement ensuite demander &agrave; la BCE de baisser ses taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts pour favoriser les exportations. <br /> <br /> Ces diff&eacute;rences structurelles et politiques entre pays europ&eacute;ens paraissent impossibles &agrave; r&eacute;sorber rapidement &ndash; et encore n&rsquo;avons-nous pas mentionn&eacute; les diff&eacute;rences entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Est de l&rsquo;Europe, plus profondes encore car s&rsquo;y ajoutent des dimensions id&eacute;ologiques bien illustr&eacute;es par les errements polonais des fr&egrave;res Kachinsky. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un v&eacute;ritable casse-t&ecirc;te pour ceux qui voudraient que se construise rapidement une coh&eacute;rence. Un gouvernement &eacute;conomique, fut-il limit&eacute; &agrave; la zone euro, ne passerait-il pas tout son temps &agrave; essayer d&rsquo;arbitrer entre particularismes ? Ceci avec d&rsquo;autant moins de chances de succ&egrave;s qu&rsquo;il ne pourrait pas, comme les gouvernements nationaux, se pr&eacute;valoir de l&rsquo;autorit&eacute; du suffrage universel. <br /> <br /> Nous pensons pour notre part que la puissance politique et &eacute;conomique europ&eacute;enne ne se construira pas tant que les comportements actuels pourront se maintenir &laquo; <em>as usual </em>&raquo;. Autrement dit, seule une grande crise mondiale obligera les Europ&eacute;ens &agrave; resserrer les rangs, en leur montrant qu&rsquo;ils n&rsquo;auront aucune chance de survivre sans s&rsquo;unir v&eacute;ritablement. Faut-il alors appeler cette crise de nos v&oelig;ux, crise mon&eacute;taire, crise &eacute;conomique, crise environnementale, crise sociale&hellip;Peut-&ecirc;tre, si la conjonction de telles crises mettait en &eacute;vidence les voies sans issues dans lesquelles s&rsquo;enfonce actuellement l&rsquo;humanit&eacute;. L&rsquo;Europe en ce cas pourrait peut-&ecirc;tre r&eacute;agir la premi&egrave;re et sugg&eacute;rer quelques mod&egrave;les &agrave; suivre, comme semble le penser Hubert V&eacute;drine &agrave; la fin de son rapport. <br /> </div> <br /> Fri, 14 Sep 2007 23:00:00 GMT Emprunter pour consommer sans produire, maladie chronique des économies libérales occidentales http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=207 207 <br /><br /> <div align="justify">La crise des cr&eacute;dits immobiliers aux Etats-Unis illustre de fa&ccedil;on paroxystique ce qui est devenu une maladie chronique des &eacute;conomies lib&eacute;rales occidentales. Le consommateur y est pouss&eacute; &agrave; s&rsquo;endetter pour se procurer des biens de consommation que l&rsquo;insuffisance de son revenu ne lui rend pas accessible autrement. Mais le cr&eacute;dit qu&rsquo;il obtient ne l&rsquo;incite pas &agrave; investir dans une activit&eacute; productrice dont les revenus lui permettraient de rembourser sa dette. Autrement dit, &agrave; br&egrave;ve &eacute;ch&eacute;ance, vu que les taux de remboursement deviennent progressibement usuraires, il est inexorablement condamn&eacute; &agrave; revendre le bien acquis puisqu&rsquo;il ne peut plus rembourser son emprunt. En cons&eacute;quence, une arriv&eacute;e massive de biens sur le march&eacute; immobilier provoque un effondrement de la valeur v&eacute;nale de ceux-ci et une crise g&eacute;n&eacute;rale de tout le secteur. A leur tour, les &eacute;tablissements financiers qui s&rsquo;&eacute;taient engag&eacute;s dans de tels pr&ecirc;ts &agrave; risques se retrouvent en difficult&eacute;, entra&icirc;nant par contagion un resserrement des conditions de cr&eacute;dit, aux Etats-Unis d&rsquo;abord puis dans le reste du monde. Les besoins normaux de l&rsquo;&eacute;conomie en liquidit&eacute;s ne sont plus satisfaits, si bien que la r&eacute;cession risque de s&rsquo;&eacute;tendre &agrave; l&rsquo;ensemble des &eacute;conomies, y compris au d&eacute;triment des secteurs v&eacute;ritablement productifs. On sait que les banques centrales (R&eacute;serve F&eacute;d&eacute;ral et Banque centrale europ&eacute;enne), pour &eacute;viter un blocage g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;, ont d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;injecter dans les &eacute;conomies des sommes consid&eacute;rables. Mais &agrave; la date de r&eacute;daction de cet article, l&rsquo;effet de ces mesures reste incertain.<br /> </div> <br /> <div align="justify">Un observateur na&iuml;f s&rsquo;&eacute;tonnera de voir que les autorit&eacute;s de r&eacute;gulation des march&eacute;s financiers aient autoris&eacute; de tels pr&ecirc;ts &agrave; risques (au moins aux Etats-Unis puisqu&rsquo;il semblerait que ceux-ci soient proscrits en Europe et en tous cas en France). Mais on s&rsquo;&eacute;tonnera tout autant de l&rsquo;irresponsabilit&eacute; des gestionnaires de fonds sp&eacute;culatifs qui s&rsquo;y &eacute;taient adonn&eacute;s, sans mentionner l&rsquo;incons&eacute;quence des emprunteurs individuels eux-m&ecirc;mes. Aucun d&rsquo;entre eux ne pouvaient ignorer que le syst&egrave;me ne pouvait que se bloquer &agrave; terme, entra&icirc;nant la ruine des moins pr&eacute;voyants. On peut penser que, comme dans le cas d&rsquo;autres bulles sp&eacute;culatives, les diff&eacute;rents protagonistes du syst&egrave;me comptaient de fa&ccedil;on irrationnelle sur une euphorie g&eacute;n&eacute;ratrice de croissance laquelle, par on ne sait quel miracle, aurait g&eacute;n&eacute;r&eacute; des revenus permettant de payer les dettes. Les plus malins des pr&eacute;teurs esp&eacute;raient sans doute se retirer suffisamment vite du jeu, profit fait, pour ne pas tomber avec les autres. On retrouve l&agrave; un aspect inh&eacute;rent au capitalisme lib&eacute;ral le plus sauvage, c&rsquo;est-&agrave;-dire celui qui refuse toute r&eacute;gulation afin de donner une chance aux plus habiles sinon aux plus malhonn&ecirc;tes. Inutile de dire que de telles pratiques auraient du depuis longtemps &ecirc;tre condamn&eacute;es. En tous cas, elles ne devraient pas &ecirc;tre prises comme un exemple &agrave; suivre par les gouvernements europ&eacute;ens souhaitant relancer la croissance en relan&ccedil;ant les consommations des particuliers. <br /> <br /> <strong>Une crise qui n'est ni sp&eacute;cifique aux Etats-Unis ni anecdotique</strong><br /> <br /> Mais le feront-ils ? Ce serait une erreur de consid&eacute;rer la crise de l&rsquo;immobilier am&eacute;ricain comme anecdotique. Elle r&eacute;v&egrave;le au contraire un mal actuel profond du capitalisme lib&eacute;ral, notamment en Occident (les deux Am&eacute;riques et l&rsquo;Europe). Les Pouvoirs publics s&rsquo;imaginent pouvoir y assurer la croissance des &eacute;conomies dont ils ont la charge en facilitant la consommation sans se pr&eacute;occuper s&eacute;rieusement de financer les investissements productifs, tant sur le plan industriel qu&rsquo;en ce qui concerne les recherches/d&eacute;veloppements. Or pour financer les investissements productifs, il faut faire principalement appel, par pr&eacute;l&egrave;vement indirect ou direct, aux revenus des particuliers, en &eacute;vitant que ces revenus ne s&rsquo;investissent dans la consommation, notamment de biens et services import&eacute;s.<br /> <br /> Si en effet aucun investissement n&rsquo;intervient, sur quoi compter pour satisfaire la demande artificiellement suscit&eacute;e ? Sur l&rsquo;importation de produits de consommation ou de services vendus &agrave; bas prix dans les pays &eacute;mergents. Mais, aussi bas que soient les prix de ces produits sur les march&eacute;s occidentaux, les dettes accumul&eacute;es finissent par devenir consid&eacute;rables. Comment alors payer ces dettes ? Tr&egrave;s simplement en se tournant vers ces m&ecirc;mes pays &eacute;mergents - ou vers des fonds d&rsquo;origine criminelle. Les uns et les autres, pour des raisons diverses, disposent d&rsquo;importantes liquidit&eacute;s. Les pays occidentaux pr&eacute;tendument riches empruntent aupr&egrave;s d&rsquo;eux de quoi rembourser les emprunts qu&rsquo;ils ont fait pour financer leurs importations. Inutile de dire qu&rsquo;&agrave; ce r&eacute;gime les pays riches ne le resteront pas longtemps. M&ecirc;me si les pays &eacute;mergents jouent la continuit&eacute; en ne cherchant pas &agrave; provoquer une d&eacute;pression mondiale en refusant de continuer &agrave; pr&ecirc;ter de l&rsquo;argent aux pays riches, ils s&rsquo;enrichiront rapidement aux d&eacute;pends de ceux-ci, si bien que le m&eacute;canisme d&rsquo;ensemble ne pourra que se bloquer &agrave; son tour. <br /> <br /> Pourquoi ? Il faut pour comprendre cela en revenir &agrave; la valeur fondamentale qui est l&rsquo;investissement productif. Notre consommateur occidental qui, de fa&ccedil;on directe ou indirecte, emprunte de quoi acheter les biens produits par les investissements des pays &eacute;mergents, ne produit lui-m&ecirc;me aucune valeur. Autrement dit, il s&rsquo;endette en consommant ce qui lui reste de r&eacute;serves &eacute;conomiques pour le plus grand profit du producteur ext&eacute;rieur. Quand il sera ruin&eacute;, il n&rsquo;int&eacute;ressera plus ce dernier. L&rsquo;&eacute;conomie du pays &eacute;mergent ayant acquis dans l&rsquo;intervalle un potentiel productif et un niveau de revenus du travail lui permettant de vivre sur elle-m&ecirc;me, pourra satisfaire ses propres besoins de croissance sans sacrifier ses investissements productifs. Elle&nbsp; n&rsquo;aura plus rien &agrave; faire du consommateur occidental ni, plus g&eacute;n&eacute;ralement, des pays occidentaux en g&eacute;n&eacute;ral. C&rsquo;est ce qui est en train de se produire au profit, notamment, des pays &eacute;mergents asiatiques. <br /> <br /> On dira que les choses ne sont pas si simples et que les pays occidentaux conservent encore des valeurs d&rsquo;&eacute;change, en comp&eacute;tences professionnelles, en technologies et en connaissances. Mais il s&rsquo;agit d&rsquo;un capital qui ne se renouvellera pas de lui-m&ecirc;me. Pour ce qui concerne l&rsquo;Europe, la seule fa&ccedil;on pour elle d&rsquo;entretenir son capital productif serait d&rsquo;obtenir des consommateurs europ&eacute;ens qu&rsquo;ils consomment moins et qu&rsquo;ils travaillent davantage, en investissant dans les secteurs productifs essentiels. Espoir illusoire. On ne voit gu&egrave;re que la crise environnementale et &eacute;nerg&eacute;tique qui s&rsquo;annonce pour obliger les Europ&eacute;ens &agrave; valoriser leurs ressources productives, en restreignant des consommations-importations non prioritaires ou anormalement gaspilleuses et destructrices. Mais il leur faudra pour cela d&eacute;tacher leurs &eacute;conomies de celle des Etats-Unis, si celle-ci reste soumise &agrave; l'emprise d&rsquo;un lib&eacute;ralisme sp&eacute;culatif dont l'Europe ne pourra plus se permettre les exc&egrave;s et les erreurs.<br /> </div> Thu, 30 Aug 2007 23:00:00 GMT Mattel. Jouets de la honte ou «&#160;mondialisation&#160;» ordinaire&#160;? http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=211 211 <br /><div align="justify"><br /> On sait que le 14 ao&ucirc;t, le fabricant am&eacute;ricain Mattel a rappel&eacute; plus de 18 millions de jouets fabriqu&eacute;s en Chine, qui s&rsquo;ajoutent au million et demi rappel&eacute; ces derni&egrave;res semaines. Seule r&eacute;action officielle en Chine, un bref communiqu&eacute; de l&rsquo;administration du contr&ocirc;le de la qualit&eacute; : &laquo;<em>Nos exportations sont, dans leur immense majorit&eacute;, aux normes am&eacute;ricaines </em>&raquo;&nbsp; Les autorit&eacute;s chinoises d&eacute;clarent que les entreprises am&eacute;ricaines doivent partager les responsabilit&eacute;s. <br /> <br /> Les autorit&eacute;s chinoises n&rsquo;ont pas tout &agrave; fait tort. En Occident, notamment en France, on a parl&eacute; de &laquo; Jouets de la honte &raquo;. Soit, mais honte pour qui ? Faut-il rappeler que l&rsquo;affaire Mattel illustre le processus de ce que l&rsquo;on appelle la mondialisation et qui n&rsquo;est que l&rsquo;exploitation banale par les firmes occidentales des conditions de travail qu&rsquo;acceptent les travailleurs asiatiques. La firme occidentale, g&eacute;ante dans son secteur, d&eacute;finit des cahiers des charges stricts pour la fabrication des biens de consommation qu&rsquo;elle va acheter en Asie. Ces cahiers des charges comportent des clauses de prix imposant au producteur local des compressions de co&ucirc;ts dans tous les domaines, &agrave; la limite du supportable sur le plan humain. La qualit&eacute; des produits peut s&rsquo;en ressentir, d&rsquo;autant plus que les contr&ocirc;les du donneur d&rsquo;ordre ne sont pas toujours aussi rigoureux qu&rsquo;il le pr&eacute;tend.<br /> <br /> Dans le cas des jouets Mattel, qui se retrouve dans de nombreux autres secteurs, Mattel ach&egrave;te tr&egrave;s peu cher les produits chinois. Mais il les revend sur les march&eacute;s occidentaux &agrave; des prix &laquo; normaux &raquo;, ce qui lui assure des marges plus que confortables. A quoi lui servent ces marges ? Non pas &agrave; investir en Occident pour d&eacute;velopper de nouveaux processus (le jouet de demain ?), mais &agrave; r&eacute;mun&eacute;rer des actionnaires. Ceux-ci en font on ne sait quel usage sp&eacute;culatif. Mais ils ne s&rsquo;aventurent pas non plus &agrave; financer des investissements de long terme en Occident. C&rsquo;est pourquoi celui-ci se d&eacute;sindustrialise (en dehors des domaines strat&eacute;giques ou, du moins aux Etats-Unis, le gouvernement interdit de telles op&eacute;rations)... <br /> <br /> Les producteurs&nbsp; asiatiques seront gagnants plus vite que l&rsquo;on ne croit, puisque progressivement, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;argent des consommateurs occidentaux, m&ecirc;me s&rsquo;ils n&rsquo;en per&ccedil;oivent qu&rsquo;une faible part, ils finiront par se doter de processus industriels&nbsp; comp&eacute;titifs qui n&rsquo;auront plus besoin des march&eacute;s occidentaux pour se rentabiliser. C&rsquo;est ce que, &agrave; propos d&rsquo;un exemple diff&eacute;rent, nous avons expliqu&eacute; dans un article pr&eacute;c&eacute;dent (Comment emprunter pour consommer sans produire ?). <br /> </div> Thu, 30 Aug 2007 23:00:00 GMT Rejet probable d el'offre EADS dans le contrat des avions ravitailleurs de l'US Air Force http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=213 213 <br /><br /> <div align="justify">Un formidable contrat de l&rsquo;USAF est actuellement en comp&eacute;tition entre l&rsquo;Europe et les USA : autour de $100 milliards sur 10 ans pour une flotte de ravitailleurs en vol. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, le KC-767 de Boeing, de l&rsquo;autre le KC-30 de Airbus (EADS), qui a fait alliance avec aux USA (les deux avions sont des adaptations militaires de deux mod&egrave;les civils de Boeing et d&rsquo;Airbus). Les Europ&eacute;ens esp&egrave;rent faire une perc&eacute;e sur le march&eacute; militaire am&eacute;ricain mais divers signes montrent que leurs esp&eacute;rances s&rsquo;apparentent de plus en plus &agrave; des illusions. <br /> <br /> &bull; Un premier point est la d&eacute;cision de l&rsquo;USAF, au d&eacute;but du mois, d&rsquo;&eacute;carter toute formule de partage du march&eacute; entre Boeing et EADS/ Northrop-Grumman. Cette formule, lanc&eacute;e par les parlementaires des Etats o&ugrave; Northrop-Grumman a de l&rsquo;influence, &eacute;tait &eacute;videmment la plus s&ucirc;re formule pour que les Europ&eacute;ens obtiennent un contrat de l&rsquo;USAF. Elle repr&eacute;sentait un cadeau fait par le Pentagone &agrave; la repr&eacute;sentation parlementaire favorable &agrave; Northrop-Grumman. La formule a &eacute;t&eacute; jug&eacute;e trop co&ucirc;teuse par une USAF qui affronte une crise budg&eacute;taire majeure. <br /> <br /> &bull; Au-del&agrave; de cet argument, toutes les indications montrent que les Europ&eacute;ens n&rsquo;ont gu&egrave;re de chances face &agrave; Boeing. Celui-ci joue &agrave; fond la carte patriotique et protectionniste. Il obtient tous les soutiens patriotiques n&eacute;cessaires.&nbsp; De plus il avance que ce contrat est vital pour la survie de sa division militaire dans la d&eacute;cennie qui vient, ce qui est un argument toujours efficace. Boeing vient d&rsquo;organiser un d&eacute;placement sponsoris&eacute; de journalistes influents pour promouvoir son offre. Un certain Godfarb, du Weekly Standard, invite, avait d&eacute;j&agrave; fait valoir son point de vue : &laquo; &ldquo;<em>Airbus is a European company, and worse, it&rsquo;s closely connected to the French government The folks in Congress can find a way to award the contract to Boeing without the appearance of any impropriety. But how could they explain sending our tax dollars to France?&rdquo;</em> .Une traduction est-elle n&eacute;cessaire?<br /> <br /> Une non-d&eacute;cision pourrait &ecirc;tre prise, consistant en un report du contrat jusqu&rsquo;&agrave; ce que les industriels am&eacute;ricains&nbsp; proposent de nouvelles g&eacute;n&eacute;rations de ravitailleurs enti&egrave;rement automatis&eacute;s. Les avions actuels seraient en effet encore op&eacute;rationnels &agrave; 90%. Ceci &eacute;tant, une d&eacute;faite du KC-30 (ou un report de la d&eacute;cision, ce qui revient au m&ecirc;me pour le KC-30) dans cette affaire serait un rude coup pour la fraction allemande (de tendance transatlantique) de EADS, repr&eacute;sent&eacute;e par l'Allemand Enders (nouveau patron d'Airbus) contre le Fran&ccedil;ais Gallois (nouveau patron d'EADS). Un renforcement de plus de l'influence fran&ccedil;aise dans EADS devrait en r&eacute;sulter. <br /> </div> Thu, 30 Aug 2007 23:00:00 GMT L'Europe doit maïtriser enfin son espace maritime. Naufrage du Sokalique http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=217 217 <br /><div align="justify"><br /> La pr&eacute;sence du pr&eacute;sident de la R&eacute;publique aux obs&egrave;ques du patron du Sokalique, mort h&eacute;ro&icirc;quement &agrave; sa passerelle pour signaler jusqu'&agrave; la derni&egrave;re minutes au Cross la position du caseyeur, symbolisait l'hommage de la nation toute enti&egrave;re. Mais ce geste parfaitement justifi&eacute;e ne suffira pas, non plus que le jugement en France (s&rsquo;il se fait) de l&rsquo;&eacute;quipage abordeur. L&rsquo;&eacute;tat de carence actuel devient de plus en plus insupportable. La mer montre l&rsquo;odieux visage d&rsquo;un capitalisme anonyme, fraudeur, jouisseur et finalement criminel. <br /> <br /> La s&eacute;curit&eacute; des p&ecirc;cheurs n&rsquo;est pas seule en cause, mais aussi celle de tous les humains et de tous les &ecirc;tres vivants dont le sort d&eacute;pend de celui de la mer. Pour reprendre les termes d&rsquo;un Livre Vert publi&eacute; r&eacute;cemment par l&rsquo;Union Europ&eacute;enne, dont nous avons rendu compte en son temps, il faudrait faire triompher une vision mondiale des oc&eacute;ans et des mers. Dans le cadre de celle-ci, les domaines prioritaires concernent la s&eacute;curit&eacute; active et passive du transport maritime,&nbsp;&nbsp; l&rsquo;&eacute;radication des comportements pollueurs (rejets, d&eacute;gazage, pollutions terrestres, etc.), la conservation effective, avec contr&ocirc;les et sanctions efficaces, des populations halieutiques et plus g&eacute;n&eacute;ralement du milieu marin et sous-marin.&nbsp; <br /> <br /> La difficult&eacute;, qui n&rsquo;est pas un hasard mais qui est voulue par l&rsquo;ensemble des int&eacute;r&ecirc;ts profitant de l&rsquo;absence de r&eacute;gulation des activit&eacute;s maritimes, tient &agrave; la multiplicit&eacute; des acteurs, &agrave; leur refus de r&egrave;gles communes, aux appuis qu&rsquo;ils trouvent aupr&egrave;s de la plupart des Etats, d&eacute;velopp&eacute;s ou non.&nbsp; La destruction du milieu oc&eacute;anique, dont toute l&rsquo;humanit&eacute;, dont toute la biosph&egrave;re, commencent d&eacute;j&agrave; &agrave; ressentir les effets d&eacute;sastreux, devrait &ecirc;tre une pr&eacute;occupation prioritaire de la &laquo; communaut&eacute; internationale &raquo;, repr&eacute;sent&eacute;e par ses instances politiques les plus &eacute;lev&eacute;es. Ce n&rsquo;est &eacute;videmment pas le cas. Au nom de la libert&eacute; d&rsquo;exploitation, les mesures les plus &eacute;l&eacute;mentaires de protection sont refus&eacute;es. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un v&eacute;ritable scandale dont peu de gens s&rsquo;inqui&egrave;tent, tellement le poids des int&eacute;r&ecirc;ts imm&eacute;diats l&rsquo;emporte sur les pr&eacute;occupations du long terme. <br /> <br /> L&rsquo;Europe, qui est &agrave; un carrefour strat&eacute;gique de transit, devrait jouer un r&ocirc;le moteur en vue d&rsquo;imposer des r&egrave;gles mondiales plus contraignantes. Mais sous la pression de ses propres groupes de pression vivant de la surexploitation de la mer, elle ne le fait pas. Nous aimerions que le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, s&rsquo;il veut vraiment que le naufrage du Sokalique serve de le&ccedil;on, s&rsquo;attaque au nom de la France &agrave; ce grand dossier, quitte &agrave; m&eacute;contenter les Etats-membres qui profitent abusivement du laxisme actuel. <br /> </div> Thu, 30 Aug 2007 23:00:00 GMT Bioéthique ou biorégression http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=221 221 <br /><br /> <div align="justify">Une exp&eacute;rience r&eacute;cente faite sur l&rsquo;animal a montr&eacute; que seules des cellules-souches embryonnaires pouvaient r&eacute;parer un muscle cardiaque en partie d&eacute;truit par un infarctus. Tout permet de penser que l&rsquo;op&eacute;ration serait transposable chez l&rsquo;homme. On voit les espoirs que de telles interventions pourraient donner &agrave; des malades condamn&eacute;s &agrave; l&rsquo;immobilit&eacute; suite &agrave; une atteinte cardiaque &eacute;tendue. Rappelons que les cellules-souches non embryonnaires ne manifestent que des facult&eacute;s d'adaptation et de reg&eacute;n&eacute;rescence tr&egrave;s limit&eacute;es. <br /> <br /> Malheureusement, cette perspective, qui devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;un int&eacute;r&ecirc;t unanime en Europe, reste du domaine de l&rsquo;impossible du fait&nbsp; de la radicalisation progressive de l&rsquo;Eglise catholique concernant tout ce qui touche &agrave; l&rsquo;embryon, fut-il constitu&eacute; de quelques cellules seulement. Cette position lui est propre et ne se retrouve pas dans les autres religions. Un certain nombre de gouvernements europ&eacute;ens ont cependant int&eacute;rioris&eacute; les interdits du Vatican et prohib&eacute;, notamment, les recherches sur les cellules-souches embryonnaires. Seule la Grande Bretagne fait montre &agrave; cet &eacute;gard du minimum d&rsquo;ouverture permettant &agrave; la recherche scientifique de s&rsquo;exercer normalement. <br /> <br /> Les biologistes europ&eacute;ens s&rsquo;impatientent de plus en plus. Certains d&rsquo;entre eux viennent de demander aux l&eacute;gislateurs allemands et italiens&nbsp; de revenir sur les interdictions en vigueur dans ces deux pays concernant les recherches sur l&rsquo;embryon humain. Quant &agrave; la France, le pr&eacute;c&eacute;dent gouvernement avait promis que cette question, parmi d&rsquo;autres, serait soumise &agrave; des Etats G&eacute;n&eacute;raux de la bio&eacute;thique qui devaient se tenir &agrave; la rentr&eacute;e. Ces d&eacute;bats devaient pr&eacute;c&eacute;der la r&eacute;vision de la loi de bio&eacute;thique pr&eacute;vue pour 2009 et &ecirc;tre conduits sous l&rsquo;autorit&eacute; de l&rsquo;Agence de la biom&eacute;decine. Mais aujourd&rsquo;hui, &agrave; la consternation de la tr&egrave;s grande majorit&eacute; des professionnels, la ministre de la sant&eacute; et des sports refuse d&rsquo;honorer cette promesse. <br /> <br /> En bonne logique europ&eacute;enne, ces questions devraient &ecirc;tre discut&eacute;es et r&eacute;glement&eacute;es de la m&ecirc;me fa&ccedil;on dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe. La maladie n&rsquo;y a pas de fronti&egrave;res. Les soins ne devraient pas en avoir non plus. De plus, il est anormal que les ath&eacute;es et agnostiques soient p&eacute;nalis&eacute;s du fait de croyances qu&rsquo;ils ne partagent pas. S&rsquo;il est sans doute encore impossible d&rsquo;obtenir un consensus minimum sur les questions de bio&eacute;thique dans l&rsquo;Europe des 27, il serait au moins souhaitable que les grands Etats europ&eacute;ens, disposant de potentiels de recherche importants, puissent s&rsquo;accorder apr&egrave;s discussion sur des protocoles dont l&rsquo;importance en termes scientifiques et th&eacute;rapeutiques se r&eacute;v&egrave;le chaque jour davantage. <br /> <br /> </div> Thu, 30 Aug 2007 23:00:00 GMT Urgence de normes de construction européennes pour des immeubles http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=189 189 <br /><div align="justify">L'expert du climat Danny Harvey de l'universit&eacute; de Toronto a r&eacute;cemment pr&eacute;sent&eacute;, avec son &eacute;quipe, des plans pour r&eacute;duire radicalement l'&eacute;nergie utilis&eacute;e par le secteur de la construction pour chauffer et climatiser les immeubles. Toute une s&eacute;rie de m&eacute;thodes sont dor&eacute;navant disponibles, permettant de r&eacute;aliser des immeubles basse &eacute;nergie, dits aussi &laquo; <em>passive house </em>&raquo; &laquo;&nbsp; en anglais et &laquo; <em>passivhaus</em> &raquo; en allemand. Il s&rsquo;agit non seulement de mat&eacute;riaux isolants, mais aussi d&rsquo;une conception g&eacute;n&eacute;rale des immeubles privil&eacute;giant l&rsquo;&eacute;conomie et l&rsquo;appel aux ressources naturelles, tant pour les habitations individuelles que pour les habitats collectifs et tours de grande hauteur. <br /> <br /> Selon ces &eacute;tudes (&agrave; para&icirc;tre prochainement dans un N&deg; sp&eacute;cial de la revue <em>Building Research &amp; Information)</em>, un tiers de l&rsquo;&eacute;nergie consomm&eacute;e par l&rsquo;habitat, qui repr&eacute;sente elle-m&ecirc;me un tiers du C02 produit par l&rsquo;homme, pourrait &ecirc;tre &eacute;conomis&eacute; en 10 ans. Compte tenu de la hausse des prix de l&rsquo;&eacute;nergie, les d&eacute;penses correspondantes pourraient &ecirc;tre rentabilis&eacute;es en 3 &agrave; 7 ans. Les technologies existent en effet d&eacute;j&agrave;, contrairement &agrave; celles int&eacute;ressant le secteur &eacute;galement gros producteur de C02 des transports. <br /> </div> <br /> Malheureusement, nul n&rsquo;a int&eacute;r&ecirc;t &agrave; encourager l&rsquo;emploi de telles techniques. Aux Etats-Unis, on constate jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent une augmentation continue de la superficie des logements et du gaspillage des ressources qui s&rsquo;y investissent. En Chine, la course au logement pousse au contraire &agrave; des solutions qui pour &ecirc;tre &eacute;conomiques n&rsquo;en sont pas moins consommatrices en &eacute;nergie. Les immeubles am&eacute;ricains devraient consommer 25% d&rsquo;&eacute;nergie en plus d&rsquo;ici 2020, et l&rsquo;immobilier chinois 50%. <br /> <br /> <div align="justify"> En Europe, o&ugrave; la tradition et les efforts r&eacute;cents d&rsquo;architectes et d&rsquo;entreprises innovantes favorisent les &eacute;conomies d&rsquo;&eacute;nergie dans l&rsquo;habitat, ce sont les normes gouvernementales qui font d&eacute;faut. En effet, dans l&rsquo;&eacute;tat actuel des r&eacute;glementations, nul n&rsquo;a vraiment int&eacute;r&ecirc;t &agrave; investir de fa&ccedil;on suffisante : ni les propri&eacute;taires, ni les locataires, ni les collectivit&eacute;s locales, ni les industriels du chauffage et de la climatisation. Nous sommes en pr&eacute;sence d&rsquo;un domaine typique o&ugrave; s&rsquo;impose d&rsquo;urgence une r&eacute;glementation&nbsp; tr&egrave;s incitative. Celle-ci pourrait &ecirc;tre de la responsabilit&eacute; des Etats, mais elle serait encore plus efficace si elle faisait l&rsquo;objet d&rsquo;une politique europ&eacute;enne concert&eacute;e. Le temps presse, compte tenu de la vitesse avec laquelle de nouvelles politiques de promotion de l&rsquo;habitat populaire ou touristique se mettent en place, accompagn&eacute;es d&rsquo;efforts importants de r&eacute;novation. Mais si rien n&rsquo;est fait d&egrave;s maintenant, rattraper les erreurs de conception ne sera plus possible. <br /> </div> Thu, 09 Aug 2007 23:00:00 GMT La Grande Bretagne décide de construire deux nouveaux porte-avions. La France est intéressée à plusieurs titres. La défense européenne aussi http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=192 192 <br /><br /> Les deux futurs b&acirc;timents de la Royal Navy, de 65 000 tonnes chacun, le Queen-Elizabeth et le Prince-of-Wales, entreront en service en 2014 et 2016. Ce projet de 5,8 milliards d'euros permettra de moderniser le dispositif a&eacute;ronaval britannique. Dans la perspective d&rsquo;une d&eacute;fense europ&eacute;enne mieux int&eacute;gr&eacute;e qu&rsquo;actuellement, il pourra aussi servir &agrave; d&eacute;ployer des contingents europ&eacute;ens. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que la France, dans cette m&ecirc;me perspective, ne reste pas &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, en ne disposant que d&rsquo;un porte-avion, le Charles de Gaulle, indisponible pour maintenance un tiers de son temps. <br /> <br /> En donnant son feu vert au projet devant les Communes, mercredi 25 juillet, le ministre de la d&eacute;fense, Des Browne, a mis fin &agrave; une incertitude qui durait depuis 1998. Des questions de prix et des h&eacute;sitations sur le choix des constructeurs ont longtemps retard&eacute; la d&eacute;cision finale.<br /> <br /> Le groupe fran&ccedil;ais d'&eacute;lectronique de d&eacute;fense Thales assurera 16 % du contrat. Il sera associ&eacute; &agrave; Babcock au sein de VT Group. Thales avait &eacute;t&eacute; choisi d&egrave;s 2003 par Londres pour assurer la conception des deux futurs b&acirc;timents sous la ma&icirc;trise d'oeuvre du britannique BAE Systems. Thales est le num&eacute;ro deux de l'industrie de d&eacute;fense britannique, derri&egrave;re BAE Systems. Il r&eacute;alise un quart de son chiffre d'affaires en Grande-Bretagne. BAE Systems est actuellement lourdement impliqu&eacute; dans le scandale de corruption dit Yamama avec l&rsquo;Arabie Saoudite. Mais on&nbsp; remarquera pour ne pas envenimer les choses que ces soup&ccedil;ons portent sur son d&eacute;partement A&eacute;ronautique. <br /> <br /> La construction des deux porte-avions va entra&icirc;ner un regroupement du secteur de la construction navale britannique. BAE Systems et VT Group ont annonc&eacute; la cr&eacute;ation d'une co-entreprise qui regroupera leurs activit&eacute;s maritimes afin, selon M. Browne, de mieux utiliser &laquo; l'argent du contribuable &raquo;.<br /> Concernant la&nbsp; coop&eacute;ration franco-britannique dans le domaine naval, en&nbsp; 2003, la France avait pris la d&eacute;cision de principe de choisir un mode de propulsion classique pour son deuxi&egrave;me &eacute;ventuel porte-avions.<br /> <br /> Ce choix rendait possible une construction commune franco-britannique de plusieurs b&acirc;timents. Un accord de coop&eacute;ration a &eacute;t&eacute; sign&eacute; entre Londres et Paris en mars 2006. Le ministre s'est f&eacute;licit&eacute; des &laquo; &eacute;normes b&eacute;n&eacute;fices &raquo; d&eacute;j&agrave; apport&eacute;s par la coop&eacute;ration bilat&eacute;rale. Les entreprises concern&eacute;es, a-t-il ajout&eacute;, &eacute;tudient de nouveaux projets, notamment &laquo; la fourniture d'&eacute;quipements communs pour les porte-avions &raquo; et &laquo; des accords de maintenance partag&eacute;s &raquo;. Les Fran&ccedil;ais n&rsquo;osent pas encore esp&eacute;rer que ces porte-avions puissent embarquer des Rafales, que leur polyvalence d&eacute;signerait mieux que tous autres pour &eacute;quiper une force appel&eacute;e &agrave; intervenir en coop&eacute;ration sur des th&eacute;&acirc;tres tr&egrave;s diff&eacute;rents. Thu, 09 Aug 2007 23:00:00 GMT Livraisons d'armes américaines au Moyen-Orient, aveu d'impuissance http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=197 197 <br /><br /> Les intentions de vente d&rsquo;armes am&eacute;ricaines au Moyen- Orient sont impressionnantes :<br /> &bull; $20 milliards pour les Etats du Golfe &agrave; livrer en 10 ans, dont pr&egrave;s de $10 milliards pour l&rsquo;Arabie Saoudite. <br /> &bull; $30 milliards pour Isra&euml;l en dix ans. <br /> &bull; $13 milliards pour l&rsquo;Egypte en dix ans. <br /> &bull; sans mentionner les espoirs portant sur de futurs achats indiens que Washington aimerait emporter en totalit&eacute;: $30 milliards en 5 ans. <br /> <br /> Tout ceci nous conduit &agrave; une analyse en trois points : <br /> <br /> <strong>Premier point </strong>: ces livraisons projet&eacute;es d&rsquo;armement sont le signe de l&rsquo;impuissance extraordinaire de la politique ext&eacute;rieure des Etats-Unis, caract&eacute;ris&eacute;e par le degr&eacute; z&eacute;ro de sa diplomatie dans cette zone. S&rsquo;y ajoute l&rsquo;impuissance de leur politique militaire, dont on nous disait qu&rsquo;elle rempla&ccedil;ait avantageusement la diplomatie. Se trouver, ou se croire dans l&rsquo;obligation de projeter de telles livraisons d&rsquo;armes alors qu&rsquo;on a d&eacute;ploy&eacute; au c&oelig;ur de la zone en question une partie importante de ses forces terrestres, navales et a&eacute;riennes, alors qu&rsquo;on dispose de la plus puissante armada militaire de l&rsquo;histoire en volume budg&eacute;taire, en poids et en nombre, constitue un &eacute;norme aveu d&rsquo;impuissance de ces forces. <br /> <br /> <strong>Deuxi&egrave;me point</strong> : la parfaite inutilit&eacute; de ce surarmement par rapport au danger qu&rsquo;on affirme vouloir contenir (l&rsquo;Iran, Al Qa&iuml;da). On se demande ce qu&rsquo;il faudrait pour faire accepter par le Pentagone et sa bureaucratie les enseignements des guerres qu&rsquo;ils sont en train de perdre, c&rsquo;est-&agrave;-dire des guerres typiques de la Guerre de 4e G&eacute;n&eacute;ration (G4G). Apparemment, rien n&rsquo;y parviendra. Ces armements promis n&rsquo;assureront aucune d&eacute;fense, &mdash; si besoin en &eacute;tait, &mdash; contre un pays comme l&rsquo;Iran, dont on sait la propension &agrave; utiliser des moyens asym&eacute;triques dans les conflits. Ne parlons pas d&rsquo;Al Qa&iuml;da, si Al Qa&iuml;da existe. Le cas d&rsquo;Isra&euml;l est &eacute;galement r&eacute;v&eacute;lateur. Les armements qui vont &ecirc;tre livr&eacute;s, voire impos&eacute;s aux Isra&eacute;liens, iront dans le sens d&eacute;velopp&eacute; par les forces isra&eacute;liennes depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es, qui a abouti &agrave; la catastrophe d&rsquo;il y a un an, contre le Hezbollah. <br /> <br /> <strong>Troisi&egrave;me point</strong>, le plus &eacute;vident d&rsquo;une part, le plus charg&eacute; d&rsquo;implication d&rsquo;autre part. Il se divise en deux constats: <br /> <br /> &bull; Ces contrats sont une manne pour l&rsquo;industrie d&rsquo;armement am&eacute;ricaine , et c&rsquo;est bien entendu un argument d&rsquo;une tr&egrave;s grande force pour soutenir ces propositions. Toute l&rsquo;Administration am&eacute;ricaine est &eacute;videmment engag&eacute;e, d&rsquo;une fa&ccedil;on ou l&rsquo;autre, dans ce soutien de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, consid&eacute;r&eacute;e &agrave; la fois comme un des bijoux du capitalisme am&eacute;ricain et comme un des piliers de la s&eacute;curit&eacute; nationale d&rsquo;un syst&egrave;me qui g&eacute;n&egrave;re ce m&ecirc;me capitalisme. <br /> <br /> &bull; Consid&eacute;rant les circonstances que nous avons d&eacute;crites, o&ugrave; rien, absolument rien d&rsquo;autre dans les mesures et politiques d&eacute;velopp&eacute;es depuis 4 ans au Moyen Orient n&rsquo;a donn&eacute; le moindre r&eacute;sultat, il faut admettre que ce choix des ventes et livraisons d&rsquo;armes devient d&eacute;sormais le seul attribut s&eacute;rieux, ou faisant figure de s&eacute;rieux, de la puissance des Etats-Unis. On peut alors consid&eacute;rer que ceux-ci sont entr&eacute;s dans une phase o&ugrave; le seul attribut de puissance incontestable leur restant est bien la production et la diss&eacute;mination des armements. C&rsquo;est le triomphe de ce qu&rsquo;il y a de plus fondamental, mais aussi de plus primaire dans le complexe militaro-industriel. On ne peut dire pour autant que ce soit un progr&egrave;s d&eacute;cisif de la puissance am&eacute;ricaine per se; c&rsquo;est tout au contraire sa position ultime de tentative d&rsquo;affirmation de puissance. Les livraisons d&rsquo;armes am&eacute;ricaine ont toujours exist&eacute; dans la politique am&eacute;ricaine. Elles constituaient un compl&eacute;ment d&rsquo;autres initiatives. Cette fois, elles semblent former l&rsquo;essentiel de la politique de s&eacute;curit&eacute; nationale. C&rsquo;est le contraire d&rsquo;un progr&egrave;s ; c&rsquo;est un ultime retranchement et un terrible aveu d&rsquo;impuissance. <br /> <br /> Voil&agrave; qui devrait faire r&eacute;fl&eacute;chir les strat&egrave;ges europ&eacute;ens. Thu, 09 Aug 2007 23:00:00 GMT L'Europe doit se doter d'industries de l'armement puissantes http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=198 198 <br /><br /> <div align="justify">Il est bien vu en Europe de ne pas attacher d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t aux industries de l&rsquo;armement, sous pr&eacute;texte que celles-ci poursuivent un but fondamentalement immoral : d&eacute;truire des &ecirc;tres humains. Un certain nombre de pays ressentent encore de fa&ccedil;on tr&egrave;s vivante les souvenirs des temps o&ugrave;, sous les dictatures fascistes puis communistes, toutes les ressources avaient &eacute;t&eacute; consacr&eacute;es &agrave; l&rsquo;armement, au d&eacute;triment du reste de l&rsquo;&eacute;conomie. On peut penser pourtant que l&rsquo;Europe ne sera jamais une grande puissance globale si elle ne se dote pas, comme la France l&rsquo;a fait pour son compte, d&rsquo;une puissante industrie de d&eacute;fense. Diff&eacute;rentes raisons militent en ce sens. D&rsquo;une part, rien ne dit que dans quelques ann&eacute;es, les pays europ&eacute;ens n&rsquo;auront pas &agrave; se d&eacute;fendre d&rsquo;agressions ext&eacute;rieures. Celles-ci ne prendront pas n&eacute;cessairement une forme militaire classique. On pense plut&ocirc;t &agrave; la Guerre de 4e G&eacute;n&eacute;ration, dite du faible au fort. Mais des agresseurs utiliseront peut-&ecirc;tre aussi des moyens plus lourds, conventionnels ou nucl&eacute;aires. Ne pas avoir de capacit&eacute; de riposte serait se condamner d&rsquo;avance &agrave; l&rsquo;invasion. <br /> <br /> D&rsquo;autre part, les recherches et les investissements industriels n&eacute;cessaires &agrave; la production des armes modernes couvrent un vaste champ de comp&eacute;tence et produisent des retomb&eacute;es importantes dans le domaine civil. On dit qu&rsquo;il s&rsquo;agit de technologies duales. Certains ont ni&eacute; l&rsquo;existence de telles retomb&eacute;es. On doit constater cependant que la France, pour reprendre son exemple, n&rsquo;aurait pas l&rsquo;outil industriel dont elle dispose, notamment dans le domaine a&eacute;rospatial et naval, si elle n&rsquo;avait pas d&eacute;velopp&eacute; des programmes militaires ambitieux. On ne peut que regretter qu&rsquo;elle ait renonc&eacute; &agrave; mener avec ses moyens propres, d&egrave;s les ann&eacute;es 1970, la guerre des r&eacute;seaux informatiques et de calcul. <br /> <br /> La troisi&egrave;me raison pouvant justifier l&rsquo;autonomie industrielle europ&eacute;enne dans le domaine des armements tient au fait que toutes les grandes puissances mondiales consacrent &agrave; ce domaine d&rsquo;importantes ressources. Elles exercent toutes des pressions importantes sur l&rsquo;Europe pour que celle-ci se porte acheteuse de leurs produits. On conna&icirc;t notamment la fa&ccedil;on dont les Etats-Unis, &agrave; travers l&rsquo;Otan, cherchent &agrave; imposer leurs mat&eacute;riels et normes militaires. Il serait particuli&egrave;rement paradoxal que l&rsquo;Europe, apr&egrave;s avoir refus&eacute; par un pacifisme mal con&ccedil;u, d&rsquo;investir elle-m&ecirc;me dans le domaine des armes, se dote &agrave; grand frais et sans espoir aucun de retomb&eacute;es, de mat&eacute;riels acquis &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur.<br /> <br /> Nous pensons qu&rsquo;il faudrait &eacute;voquer une quatri&egrave;me raison justifiant le d&eacute;veloppement en Europe d&rsquo;industries de d&eacute;fense (y compris dans le domaine spatial) : celles-ci contribuent, d&rsquo;une fa&ccedil;on que l&rsquo;on per&ccedil;oit mal mais qui est certaine, au sentiment de grandeur qu&rsquo;un pays ou un ensemble de pays peuvent avoir d&rsquo;eux-m&ecirc;mes. L&rsquo;argument a &eacute;t&eacute; utilis&eacute; pour justifier la construction d&rsquo;un second porte-avion par la France. Un tel mat&eacute;riel est bien plus efficace pour construire l&rsquo;identit&eacute; nationale qu&rsquo;une proclamation de principe ne s&rsquo;accompagnant d&rsquo;aucune marque tangible. Il s&rsquo;agit peut-&ecirc;tre d&rsquo;un orgueil mal plac&eacute; et dangereux. Mais les soci&eacute;t&eacute;s humaines r&eacute;pondent &agrave; des motivations inconscientes qu&rsquo;il ne faut pas n&eacute;gliger, en attendant de pouvoir les remplacer par des arguments plus rationnels. <br /> <br /> </div> Thu, 09 Aug 2007 23:00:00 GMT Ouverture du marché de l'électricité et du gaz. Aberrations du libéralisme http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=155 155 <br /><div align="justify"><br /> Expliquons-nous. Tout le monde en France se plaint aujourd'hui de la d&eacute;r&eacute;gulation dans le domaine du t&eacute;l&eacute;phone et de l'Internet. Des op&eacute;rateurs irresponsables, que chacun peut nommer, ont fait des offres attrayantes que ne supportait aucun investissement dans les r&eacute;seaux. R&eacute;sultat&nbsp;: l'op&eacute;rateur historique a &eacute;t&eacute; mis en difficult&eacute; et pour survivre, il a du lui aussi diminuer la qualit&eacute; de son offre. Dieu merci cependant il reste le meilleur. Pour ma part, je lui suis toujours fid&egrave;le et suis content de l'&ecirc;tre car quand je demande son intervention, elle arrive dans un d&eacute;lai plus que raisonnable. On me dira que sans concurrence, nous en serions encore en France au minitel. Certainement pas. On peut organiser, m&ecirc;me dans les r&eacute;seaux de t&eacute;l&eacute;communication, une certaine comp&eacute;tition entre grands offreurs dans un cadre globalement r&eacute;gul&eacute;...Mais il vaudrait mieux &eacute;videmment que ceci se fasse au niveau europ&eacute;en.<br /> <br /> Ceci dit, les TIC sont une chose. L'&eacute;lectricit&eacute;-gaz repr&eacute;sente un tout autre enjeu. D'une part, le domaine suppose des investissements massifs, tant en production qu'en distribution. En ce qui concerne le gaz, il s'ins&egrave;re dans des n&eacute;gociations g&eacute;opolitiques dont les Etats ne peuvent se d&eacute;sint&eacute;resser. Par ailleurs, ces investissements impactent lourdement le milieu. Les entreprises priv&eacute;es, aux mains d'un capital flottant et guid&eacute;es par le souci de r&eacute;mun&eacute;rer &agrave; court terme les actionnaires, ne les feront pas ou les feront &agrave; tort et &agrave; travers. Ce n'est pas sur le m&eacute;canisme du march&eacute; qu'il faut compter pour encourager, comme on le pr&eacute;tend, de petits producteurs marginaux faisant appel aux &eacute;nergies renouvelables. <br /> <br /> Les Etats doivent donc conserver des op&eacute;rateurs puissants, soutenus par des aides publiques et soumis &agrave; des cahiers des charges stricts. Si au niveau europ&eacute;en, les gouvernements pouvaient encourager des rapprochements, ce serait une bonne chose, mais ceux-ci doivent viser en premier lieu le renforcement de la capacit&eacute; de recherche/d&eacute;veloppement et de production des op&eacute;rateurs.<br /> <br /> Voyons maintenant la question des tarifs de vente au public. Actuellement les adversaires de la d&eacute;r&eacute;gulation dans l'&eacute;nergie font valoir, non sans arguments, que dans les pays qui l'ont d&eacute;j&agrave; mise en &oelig;uvre, apr&egrave;s une baisse momentan&eacute;e des prix, ceux-ci sont remont&eacute;s bien au del&agrave; des montants initiaux. Donc, le consommateur est perdant. On retrouve une situation qui se rapproche de celle faite aux abonn&eacute;s du t&eacute;l&eacute;phone apr&egrave;s ouverture &agrave; une concurrence sans r&egrave;gles. Mais pour nous, le bon argument contre la concurrence, aussi fond&eacute; qu'il soit, n'est pas l&agrave;. En effet, pour pr&eacute;parer l'Europe &agrave; la grande crise climatique et environnementale qui s'annonce, il ne faudrait pas diminuer les prix de l'&eacute;nergie mais les augmenter, afin d'encourager les &eacute;conomies. Que les prix de l'&eacute;lectricit&eacute; et du gaz s'&eacute;l&egrave;vent serait plut&ocirc;t dans cette perspective une bonne nouvelle. <br /> <br /> Mais cette augmentation ne devrait pas se faire au profit des actionnaires. Elle devrait favoriser les investissements. On voit bien alors qu'une telle politique n'aurait de sens que si elle portait sur toutes les &eacute;nergies et en priorit&eacute; sur celles produites par le charbon et le p&eacute;trole, avec notamment la taxe carbone envisag&eacute;e dans certains discours politiques, ou toutes autres mesures visant aux m&ecirc;mes fins. Nous n'en sommes pas l&agrave;, ni en France ni, encore moins, en Europe. <br /> <br /> Que conclure donc de ce qui pr&eacute;c&egrave;de&nbsp;? C'est que non seulement l'ouverture des march&eacute;s de l'&eacute;nergie ne devrait plus &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme la priorit&eacute; pour l'Europe, mais encore qu'il faudrait substituer &agrave; cette politique &ndash; trop facile h&eacute;las &ndash; d'ouverture, une politique globale de l'&eacute;nergie, portant &agrave; la fois sur les &eacute;conomies, les investissements dans les sources de production non polluantes et les r&eacute;seaux de distribution s&eacute;curis&eacute;s, la d&eacute;finition de tarifs favorisant en priorit&eacute; la rationalisation des usages. Autrement dit, il ne peut s'agir l&agrave; que de questions r&eacute;galiennes, &agrave; discuter et d&eacute;cider dans les conf&eacute;rences intergouvernementales europ&eacute;ennes. Les esprits sont loin aujourd'hui d'en convenir. Mais parions qu'avec le renforcement de la crise environnementale, ils changeront vite d'avis et se tourneront vers les Etats ...et les institutions europ&eacute;ennes, afin d'y chercher &agrave; la fois la protection et l'audace qui s'imposent dans ce domaine vital de l'&eacute;nergie.<br /> <br /> </div> Mon, 30 Jul 2007 23:00:00 GMT De l'Eurogroupe à un gouvernement économique et politique de la zone Euro http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=179 179 <br /><div align="justify"><br /> L'&eacute;conomiste Jean Pisani-Ferry, dans&nbsp;<em>Le Monde</em> du 10 juillet, p. 20, &eacute;voque les conceptions diff&eacute;rentes que les pays membres de l'Eurogroupe se font, aussi bien de la politique mon&eacute;taire commune que de la coordination des politiques &eacute;conomiques. Il rappelle que pour l'Allemagne et pour la France, la monnaie unique a <em>&quot; une signification politique profonde. Mais ce n'est pas la m&ecirc;me. Dans la conception allemande, elle symbolise un destin commun et une union mon&eacute;taire doit s'accompagner d'une union politique de type f&eacute;d&eacute;ral, permettant aux peuples d'accepter la rigueur des r&egrave;gles. Dans la conception fran&ccedil;aise, en revanche, la monnaie reste un attribut de la souverainet&eacute; &eacute;tatique et son transfert au niveau europ&eacute;en doit emporter la construction d'autres &eacute;l&eacute;ments de souverainet&eacute; partag&eacute;e. Une gouvernance par la d&eacute;cision est ce qui traduit l'engagement politique des Etats et permet de se passer d'une construction f&eacute;d&eacute;rale &quot;. </em><br /> <br /> La construction de l'Eurogroupe peut appara&icirc;tre comme une solution permettant de concilier ces deux exigences, &eacute;tant entendu que la cr&eacute;ation d'une F&eacute;d&eacute;ration europ&eacute;enne, trop ambigu&euml; en termes politiques, semble remise sine die. Beaucoup d'observateurs ont propos&eacute; de b&acirc;tir autour de cette structure un &laquo;&nbsp;gouvernement &eacute;conomique de la zone euro&nbsp;&raquo; qui serait une forme ambitieuse de coop&eacute;ration renforc&eacute;e entre ses membres. Une monnaie commune ne suffit pas si elle ne s'accompagne pas d'engagements politiques et de d&eacute;cisions &eacute;conomiques et financi&egrave;res harmonis&eacute;es. Une gouvernance coll&eacute;giale devrait diagnostiquer et traiter les &eacute;carts de comp&eacute;titivit&eacute; et prendre les mesures sociales et fiscales susceptibles de les r&eacute;soudre. <br /> <br /> <em>&quot; Le projet (</em>selon Jean Pisani-Ferry<em>, </em>qui passe pour plut&ocirc;t lib&eacute;ral),<em> c'est d'acqu&eacute;rir une identit&eacute; externe et de permettre &agrave; la zone euro de peser dans la r&eacute;gulation mon&eacute;taire et financi&egrave;re internationale. Cette volont&eacute;, qui a d&egrave;s l'origine marqu&eacute; les initiatives fran&ccedil;aises, est d'actualit&eacute; dans un contexte de changement rapide des rapports de force. Les pays de la zone euro sont &agrave; la fois surrepr&eacute;sent&eacute;s dans les forums internationaux et de faible influence dans les n&eacute;gociations financi&egrave;res. Le d&eacute;bat sur le taux de change chinois en est l'illustration&nbsp;: alors que l'enjeu est aussi important pour l'Europe que pour les Etats-Unis, la discussion se conduit essentiellement entre Washington et P&eacute;kin. A quoi sert donc d'avoir un tiers des voix au FMI, si les Etats-Unis m&egrave;nent le jeu&nbsp;? Les pays &eacute;mergents nous invitent de plus en plus clairement &agrave; &ecirc;tre coh&eacute;rents, &agrave; nous unir, et &agrave; troquer le poids num&eacute;rique contre l'influence r&eacute;elle.<br /> <br /> Un investissement des chefs d'Etat et de gouvernement sur ces deux sujets ferait sens, parce ce que les enjeux d&eacute;passent de loin les responsabilit&eacute;s des ministres des finances. Ceux-ci ne peuvent, seuls, piloter les r&eacute;formes qui rendront les &eacute;conomies plus r&eacute;actives, &eacute;noncer les implications de l'engagement mon&eacute;taire, ou consentir aux abandons de souverainet&eacute; n&eacute;cessaires &agrave; l'influence ext&eacute;rieure. C'est pourquoi il y aurait motif &agrave; r&eacute;unir au moins une fois le Conseil europ&eacute;en en format euro. &quot; </em><br /> <br /> Il est difficile de savoir si c'est cette conception de la zone euro que partage Nicolas Sarkozy et l'actuelle majorit&eacute;. S'agit-il seulement de donner le mauvais exemple en d&eacute;cidant seul de s'abstenir de respecter les engagements sur les d&eacute;ficits budg&eacute;taires&nbsp;? Si oui, il sera difficile ensuite de plaider pour des coh&eacute;rences communes.<br /> <br /> Ceci d'autant plus que si l'Eurogroupe prend dans les ann&eacute;es &agrave; venir tout son sens en termes de gouvernement &eacute;conomique de la zone euro, face &agrave; l'aggravation in&eacute;vitable de la conjoncture &eacute;conomique et politique mondiale, il faudra envisager plus que de simples harmonisations fiscales et sociales. Il faudra par exemple fermer la zone par des protections r&eacute;glementaires et douani&egrave;res, pour &eacute;viter que les efforts faits par l'Eurogroupe ne soient r&eacute;cup&eacute;r&eacute;s par les concurrents de l'Europe sans efforts parall&egrave;les. Supposons que, comme possiblement, il apparaisse urgent d'instaurer une taxe carbone, par exemple sur des produits comme les 4/4 et moteurs trop gourmands en p&eacute;trole. Il serait trop facile aux industriels comme aux acheteurs d'&eacute;chapper &agrave; cette taxe en op&eacute;rant &agrave; partir d'un autre Etat europ&eacute;en ou hors d'Europe. Pour &eacute;viter de p&eacute;naliser les seuls europ&eacute;ens vertueux, il faudrait alors contr&ocirc;ler et taxer les importations correspondantes. Ce n'est l&agrave; qu'un exemple, pris parmi les plus faciles.<br /> <br /> La difficult&eacute; que nous &eacute;voquons n'est pas pour nous un argument visant &agrave; d&eacute;courager l'id&eacute;e d'un gouvernement &eacute;conomique et politique de la zone euro, qui selon nous s'imposera &agrave; br&egrave;ve &eacute;ch&eacute;ance - en attendant qu'il ne s'impose &agrave; l'Europe toute enti&egrave;re. Il faut seulement se rendre compte qu'il s'agira d'un enjeu de taille, auquel on ne se pr&eacute;parera pas en affirmant, ni sa foi dans le lib&eacute;ralisme, ni au contraire la volont&eacute; de faire cavalier seul en Europe au nom d' int&eacute;r&ecirc;ts strictement nationaux.</div> Mon, 30 Jul 2007 23:00:00 GMT L'Europe de l'Otan serait-elle encore la seule à croire à la RMA? http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=181 181 <br /><div align="justify"><br /> Le concept de super-guerre technologique a toujours fait l'affaire du Pentagone et des industriels am&eacute;ricains travaillant pour l'armement. R&eacute;cemment encore, au salon du Bourget, le chef de la division militaire de Boeing s'est inqui&eacute;t&eacute; d'une possible baisse du budget militaire am&eacute;ricain (lequel rappelons-le sert ainsi &agrave; financer indirectement le Dreamliner, dont la division civile de Boeing tire grande gloire). D&eacute;velopp&eacute; dans les ann&eacute;es 1990, le concept a &eacute;t&eacute; repris et rebaptis&eacute; apr&egrave;s l'invasion de l'Irak sous le nom de RMA (Revolution in Military Affairs) et plus r&eacute;cemment, &agrave; l'initiative de Rumsfeld, sous celui de Transformation. L'id&eacute;e est connue. Elle consiste &agrave; dire que les armes nouvelles, a&eacute;rospatiales notamment, peuvent cibler et d&eacute;truire tout ennemi dans le monde, assurant ainsi la s&eacute;curit&eacute; des nations qui les ma&icirc;trisent. Ainsi, ces nations n'ont plus &agrave; tenir compte des r&eacute;sistances populaires, nationalistes, religieuses, territoriales ni des &laquo;milices&raquo; qu'elles mobilisent. <br /> <br /> Au contraire de cette doctrine, les th&eacute;oriciens de la Guerre de 4e G&eacute;n&eacute;ration, ou G4G (dont le strat&egrave;ge am&eacute;ricain William S. Lind) affirment que ces armes sont impuissantes face &agrave; la r&eacute;sistance opini&acirc;tre des peuples envahis ou attaqu&eacute;s. M&ecirc;me si ceux-ci sont souvent anim&eacute;s de sentiments que l'on pourrait qualifier de&nbsp;primitifs, o&ugrave; la d&eacute;mocratie &agrave; l'occidentale est absente, ils sont capables de mettre en &eacute;chec les plus fortes arm&eacute;es du monde. L'URSS en Afghanistan et les Anglo-Am&eacute;ricains en Irak en ont fait l'am&egrave;re exp&eacute;rience. <br /> <br /> Isra&euml;l en a fait &eacute;galement le constat r&eacute;cemment. Il avait cru pouvoir venir &agrave; bout des combattants palestiniens en appliquant les m&eacute;thodes militaires am&eacute;ricaines. L'&eacute;chec de Tsahal est d&eacute;sormais patent. <br /> <br /> Il n'y a plus que les militaires europ&eacute;ens, ceux du moins qui (&agrave; l'Est de l'Europe) se laissent intoxiquer par le Pentagone au sein de l'Otan, pour croire encore aux vertus des technologies de type Guerre des &eacute;toiles procur&eacute;es par le Pentagone. Ainsi leur aveuglement en faveur du syst&egrave;me anti-balistique propos&eacute; par Washington a pour premier r&eacute;sultat de donner &agrave; Poutine des arguments lui permettant de mieux diviser l'Union Europ&eacute;enne. Une d&eacute;fense de l'Europe autonome devrait au contraire mieux analyser les menaces &eacute;ventuelles qui p&egrave;sent sur notre continent et rechercher les moyens de pr&eacute;vention appropri&eacute;s. Ceci ne passe certainement par l'int&eacute;gration dans un syst&egrave;me de d&eacute;fense am&eacute;ricain qui craque de toutes parts. <br /> <br /> NB. Si les Europ&eacute;ens voulaient se donner une strat&eacute;gie internationale (pas uniquement bas&eacute;e sur la d&eacute;fense) cela passerait par des programmes comme Galileo. C'est ce qu'a bien compris le site &quot;trotskiste&quot; am&eacute;ricain, <em>World Socialist Web Site</em>, cit&eacute; par <em>Dedefensa</em>. La seule r&eacute;serve que nous ferions &agrave; cet article concerne la volont&eacute; des Europ&eacute;ens de se donner gr&acirc;ce &agrave; Galil&eacute;o une vision strat&eacute;gique, comme croit le constater son auteur. On se demande si, &agrave; part quelques personnes en France et &agrave; Bruxelles, les gouvernements europ&eacute;ens le consid&egrave;rent ainsi. <br /> </div> Mon, 30 Jul 2007 23:00:00 GMT Galileo ou l'aube de la souveraineté européenne http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=186 186 <br /><div align="justify">Le syst&egrave;me de radionavigation et de g&eacute;olocalisation Galileo est strat&eacute;gique pour la puissance, l'ind&eacute;pendance et donc la souverainet&eacute; de l'Europe. Sa mise en oeuvre par l'Union est indispensable, tant au plan politique, &eacute;conomique ou technologique qu'&agrave; celui de la s&eacute;curit&eacute; et de la d&eacute;fense.<br /> &nbsp; <br /> Plusieurs syst&egrave;mes de g&eacute;olocalisation existent actuellement dans le monde:&nbsp; Global Positionning System (GPS),am&eacute;ricain, enti&egrave;rement op&eacute;rationnel, Glonass (GLObalnaya Navigatsionnaya Spoutnikovaya Systema), le syst&egrave;me russe, partiellement op&eacute;rationnel et Beidou (Grande Ourse) le syst&egrave;me chinois en cours de d&eacute;veloppement.<br /> &nbsp; <br /> A l'origine &agrave; finalit&eacute; militaire, ces syst&egrave;mes poss&egrave;dent des applications civiles au&nbsp; d&eacute;veloppement&nbsp; tr&egrave;s rapide et diversifi&eacute;.<br /> <br /> Galileo est un programme d&eacute;fini et voulu par la Commission, c'est l'exemple m&ecirc;me d'un programme exprimant un v&eacute;ritable int&eacute;r&ecirc;t communautaire, probablement l'un des plus embl&eacute;matiques.<br /> <br /> Les difficult&eacute;s rencontr&eacute;es actuellement au niveau des &Eacute;tats membres et des industriels partenaires du projet pour son financement et son d&eacute;veloppement, prouvent que si ce projet avait &eacute;t&eacute; uniquement trait&eacute; dans le cadre intergouvernemental, il n'aurait jamais pu&nbsp; voir le jour. Dans ce cas pr&eacute;cis, la technocratie bruxelloise, pourtant souvent d&eacute;cri&eacute;e, a parfaitement jou&eacute; son r&ocirc;le&nbsp; novateur et prospectif.<br /> <br /> <strong>Les principes</strong><br /> <br /> La connaissance&nbsp;&nbsp; pr&eacute;cise&nbsp; de la position des objets dans l'espace comme dans le&nbsp; temps, c'est &agrave; dire de leur localisation et de leur synchronisation, devient d'une extr&ecirc;me importance dans le domaine civil comme dans celui militaire. Dans l'avenir les applications civiles et commerciales de la g&eacute;olocalisation vont se d&eacute;velopper de mani&egrave;re exponentielle. Il suffit pour s'en convaincre de voir &agrave; quelle vitesse &eacute;voluent les syst&egrave;mes offerts actuellement aux automobilistes...<br /> <br /> &nbsp;Les syst&egrave;mes de g&eacute;olocalisation vont peu &agrave; peu organiser la tra&ccedil;abilit&eacute; instantan&eacute;e, imm&eacute;diate et permanente de la plupart de nos activit&eacute;s. Ils constitueront, bient&ocirc;t, le coeur des syst&egrave;mes de surveillance et de contr&ocirc;le aussi bien que de ceux consacr&eacute;s &agrave; la&nbsp; gestion des flux. de transport des personnes et des biens.<br /> <br /> Les syst&egrave;mes de g&eacute;olocalisation mis en oeuvre par les grandes puissances continentales correspondent ainsi &agrave; un imp&eacute;ratif de souverainet&eacute;, en m&ecirc;me temps qu'&agrave; un enjeu de soci&eacute;t&eacute;.<br /> <br /> C'est la raison pour laquelle, il est crucial, pour l'Union europ&eacute;enne, de disposer d'un tel syst&egrave;me. Il est absolument impensable que les Europ&eacute;ens s'en remettent aux Am&eacute;ricains, aux Russes ou aux Chinois pour assurer ces missions de souverainet&eacute; et faire face &agrave; ces enjeux.<br /> <br /> En particulier, quand on constate avec quelle vitesse et &agrave; quelle niveau de pr&eacute;cision dans la localisation, se d&eacute;veloppent les application militaires de la g&eacute;olocalisation on ne peut que s'inqui&eacute;ter de la d&eacute;pendance dans laquelle se placent nos forces arm&eacute;es en&nbsp; ne disposant aujourd'hui que du GPS am&eacute;ricain qui peut &ecirc;tre &agrave; tout moment brouill&eacute; ou rendu totalement ou partiellement indisponible.<br /> <br /> <strong>Les objectifs </strong><br /> <br /> Galileo n'est en principe qu'un programme civil. Toutefois, le conseil des ministres de l'Union s'est bien gard&eacute; de toute exclusion des applications de d&eacute;fense. M&ecirc;me si celles-ci repr&eacute;sentent encore pour certains &Eacute;tats membres un sujet tabou, atlantisme oblige, le syst&egrave;me a &eacute;t&eacute; con&ccedil;u pour que les applications de d&eacute;fense, qui &agrave; un moment ou &agrave; un autre, se r&eacute;v&eacute;leront n&eacute;cessaires, ne demandent&nbsp; aucune modification du syst&egrave;me et ne g&eacute;n&egrave;rent aucun surco&ucirc;t.<br /> <br /> En juillet 2004 l'Union &agrave; adopt&eacute; une action commune mettant en place le cadre indispensable &agrave; la prise de d&eacute;cision en situation de crise&nbsp;: en cas d'urgence, le Haut repr&eacute;sentant pour la politique &eacute;trang&egrave;re et de s&eacute;curit&eacute; commune prendra les mesures n&eacute;cessaires concernant l'utilisation du syst&egrave;me. Galileo sera ainsi le premier outil europ&eacute;en au service de la politique &eacute;trang&egrave;re et de s&eacute;curit&eacute; commune.<br /> <br /> Galileo a pour objectif de permettre aux Europ&eacute;ens de disposer d'un syst&egrave;me de positionnement et de datation autonome, robuste de couverture mondiale, d&eacute;livrant un signal pr&eacute;cis compatible et interop&eacute;rable avec le GPS am&eacute;ricain et le Glonass russe, garantissant continuit&eacute; du service et int&eacute;grit&eacute; du&nbsp; message.<br /> <br /> <strong>Les services </strong><br /> <br /> Galileo fournira cinq services, certains seront payants, d'autres seront gratuits:<br /> <br /> *&nbsp;&nbsp; l'Open Service (OS), ou service ouvert, &agrave; la disposition gratuite de tout utilisateur poss&eacute;dant un r&eacute;cepteur Galileo;<br /> <br /> *&nbsp;&nbsp; le Commercial Service (CS) proposant&nbsp; des prestations &agrave;&nbsp; forte valeur ajout&eacute;e moyennant le paiement d'un droit;<br /> <br /> *&nbsp; le Safety Of Life&nbsp; Service ( SOL) ou service de sauvegarde de la vie humaine, fournissant un signal de haute pr&eacute;cision et int&eacute;grit&eacute;, notamment pour la navigation a&eacute;rienne;<br /> <br /> *&nbsp; le Public Regulated Service (PRS) &agrave; la&nbsp; disposition des autorit&eacute;s publiques en toutes circonstances, r&eacute;serv&eacute; a la gestion des crises et de l'activit&eacute; des autorit&eacute;s publiques;<br /> <br /> *&nbsp; enfin le Search and Rescue Service ( SAR) syst&egrave;me dont&nbsp; l'efficacit&eacute; sera tr&egrave;s sup&eacute;rieure &agrave;&nbsp; celle des syst&egrave;mes actuels, en terme de pr&eacute;cision de localisation et de retour d'information vers les victimes, naufrag&eacute;s ou accident&eacute;s.<br /> <br /> <br /> Pour accomplir l'ensemble de ces missions, Galileo disposera d'une infrastructure strat&eacute;gique n&eacute;cessitant la mise en oeuvre&nbsp; de m&eacute;thodes de&nbsp; s&eacute;curisation sp&eacute;cifiques et rigoureuses, et, bien entendu des outils correspondants.<br /> <br /> &quot; <em>Il est essentiel, en effet, que les capacit&eacute;s de positionnement et de navigation offertes par le syst&egrave;me Galileo ne puissent nuire aux int&eacute;r&ecirc;ts&nbsp; vitaux de l'Union europ&eacute;enne, de ses membres ou de leurs alli&eacute;s. L'Union doit &ecirc;tre en mesure de contrer &agrave; tout moment des tentatives de d&eacute;stabilisation ou d'usage hostile du syst&egrave;me. Ceci implique le d&eacute;finition d'une doctrine d'emploi rigoureuse&quot;&nbsp; (Ing&eacute;nieur g&eacute;n&eacute;ral Patrick Bellouard, intervention au Colloque de Toulouse cit&eacute; ci-dessous).</em><br /> <br /> <strong>Galileo et la politique spatiale europ&eacute;enne</strong><br /> <br /> Pour bien saisir l'importance de Galileo, &nbsp;il faut&nbsp; le replacer dans le contexte de la politique spatiale de l'Union europ&eacute;enne.<br /> <br /> Lors d'un colloque organis&eacute; &agrave; Toulouse le 17 novembre dernier, par Paneurope France, les enjeux g&eacute;opolitiques d'une strat&eacute;gie spatiale pour la souverainet&eacute;&nbsp; de l'Union ont &eacute;t&eacute; mis en &eacute;vidence.<br /> <br /> C'est dans ce sens que ce sont exprim&eacute;s les intervenants paneurop&eacute;ens de cette importante manifestation&nbsp;: l'Archiduc Otto de Habsbourg, Alain Terrenoire, Dirk Voss, le G&eacute;n&eacute;ral Favin L&eacute;v&ecirc;que, Jean-Paul Baquiast et moi-m&ecirc;me.<br /> <br /> <strong>Une relance mondiale&nbsp;: nouveaux acteurs nouveaux enjeux</strong><br /> <br /> Depuis l'annonce par les Etats Unis, en 2004, de&nbsp; leur retour sur la Lune, pour 2020, et d'un d&eacute;barquement sur Mars pour 2030,&nbsp; l'actualit&eacute; spatiale conna&icirc;t une v&eacute;ritable explosion. En&nbsp; 2005, la Chine a r&eacute;ussi son deuxi&egrave;me vol habit&eacute;. Elle lance &agrave; son tour un programme lunaire pour 2020. Dans le domaine militaire la Chine &agrave; &eacute;t&eacute; en mesure de neutraliser en 2006, un satellite espion am&eacute;ricain, en l'&eacute;blouissant par un faisceau laser. Moins de six mois plus tard, elle a d&eacute;truit en orbite un de ses&nbsp; satellites hors service&nbsp; par un tir de missile balistique. En 2006, l'Inde annonce le lancement d'un programme de vols habit&eacute;s pour 2014, ceci dans le cadre d'une planification&nbsp; &agrave; vingt-cinq ans. Elle est parvenue en 2007 &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer intact un de ses satellites&nbsp; se dotant ainsi des moyens techniques et op&eacute;rationnels d'un alunissage d'astronautes pour 2020. De son c&ocirc;t&eacute; le Japon affiche un programme lunaire pour 2020. Si l'on ajoute &agrave; ces programmes la poursuite par les Russes de leurs propres programmes civils ou militaires, on s'aper&ccedil;oit que la course &agrave; l'espace est relanc&eacute;e.<br /> <br /> Mais par rapport &agrave; celle des ann&eacute;es soixante elle s'acc&eacute;l&egrave;re et surtout implique&nbsp; de nouveaux acteurs. La comp&eacute;tition spatiale devient un enjeu majeur de la comp&eacute;tition multipolaire. La politique spatiale, composante&nbsp; majeure de la souverainet&eacute; technologique, concept forg&eacute; et d&eacute;velopp&eacute; par Paneurope France et Paneuropa Union Deutschland au cours de leurs deux colloques fondateurs de Paris (avril 2004) et Augsbourg (novembre 2005), devient ainsi un &eacute;l&eacute;ment essentiel de la souverainet&eacute; politique des grands ensembles g&eacute;opolitiques continentaux.<br /> <br /> C'est &agrave; ces bouleversements que doit r&eacute;pondre l'Europe et, en particulier, l'Allemagne et la France, qui, l&agrave; comme ailleurs, doivent reprendre leur r&ocirc;le d'avant garde. Or la stagnation de leurs investissements spatiaux ne les y pr&eacute;pare pas, mais leur histoire et leurs comp&eacute;tences doivent leur permettre de relever le d&eacute;fi. Nous connaissons en ce moment une &eacute;trange situation&nbsp;: gr&acirc;ce aux succ&egrave;s technologiques et commerciaux d'Ariane, les Europ&eacute;ens sont persuad&eacute;s qu'ils m&egrave;nent une grande politique spatiale alors que ces succ&egrave;s sont le r&eacute;sultat d'une strat&eacute;gie d&eacute;finie et engag&eacute;e il y a quarante ans, malheureusement aujourd'hui sans suite.<br /> <br /> Pour ne pas perdre pied dans la comp&eacute;tition mondiale pour l'espace,&nbsp; l'Europe &agrave; besoin&nbsp; d'analyser les impasses actuelles, en particulier ce qui provient des probl&egrave;mes de financement, mais aussi et surtout ce qui est le r&eacute;sultat de l'absence de vision &agrave; long&nbsp; terme, de volont&eacute; politique et de sensibilisation en profondeur de l'opinion publique.<br /> <br /> De ce point de vue Galileo est exemplaire.<br /> <br /> &nbsp;Le programme est en crise pour deux raisons, la premi&egrave;re est financi&egrave;re&nbsp; elle tient au&nbsp; caract&egrave;re marchand et civil que l'on a voulu donner au projet pour bien montrer que l'on se situait, conform&eacute;ment aux principes du lib&eacute;ralisme, r&eacute;solument dans le cadre de l'&eacute;conomie de march&eacute;. Cette vision ir&eacute;nique et peu r&eacute;aliste des choses,&nbsp; partag&eacute;e, bien entendu, par aucun des autres grands acteurs g&eacute;opolitiques de la conqu&ecirc;te spatiale,&nbsp; a rapidement montr&eacute; ses limites,. Sur ce point le probl&egrave;me semble r&eacute;solu puisque la Commission gr&acirc;ce &agrave; l'action &eacute;nergique de son vice pr&eacute;sident&nbsp; Jacques Barrot a d&eacute;cid&eacute; de financer les infrastructures de Galil&eacute;o sur fonds publics &agrave; hauteur de 2,4 milliards d'euros. Le second point, en revanche, est plus d&eacute;licat puisqu'il ne semble pas y avoir sur les objectifs du projet et surtout sur&nbsp; l'imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; pour l'Europe de disposer d'un syst&egrave;me ind&eacute;pendant de g&eacute;olocalisation autonome par rapport au GPS am&eacute;ricain, un r&eacute;el consensus.<br /> <br /> On peut consid&eacute;rer que Galileo, clef de vo&ucirc;te, on l'a vu, d'un syst&egrave;me plan&eacute;taire de&nbsp; gestion de donn&eacute;es et d'informations&nbsp; strat&eacute;giques est la premi&egrave;re et indispensable&nbsp; &eacute;tape d'une&nbsp; politique spatiale europ&eacute;enne &agrave; red&eacute;finir,&nbsp; &agrave; financer et &agrave; mettre en oeuvre pour les vingt-cinq prochaines ann&eacute;es. Galileo est la pierre de touche de cette nouvelle politique. Si d'aventure ce programme crucial pour l'Union n'aboutissait pas, non seulement l'Europe n'atteindrait jamais l'objectif tr&egrave;s ambitieux, mais l&eacute;gitime fix&eacute; &agrave; Lisbonne de devenir&nbsp; la premi&egrave;re &eacute;conomie de la connaissance mais encore on pourrait s&eacute;rieusement douter de sa volont&eacute;&nbsp; d'&ecirc;tre&nbsp; r&eacute;ellement pr&eacute;sente, demain, dans l'espace, th&eacute;&acirc;tre futur du grand d&eacute;fi multipolaire qui s'annonce.<br /> <br /> Ainsi que les y invitent les deux parlementaires, auteurs du r&eacute;cent rapport de l'Office fran&ccedil;ais&nbsp; d'&eacute;valuation des choix scientifiques et technologiques les Europ&eacute;ens ont &agrave; choisir des maintenant entre &laquo;&nbsp;l'audace ou le d&eacute;clin&nbsp;&raquo;. Ils leur reste peu de temps pour d&eacute;cider.<br /> <br /> A la diff&eacute;rence des autres acteurs du monde multipolaire, les Europ&eacute;ens ne semblent pas percevoir combien leur ind&eacute;pendance et leur libert&eacute; d'action dans un monde dangereux d&eacute;pend de leur d&eacute;termination &agrave; mettre en oeuvre au niveau de l'Union une politique spatiale &agrave; la fois civile et militaire. Malgr&eacute; les bonnes intentions exprim&eacute;es dans diff&eacute;rents rapports, livres verts ou blancs, pourtant parfaitement clairs, sur le sujet mais rest&eacute;s, pour le moment, sans grand &eacute;cho, la volont&eacute; semblant faire d&eacute;faut;<br /> <br /> Au-del&agrave; de cet imp&eacute;ratif de s&eacute;curit&eacute; et de souverainet&eacute; l'Europe&nbsp; doit utiliser l'outil spatial pour poursuivre son r&ocirc;le s&eacute;culaire dans la d&eacute;couverte et l'exploration, renforcer sa coh&eacute;sion par le lancement de grand programmes mobilisateurs et enthousiasmer ainsi par les perspectives qu'ils offrent dans de multiples domaines et bien au del&agrave; des seules technologies spatiales, les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations.<br /> <br /> Ce dernier point est important. Il est essentiel de rendre &agrave; l'effort spatial europ&eacute;en son &eacute;lan de jadis en lui donnant toute sa dimension politique et g&eacute;opolitique mais probablement aussi sa dimension onirique, car lorsque la politique et la science ne font plus r&ecirc;ver, il n'est plus ni de science ni de politique qui vaille.<br /> <br /> Conqu&eacute;rir l'espace c'est r&eacute;enchanter le monde, c'est aussi r&eacute;enchanter la politique, imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; en ces temps de d&eacute;sarroi.<br /> <br /> La politique spatiale europ&eacute;enne est le t&eacute;moignage majeur de la volont&eacute; d'ind&eacute;pendance europ&eacute;enne. C'est en cela que Galileo qui ouvre une nouvelle &egrave;re est l'aube de la souverainet&eacute; europ&eacute;enne.<br /> <br /> Comme toujours dans l'histoire, les grandes aventures ne s'engagent pas sans un puissant&nbsp; soutien de l'opinion. Les Am&eacute;ricains l'ont bien compris dont l'effort spatial est soutenu par des oeuvres de fiction, cin&eacute;ma , t&eacute;l&eacute;vision et jeux vid&eacute;o. Comment se fait-il que le cin&eacute;ma europ&eacute;en n'ait pas cr&eacute;&eacute; depuis cinquante ans la moindre oeuvre majeure dans ce domaine? Il y a l&agrave; plus qu'une co&iuml;ncidence.<br /> <br /> Aux Etats Unis la Mars Society qui dispose de puissants moyens et soutiens joue un r&ocirc;le tr&egrave;s important d'entra&icirc;nement, notamment chez les jeunes, en faveur de la politique spatiale. Le moment n'est il pas venu de cr&eacute;er la Ligue Europ&eacute;enne de l'Espace avec le soutien de tous les paneurop&eacute;ens?<br /> <br /> Tous les ans les Europ&eacute;ens d&eacute;pensent 150 euros par an pour les jeux de hasard. Dans le m&ecirc;me temps ils consacrent 1,50 euros &agrave; l'espace. Avec simplement 8 euros, soit le prix d'une place de cin&eacute;ma, ils pourraient se payer la politique dont l'Europe a besoin pour assurer sa pr&eacute;sence&nbsp; scientifique, technologique, &eacute;conomique, culturelle et g&eacute;opolitique dans le monde qui vient. L'Agence spatiale europ&eacute;enne, avec le soutien sans faille de l'Union et des Etats membres, ainsi que de ses grands partenaires publics,&nbsp; priv&eacute;s,&nbsp; et en premier lieu celui de l'Allemagne et de la France, doit devenir l'inspirateur et le moteur de cette renaissance. Il est temps d'&eacute;clairer et de&nbsp; mobiliser dans ses profondeurs l'opinion europ&eacute;enne.&nbsp; Paneuropa Union Deutschland et&nbsp; Paneurope France&nbsp; peuvent&nbsp; jouer un r&ocirc;le d&eacute;terminant dans cette grande aventure.<br /> </div> Mon, 30 Jul 2007 23:00:00 GMT Le monde, dans l'indifférence générale, est en train d'épuiser ses minerais rares http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=99 99 <br /><br /> Ces produits sont non seulement de plus en plus rares, mais gaspill&eacute;s, en ce sens qu'aucun effort de r&eacute;cup&eacute;ration n'est aujourd'hui organis&eacute; &agrave; l'&eacute;chelle suffisante. De plus ils ne peuvent pas &ecirc;tre produits de fa&ccedil;on synth&eacute;tique. Prenons l'exemple du platine, qui constitue un composant indispensable aux pots catalytiques et aux piles &agrave; combustibles. Avec le d&eacute;veloppement d'une industrie automobile dite propre, les r&eacute;serves de platine seront &eacute;puis&eacute;es d'ici 15 ans. Il en est de m&ecirc;me de l'indium, utilis&eacute; pour la r&eacute;alisation des &eacute;crans plats, du tantalum utilis&eacute; dans les t&eacute;l&eacute;phones portables, de l'hafnium pour les puces &eacute;lectroniques, du gallium pour les cellules solaires et les LEDs, du germanium dans les semi-conducteurs...D'autres minerais ne sont pas consid&eacute;r&eacute;s comme aussi rares, mais ils le deviennent rapidement. Citons le plomb, le nickel, l'&eacute;tain, le zinc l'argent et l'antimoine, sans mentionner le cuivre et l'uranium dont les r&eacute;serves &eacute;conomiquement exploitables se r&eacute;duisent rapidement.<br /> <div align="justify"><br /> Dans tous ces cas, on constate que ni les gouvernements ni les entreprises n'entretiennent d'efforts pour estimer s&eacute;rieusement les r&eacute;serves ainsi que les taux de consommation globaux et sp&eacute;cifiques &agrave; certains pays. En&nbsp; cons&eacute;quence, aucun effort s&eacute;rieux n'est fait pour &eacute;conomiser les sources, limiter les consommations et assurer les r&eacute;cup&eacute;rations. Au contraire, les zones &eacute;conomiques se livrent actuellement &agrave; une surench&egrave;re pour mettre la main sur les r&eacute;serves, pr&eacute;server leurs habitudes de gaspillage et ne proc&eacute;der &agrave; aucun investissement risquant d'accro&icirc;tre les co&ucirc;ts des produits finis. Les Etats-Unis, comme toujours, se montrent les plus gros consommateurs et importateurs, les plus grands gaspilleurs et les moins coop&eacute;ratifs. Mais les pays &eacute;mergents, notamment la Chine et la Cor&eacute;e du Sud, suivent leur exemple sans &eacute;tats d'&acirc;me. Que se passera-t-il si tous proc&egrave;dent de m&ecirc;me. Les&nbsp; r&eacute;serves suppos&eacute;es aujourd'hui durer quelques d&eacute;cennies pourraient se trouver &eacute;puis&eacute;es en 5 &agrave; 10 ans selon les cas. Les conflits et les guerres ouvertes pour l'acc&egrave;s &agrave; des produits qui seront alors consid&eacute;r&eacute;s comme vitaux ne seront pas loin. Ceci sera d'autant plus &agrave; craindre que beaucoup de r&eacute;serves se trouvent dans des Etats sous-d&eacute;velopp&eacute;s, ravag&eacute;s par les guerres civiles et les conflits d'int&eacute;r&ecirc;ts entre soci&eacute;t&eacute;s mini&egrave;res et soci&eacute;t&eacute;s de commerce. <br /> <br /> Dans ces conditions, que faudrait-il faire&nbsp;? D'abord pr&eacute;ciser les &eacute;tudes relatives aux localisations, aux usages et aux flux commerciaux. Mais surtout mettre en place des techniques de r&eacute;cup&eacute;ration faisant appel &agrave; des technologies avanc&eacute;es. Ainsi certains chercheurs pensent pouvoir r&eacute;cup&eacute;rer le platine composant en doses infimes (1,5 partie pour 1 million) la poussi&egrave;re des routes, en faisant appel &agrave; des bact&eacute;ries. Plus classiquement, il faudra traiter les d&eacute;chets industriels, les rebuts, les eaux us&eacute;es. Mais comme ces techniques co&ucirc;teront cher, comme pendant un certain temps encore il sera plus &eacute;conomique de se battre pour acc&eacute;der aux r&eacute;serves encore existantes, comme il n'existe enfin aucun pouvoir &eacute;conomique global capable d'imposer des r&egrave;gles de bonne gestion, on ne voit pas trop comment l'ambiance de foire d'empoigne qui r&egrave;gne dans ces secteurs pourra faire place &agrave; la gestion de bon p&egrave;re de famille qui s'imposerait. <br /> <br /> Nous ferons pour terminer ce sombre diagnostic une r&eacute;flexion qui ne surprendra personne&nbsp;: les pays europ&eacute;ens, si pr&eacute;occup&eacute;es par le probl&egrave;me de l'&eacute;nergie, ignorent superbement des d&eacute;fis qui risquent de compromettre leur d&eacute;veloppement &eacute;conomique bien plus t&ocirc;t et bien plus s&eacute;v&egrave;rement que ne le fera la rar&eacute;faction du p&eacute;trole et du gaz. <br /> <br /> <br /> </div> Fri, 29 Jun 2007 23:00:00 GMT Un bilan en demi-teinte, globalement positif cependant pour la construction européenne http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=131 131 <br /><div align="justify"><strong><br /> Dans la partie positive du bilan du G8, nous placerions par ordre d'importance&nbsp;: </strong><br /> <br /> - Le fait que G.W. Bush ait &eacute;t&eacute; oblig&eacute; de reculer sur le contr&ocirc;le de la production des gaz &agrave; effet de serre (GES) devant un bloc tr&egrave;s ferme des grands europ&eacute;ens&nbsp;: Allemagne. GB, France, Italie.....Selon le <em>S&uuml;ddeutsche Zeitung</em> du 8 juin:<em> &ldquo;Half of the G8 countries&mdash;the four European states&mdash;remained together to the end; they stayed together in a bloc. Under pressure from Angela Merkel, they stuck to their positions. It was the others who moved. In the end, they had no other choice. The word &ldquo;bloc&rdquo; is crucial, because the real issue centres on the building of great-power blocs. The German political elite, in particular, has long maintained that it can advance against the US on an international level only if it succeeds in imposing a common line on Europe&rdquo;</em>. <br /> <br /> Ceci offre un pr&eacute;c&eacute;dent prometteur, m&ecirc;me si les concessions obtenues de G.W.Bush sont mineures (voir ci-dessous). Pour la premi&egrave;re fois dans l'histoire europ&eacute;enne, il a &eacute;t&eacute; possible de montrer, sur un sujet qui sera de plus en plus important, un front europ&eacute;en uni devant lequel les Etats-Unis n'avaient pas d'autres solutions que faire des concessions. Il devrait &ecirc;tre possible de retrouver une telle unit&eacute; (avec ou sans le Royaume-Uni) sur d'autres th&egrave;mes importants de la politique internationale. <br /> <br /> - Le fait que la Russie, tout en menant tr&egrave;s habilement sa partie &agrave; propos de l'initiative am&eacute;ricaine dite des BMD ou euro-missiles, ait rejoint le bloc europ&eacute;en qui y est globalement hostile. L&agrave; encore, G.W.Bush a &eacute;t&eacute; contraint, sinon de reculer, du moins de comprendre qu'il ne pouvait pas impun&eacute;ment manipuler les Russes et les Europ&eacute;ens afin de les opposer les uns aux autres. La contre-proposition de Poutine n'aura sans doute pas de suite, mais elle rend pratiquement impossible la poursuite du projet de GW.Bush, ce qui est d&eacute;j&agrave; un important r&eacute;sultat. La proposition fran&ccedil;aise collat&eacute;rale, faite par Nicolas Sarkozy, de laquelle on a peu parl&eacute;, &eacute;tait excellente&nbsp;: que les experts russes et fran&ccedil;ais &eacute;tudient ensemble les perspectives de d&eacute;fense anti-missiles. <br /> <br /> - Le fait que la chanceli&egrave;re allemande se soit tr&egrave;s bien acquitt&eacute;e de sa t&acirc;che difficile, maintenir l'union des Europ&eacute;ens sans abandonner les points essentiels que la pr&eacute;sidence allemande avait mis &agrave; son agenda. Le fait que l'Allemagne adopte de plus en plus un ton ferme en Europe ne devrait pas d&eacute;plaire &agrave; la France, si celle-ci sait coop&eacute;rer de fa&ccedil;on positive avec son grand voisin. <br /> <br /> - Le fait enfin que le pr&eacute;sident fran&ccedil;ais, pour ses premiers pas sur la grande sc&egrave;ne internationale, ait convenablement tenu son r&ocirc;le sur tous les sujets, y compris le r&eacute;chauffement climatique. &laquo;&nbsp;Les objectifs quantitatifs sur le dossier climatique ne sont pas n&eacute;gociables, non plus que le r&ocirc;le de l'ONU&nbsp;&raquo;, avait-il pr&eacute;venu jeudi 7 juin en s'adressant directement au pr&eacute;sident am&eacute;ricain. Il a par ailleurs montr&eacute; qu'il &eacute;tait tr&egrave;s capable de contribuer &agrave; cr&eacute;er un climat de sympathie voire de coop&eacute;ration avec Poutine. Derri&egrave;re la personne de celui-ci, ce sont les relations entre la Russie, l'Europe et finalement la France qui sont en cause. Il serait inadmissible, dans l'int&eacute;r&ecirc;t des parties, que ces relations soient mauvaises. Au contraire, nous le r&eacute;p&eacute;terons une fois de plus pour notre part, elles doivent &ecirc;tre bonnes, sur la base de concessions r&eacute;ciproques. <br /> <br /> <strong>Dans la partie n&eacute;gative de ce bilan, nous mettrions&nbsp;:</strong><br /> <br /> - Le fait que les d&eacute;cisions relatives au contr&ocirc;le de la production des GES et la pr&eacute;vention des effets du r&eacute;chauffement climatiques ne soient ni quantifi&eacute;es ni assorties d'un calendrier tenant compte des urgences. On est loin des recommandations faites par les experts du GIEC, elles-m&ecirc;mes tr&egrave;s amend&eacute;es sous la pression d'un certain nombre d'Etats. On est loin &eacute;galement de celles pr&eacute;sent&eacute;es par les &eacute;conomistes du rapport Stern. Le danger serait qu'apr&egrave;s le succ&egrave;s apparent illustr&eacute; par la &laquo;&nbsp;concession&nbsp;&raquo; de G.W. Bush, on en revienne au statu quo, au moins jusqu'&agrave; 2012. De plus, la question essentielle des concessions &agrave; faire pour que les pays &eacute;mergents grands pollueurs rejoignent la d&eacute;marche commune n'a pas &eacute;t&eacute; abord&eacute;e (aides internationales cons&eacute;quentes pour la lutte contre la d&eacute;forestation et la d&eacute;sertification, par exemple).<br /> <br /> - Le fait que l'aide &agrave; l'Afrique soit rest&eacute;e du domaine des v&oelig;ux pieux, lesquels n'ont tromp&eacute; personne, notamment en Afrique. Il ne reste plus aux Africains qu'&agrave; se jeter dans les bras concupiscents des Chinois. Les promesses faites par ailleurs en mati&egrave;re de lutte contre les grandes pand&eacute;mies sont consid&eacute;r&eacute;es par les experts comme un recul au regard de celles faites au pr&eacute;c&eacute;dent sommet de Gleneagles , lesquelles d'ailleurs sont loin d'&ecirc;tre mises en &oelig;uvre aujourd'hui. <br /> <br /> - Le fait que les questions tr&egrave;s importantes du contr&ocirc;le des fonds sp&eacute;culatifs (hedge funds) ou de la r&eacute;duction des aides apport&eacute;es &agrave; certains secteurs &eacute;conomiques par les grands Etats, lesquelles font capoter les n&eacute;gociations &agrave; l'OMC, aient &eacute;t&eacute; soigneusement &eacute;vit&eacute;es. <br /> <br /> - Le fait qu'aucun Etat membre du G8 n'ait fait valoir la n&eacute;cessit&eacute; de refonder celui-ci, en l'&eacute;largissant au moins &agrave; la Chine et &agrave; l'Inde, et en le rapprochant de l'ONU et de son Conseil de S&eacute;curit&eacute;. Pour les Europ&eacute;ens, il est vrai, se poserait alors la question du r&ocirc;le de l'Union europ&eacute;enne en tant que telle dans un G8 &eacute;largi. Nous pensons pour notre part que l'Union devrait &eacute;videmment continuer &agrave; en faire partie, mais ceci sans que soit remise en cause la participation individuelle des membres europ&eacute;ens actuels. Ceux-ci constituent un de ces &laquo;&nbsp;noyaux durs&nbsp;&raquo; pour des coop&eacute;rations renforc&eacute;es sans lesquels l'Union Europ&eacute;enne &agrave; 27, parfois trop inf&eacute;od&eacute;e aux Etats-Unis, demeurerait impuissante. <br /> <br /> - Le ton dithyrambique adopt&eacute; par la presse <em>main stream </em>anglo-saxonne sur les r&eacute;sultats du G8. Certains observateurs allemands ont parl&eacute; de sommet de Scheinheiligendamm (&ldquo;sommet de l'hycrocrisie&rdquo;). Cet exc&egrave;s de satisfaction semble correspondre au fait que l'establishment lib&eacute;ral, libre-&eacute;changiste, globaliste anglo-am&eacute;ricain prend de plus en plus peur devant la marche d'&eacute;v&egrave;nements qu'il ne contr&ocirc;le plus et dont le principal est l'effondrement de l'influence am&eacute;ricaine dans le monde suite &agrave; la guerre en Irak. La Grande Bretagne, malgr&eacute; son r&ocirc;le utile en mati&egrave;re de lutte contre les GES , d&eacute;couvre que sa d&eacute;pendance vis-&agrave;-vis des Etats-Unis la conduit &agrave; un abaissement g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;, tant en Europe que dans le monde. C''est ce que montre notamment le scandale BAE-Yamamah impliquant les plus hautes autorit&eacute;s du Royaume et qui &eacute;tait, semblait-il, dans beaucoup d'esprits des participants au G8. L'Europe, malheureusement, n'en tire aucun b&eacute;n&eacute;fice. Au contraire.<br /> Lire &agrave; ce sujet http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4092 <br /> <br /> NB: Pour mieux comprendre la situation internationale face &agrave; laquelle s'exprime la relative impuissance du G8, on pourra consulter avec profit le livre de Laurent Cohen-Tanugi: Guerre ou paix&nbsp;: essai sur le monde de demain. Grasset - mars 2007</div> Fri, 29 Jun 2007 23:00:00 GMT TVA sociale…une bonne idée…pour l'Europe http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=133 133 <br /><div align="justify"><br /> Nous avions dans un article pr&eacute;c&eacute;dent consacr&eacute; &agrave; la fiscalit&eacute; europ&eacute;enne, indiqu&eacute; qu'&agrave; notre avis, l'harmonisation souhaitable de la fiscalit&eacute; des Etats-membres pourrait avantageusement commencer par l'instauration d'une TVA sociale europ&eacute;enne. Rappelons que la TVA sociale, telle qu'&eacute;tudi&eacute;e en France, a pour objet de remplacer tout ou partie des cotisations patronales calcul&eacute;es sur les salaires et destin&eacute;es &agrave; financer la part patronale du budget social (comparable en importance au budget de l'Etat) par un compl&eacute;ment &agrave; la taxe &agrave; la valeur ajout&eacute;e portant sur la d&eacute;pense et pay&eacute;e par tous les contribuables. Dans cet esprit, on pourrait all&eacute;ger de la m&ecirc;me fa&ccedil;on la part salariale des pr&eacute;l&egrave;vements sociaux. L'avantage d'une telle mesure serait double&nbsp;: ne pas p&eacute;naliser l'emploi salari&eacute; et, dans la mesure o&ugrave; la TVA aux taux &eacute;lev&eacute;s porte souvent sur des biens import&eacute;s non essentiels, diminuer leur attrait au regard de biens et services produits en France. Mais elle aurait in&eacute;vitablement pour cons&eacute;quence une hausse globale de la TVA. Celle-ci pourrait &ecirc;tre modul&eacute;e en faveur des contribuables &agrave; faible revenu, en frappant &agrave; taux bas les biens de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute;. Mais on constate que la demande &eacute;manant des contribuables &agrave; faible (ou moyen) revenu porte souvent sur des biens consid&eacute;r&eacute;s aujourd'hui comme indispensables, bien qu'import&eacute;s&nbsp;: &eacute;crans plats voire v&eacute;hicules 4/4 par exemple. <br /> <br /> En fait, le principal inconv&eacute;nient d'une TVA sociale d&eacute;cid&eacute;e et appliqu&eacute;e dans un seul pays europ&eacute;en, nous parait r&eacute;dhibitoire. C'est que la demande, au sein du grand march&eacute; europ&eacute;en, se portera sur des produits vendus dans les pays voisins et n'appliquant pas un tel imp&ocirc;t. Si le prix de l'&eacute;cran plat en France est augment&eacute; de 10 &agrave; 20%, il se trouvera n&eacute;cessairement,des vendeurs install&eacute;s hors de France pour le proposer au prix original, ceci d'autant plus que les co&ucirc;ts de transport &ndash; malheureusement d'ailleurs &ndash; sont aujourd'hui tr&egrave;s faibles. On cr&eacute;era donc une prime g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e &agrave; la fraude &agrave; la TVA avec encouragement aux r&eacute;seaux plus ou moins maffieux qui profitent des disparit&eacute;s intra-europ&eacute;ennes.<br /> <br /> La TVA sociale ne pourrait donc redevenir une bonne id&eacute;e que si elle &eacute;tait accept&eacute;e, non pas peut-&ecirc;tre par les 27 Etats-membres (perspective aujourd'hui improbable) mais par ceux constituant l'Euro-Groupe. Mais elle n'aurait de sens que comme l'amorce d'une harmonisation progressive entre ces Etats de l'ensemble des r&eacute;glementations sociales et fiscales. Elle devrait aussi s'accompagner d'un renforcement des contr&ocirc;les internes et aux fronti&egrave;res de l'Euro-Groupe. Toutes mesures n'ayant de sens que si se met en place un gouvernement coordonn&eacute; des Etats membres de ce groupe, que nous souhaitons pour notre part. <br /> </div> <p><br /> </p> Fri, 29 Jun 2007 23:00:00 GMT L'Europe et sa logique de puissance http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=149 149 <br /><p>On sait que Nicolas Sarkozy et les Fran&ccedil;ais se sont battus &agrave; Bruxelles pour tenter de limiter dans le texte du Trait&eacute; europ&eacute;en l'emprise de la comp&eacute;tition et de la concurrence sans entraves. On a vu derri&egrave;re cette d&eacute;marche une pr&eacute;occupation sociale que l'on s'est empress&eacute; de mettre en exergue. Ce n'est pas le plus important, tant s'en faut. La v&eacute;rit&eacute; est que la d&eacute;fense de certaines entreprises contre les attaques de la libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule m&eacute;canique du march&eacute; concerne en priorit&eacute; non la protection sociale, mais la puissance de l'Europe. C'est la th&egrave;se de la protection des &ldquo;champions &eacute;conomiques&rdquo; ou celle de la d&eacute;fense des &ldquo;<strong>technologies de souverainet&eacute;</strong>&rdquo;, dont nous estimons qu'elles jouent un r&ocirc;le fondamental, d'une part pour la d&eacute;fense des peuples en temps de crise, d'autre part pour l'identit&eacute; des peuples en temps de crise &mdash;ceci, somme toute, &eacute;quivalant &agrave; cela.<br /> <br /> En m&ecirc;me temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles venait d'&ecirc;tre ou &eacute;taient publi&eacute;es. <br /> <br /> *&nbsp; D'une part, la d&eacute;claration dans le Financial Times du 19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d'une extraordinaire impudence si l'on se place du point de vue du bon sens, de la logique, de l'intelligence, de la dignit&eacute; et de l'habilet&eacute; politique (&quot;Lockheed chief warns Europe&quot;). Pas une de nos grandes voix europ&eacute;ennes n'a r&eacute;agi. Pourtant l'Am&eacute;ricain nous dit qu'il n'est pas question que se d&eacute;veloppe une industrie europ&eacute;enne de l'armement ind&eacute;pendante et souveraine, que les Europ&eacute;ens sont tout juste autoris&eacute;s &agrave; se coordonner en fonction des r&egrave;gles et les exigences des USA. Cet avertissement vient du repr&eacute;sentant de la soi-disant plus grande puissance de l'Histoire qui d&eacute;pense $750 milliards par an pour sa d&eacute;fense, qui n'est pas capable de soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d'habitants et qui est m&ecirc;me sur le point d'y recevoir une racl&eacute;e m&eacute;morable, qui enfin n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le d&eacute;lai de production double et le prix quadruple par rapport aux pr&eacute;visions de d&eacute;part. <br /> <br /> &nbsp; * D'autre part la confusion chez EADS, suite &agrave; des d&eacute;clarations au Financial Times-Deutschland du 22 juin du co-Directeur G&eacute;n&eacute;ral, l'Allemand Tom Enders, atlantiste convaincu et fervent adepte des lois du march&eacute;. Ces d&eacute;clarations portaient sur le fait que la direction d'EADS &ldquo;examinait&rdquo; l'&eacute;tat de ses avoirs, &mdash; s'en d&eacute;barrasser ou pas, selon les int&eacute;r&ecirc;ts du march&eacute; boursier et des orientations soi-disant strat&eacute;giques, &mdash; et, parmi eux, les parts (46%) d'EADS dans la soci&eacute;t&eacute; Dassault. Ces parts repr&eacute;sentent la participation de l'Etat fran&ccedil;ais dans cette soci&eacute;t&eacute;. La r&eacute;action fran&ccedil;aise, par la voix de l'autre co-Directeur G&eacute;n&eacute;ral d'EADS, Louis Gallois, a &eacute;t&eacute; instantan&eacute;e et tr&egrave;s ferme. Enders a fait marche arri&egrave;re, parce qu'en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans ses man&oelig;uvres europ&eacute;ennes. <br /> <br /> <strong>La logique boursi&egrave;re des autres &ldquo;Europ&eacute;ens&rdquo; </strong><br /> <br /> La l&eacute;g&egrave;ret&eacute; et le style &ldquo;investisseur boursier&rdquo; avec lesquels parle Enders concernant le sort de la part d'EADS dans Dassault sont stup&eacute;fiants. L'impression retir&eacute;e est que ces gens n'ont aucune conscience politique de rien, qu'ils n'ont aucune v&eacute;ritable connaissance de ce que Dassault repr&eacute;sente du point de vue industriel et technologique d'une part, du point de vue politique et strat&eacute;gique de l'autre, ceci pour la France mais aussi pour l'Europe. C'est l'&ldquo;esprit du march&eacute;&rdquo; (march&eacute; libre, s'entend) compl&egrave;tement d&eacute;cha&icirc;n&eacute;, avec comme seule conscience et comme seule connaissance des choses et des &ecirc;tres la valeur boursi&egrave;re &agrave; son niveau le plus primaire. <br /> <br /> Etonn&eacute;, ou semblant l'&ecirc;tre, le m&ecirc;me article du m&ecirc;me journal rapportent ceci&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Dassault is an issue which the French government watches like a hawk,&rdquo; said one person familiar with the company. &ldquo;One wrong nuance in public statements can get you in trouble, regardless of how small the mistake may actually be.&rdquo; Dassault is the sole supplier of combat aircraft to the French air force.&raquo; <br /> </em><br /> La question n'est pas tant de d&eacute;battre de la possibilit&eacute; ou pas de cession de ces 46% de Dassault, que de consid&eacute;rer la diff&eacute;rence d'&eacute;tat d'esprit qu'on met ici en &eacute;vidence. Cette diff&eacute;rence s&eacute;pare fondamentalement la partie fran&ccedil;aise et la partie allemande, aussi bien chez EADS que dans les &eacute;lites politiques. L'&eacute;tat d'esprit fran&ccedil;ais consid&egrave;re d'abord la valeur d'une chose en fonction de son rapport &agrave; la souverainet&eacute; et &agrave; l'ind&eacute;pendance. Ces concepts sont pratiquement inconnus du c&ocirc;t&eacute; allemand. Il est &eacute;vident qu'un rapport avec la soci&eacute;t&eacute; Dassault, qui est l'une des premi&egrave;res soci&eacute;t&eacute;s du monde en mati&egrave;re d'avions de combat et de syst&egrave;mes &eacute;lectroniques, est n&eacute;cessairement un rapport dont les r&eacute;f&eacute;rences d'&eacute;valuation absolument prioritaires sont la souverainet&eacute; et l'ind&eacute;pendance. <br /> <br /> Cet &eacute;pisode rapport&eacute; par le FT doit &eacute;videmment &ecirc;tre confront&eacute; aux deux autres &eacute;l&eacute;ments signal&eacute;s plus haut&nbsp;: la volont&eacute; fran&ccedil;aise que l'&ldquo;esprit du march&eacute;&rdquo; ne soit plus la r&egrave;gle absolue de la vie &eacute;conomique et politique de l'Europe d'une part, la volont&eacute; am&eacute;ricaniste de r&eacute;duire totalement l'industrie europ&eacute;enne d'armement &agrave; une position vassale de sous-traitance. Il n'est un secret pour personne que Dassault est, depuis des ann&eacute;es sinon des d&eacute;cennies, dans la ligne de mire am&eacute;ricaine. Un objectif prioritaire pour les USA consiste &agrave; d&eacute;truire cette soci&eacute;t&eacute; ou tenter d'en prendre le contr&ocirc;le. Or cette hypoth&egrave;se qui semblait impensable (&ldquo;en prendre le contr&ocirc;le&rdquo;) appara&icirc;t du domaine du possible dans l'esprit de certains &agrave; la lumi&egrave;re des d&eacute;clarations incroyablement l&eacute;g&egrave;res d'un Enders (avec l'accord de &laquo;many investors&raquo;). <br /> <br /> Certes, la perspective m&ecirc;me th&eacute;orique d'une &ldquo;prise de contr&ocirc;le&rdquo; de Dassault serait dans l'&eacute;tat actuel des choses ressentie par le gouvernement fran&ccedil;ais comme un acte de guerre. Il l'interdirait, pourrait-on dire d'une fa&ccedil;on imag&eacute;e, si n&eacute;cessaire par la force. Mais dans l'imm&eacute;diat c'est la question de l'avenir de EADS qui est pos&eacute;e. Une bataille terrible est engag&eacute;e qui n'a rien &agrave; voir avec la position financi&egrave;re de cette soci&eacute;t&eacute; et ses erreurs de gestion. Les Fran&ccedil;ais sont ou seront conduits &agrave; admettre que le &ldquo;mariage&rdquo; avec les Allemands dans ce domaine strat&eacute;gique est une erreur de premi&egrave;re dimension. La coop&eacute;ration europ&eacute;enne et l'axe franco-allemand sont une bonne chose tant qu'on en excepte les vraies choses s&eacute;rieuses que sont la souverainet&eacute; et l'ind&eacute;pendance. <br /> <br /> Le sommet de Bruxelles a, bon gr&eacute; mal gr&eacute;, d&eacute;plac&eacute; au centre de la r&eacute;flexion et de la bataille politiques la question de la protection structurelle de ce qui fait la puissance europ&eacute;enne, &mdash; ou, mieux dit, de ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au sein de l'ensemble europ&eacute;en. Il est tr&egrave;s probable que ce domaine va &ecirc;tre, dans les prochains mois et les prochaines ann&eacute;es un terrain de grand affrontement. D&eacute;barrass&eacute;s d'une certaine fa&ccedil;on, par la r&eacute;cente &eacute;lection pr&eacute;sidentielle, de leur complexe du &ldquo;repli frileux&rdquo; (pour cause de non-alignement sur la pens&eacute;e unique europ&eacute;enne), les Fran&ccedil;ais devraient se battre avec rage pour reprendre le contr&ocirc;le des quelques attributs souverains qu'ils ont aventur&eacute;s dans la &ldquo;coop&eacute;ration europ&eacute;enne&rdquo;, EADS compris. <br /> <br /> Cette coop&eacute;ration pourra et devra se faire, mais sous strict contr&ocirc;le des puissances nationales et arm&eacute;e d'un rideau de protection contre les attaques financi&egrave;res des forces ext&eacute;rieures tentant d'investir par l'argent ce qu'elles sont incapables de r&eacute;duire par la seule qualit&eacute; de leurs produits. Un &laquo;&nbsp;<strong>complexe de forteresse</strong>&raquo;&nbsp;? Sans aucun doute, avec le mot &ldquo;complexe&rdquo; pris dans son sens d'organisation militaire. Le mod&egrave;le &agrave; suivre &agrave; cet &eacute;gard est, &mdash; employons l'expression pour une fois qu'elle est justifi&eacute;e, &mdash; le &ldquo;mod&egrave;le am&eacute;ricain&rdquo;.<br /> </p> Fri, 29 Jun 2007 23:00:00 GMT G8 et missiles anti-missiles http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=150 150 <br /><div align="justify"><br /> La r&eacute;union du G8 &agrave; Heiligendamm a clarifi&eacute; les zones d'ombre qui entouraient le projet am&eacute;ricain d'installation de radar et de missiles anti-missiles en R&eacute;publique tch&egrave;que et en Pologne. En effet, depuis sa r&eacute;v&eacute;lation, personne hormis les rares sp&eacute;cialistes ne savait tr&egrave;s bien s'il s'agissait d'un programme r&eacute;pondant &agrave; un besoin r&eacute;el face &agrave; une future menace iranienne encore hypoth&eacute;tique ou d'un simple alibi en vue de renforcer la d&eacute;fense anti-missile am&eacute;ricaine face &agrave; la Russie. Sans exclure la double possibilit&eacute;, la proposition russe d'utiliser en commun son installation radar du Caucase, essentiellement politique, a du m&ecirc;me coup confirm&eacute; la cr&eacute;dibilit&eacute; du projet am&eacute;ricain. <br /> <br /> En effet, comment Poutine pouvait-il avancer sa &laquo;&nbsp;g&eacute;n&eacute;reuse&nbsp;&raquo; proposition sans reconna&icirc;tre implicitement le besoin strat&eacute;gique d'une d&eacute;fense anti-missile face &agrave; l'Iran et sans justifier le choix technique et g&eacute;ographique d'une implantation tch&eacute;co-polonaise.<br /> <br /> Sans douter un instant que le pr&eacute;sident Bush poursuive la politique constante des Etats-Unis depuis la chute du r&eacute;gime sovi&eacute;tique et la dissolution du Pacte de Varsovie, &agrave; savoir implanter des bases militaires sur le territoire des anciens pays vassaux de l'URSS, toujours plus proches des fronti&egrave;res russes, l'offre de Poutine a du moins d&eacute;menti l'hypoth&egrave;se du pur alibi destin&eacute; &agrave; masquer grossi&egrave;rement l'avanc&eacute;e des pions am&eacute;ricains dans la r&eacute;gion.<br /> <br /> Cela ne r&eacute;duit en rien la l&eacute;g&egrave;ret&eacute; avec laquelle les Etats-Unis assument le risque et les inconv&eacute;nients d'un regain de tension avec la Russie. Cette politique men&eacute;e depuis quinze ans par tous les pr&eacute;sidents am&eacute;ricains est inspir&eacute;e par le Pentagone qui d&eacute;tient une influence sur la politique &eacute;trang&egrave;re am&eacute;ricaine incomparablement sup&eacute;rieure &agrave; celle des minist&egrave;res de la d&eacute;fense des pays europ&eacute;ens vis-&agrave;-vis de leurs gouvernements respectifs. Le m&eacute;canisme est simple dans son principe. Le Pentagone communique sur le caract&egrave;re indispensable d'un programme d'armement pour la s&eacute;curit&eacute; du pays, laquelle est sacr&eacute;e, sur la foi de rapports maison ou d'&eacute;tudes &eacute;manant d'un institut universitaire renomm&eacute;. Si l'administration ne s'en empare pas, la commission de la d&eacute;fense du S&eacute;nat s'en inqui&egrave;te, ses propres experts s'agitent et la machine se met en route.<br /> <br /> De son c&ocirc;t&eacute;, le pr&eacute;sident Poutine, qui sait parfaitement que les Etats-Unis ont peu de raisons d'accepter son offre, y a peut-&ecirc;tre trouv&eacute; un avantage au-del&agrave; du simple effet de surprise. Les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles russes se profilent en effet en 2008. Sauf &agrave; imaginer Poutine, tel Cincinnatus, renon&ccedil;ant au pouvoir, ce qui est peu probable, deux possibilit&eacute;s s'offrent&nbsp; &agrave; lui&nbsp;:<br /> - soit mettre en place un successeur sans envergure dont il conserverait le contr&ocirc;le effectif,<br /> -soit exploiter autant que de besoin les tensions russo-am&eacute;ricaines ou d'autres tensions internationales r&eacute;elles ou suscit&eacute;es afin de justifier une modification de la constitution russe lui permettant de briguer un nouveau mandat. Si telle &eacute;tait son intention, le projet d'implantation de missiles anti-missiles am&eacute;ricains pourrait lui fournir la mati&egrave;re d'une crise mijot&eacute;e au moment opportun.<br /> <br /> Affaire &agrave; suivre avec int&eacute;r&ecirc;t.<br /> <br /> </div> Fri, 29 Jun 2007 23:00:00 GMT Esclavagisme ? http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=78 78 <br /><div align="justify"></div> <p>Edgar Morin, dans un entretien avec Luc Ferry sur la complexit&eacute; (Le Monde 2, 05/05/07) emploie &agrave; plusieurs reprises le terme d'esclavagisme (entreprises esclavagistes, &eacute;conomies esclavagistes) pour d&eacute;signer les concurrents asiatiques des entreprises et &eacute;conomies europ&eacute;ennes. Il condamne ainsi des salaires plusieurs fois inf&eacute;rieurs aux n&ocirc;tres, le travail des enfants et plus g&eacute;n&eacute;ralement l'existence d'une r&eacute;serve de main d'&oelig;uvre quasi in&eacute;puisable et pr&ecirc;te &agrave; accepter n'importe quelles conditions de travail pour survivre. Dans ces conditions, comment r&eacute;sister &agrave; la concurrence&nbsp;? Nous pensons pour notre part qu'il n'est pas s&eacute;rieux de stigmatiser les pays qui font un vaste appel &agrave; leur r&eacute;serve de main d'&oelig;uvre soit pour conduire de grands travaux (le barrage des Trois Gorges, par exemple), soit pour fabriquer des produits manufactur&eacute;s &agrave; bas prix.<br /> <br /> <img height="111" alt="Usine textile en Chine - Photo : D.R" width="150" align="left" src="/europaplusplus/repimg/Image/textilechine.jpg" />Nous pr&eacute;f&eacute;rerons en ce qui nous concerne r&eacute;server le terme d'esclavagistes aux entreprises plus ou moins clandestines install&eacute;es en Europe qui emploient une main-d'&oelig;uvre immigr&eacute;e, au m&eacute;pris des r&eacute;glementations du travail europ&eacute;ennes, afin de fabriquer des produits souvent contrefaits et vendus en fraude. Que la Chine ou l'Inde (sans parler du Pakistan, du Bangladesh ou de l'Indon&eacute;sie) disposent de centaines de millions de travailleurs potentiels susceptibles de travailler pour moins de 1 dollar par jour ne rel&egrave;ve pas &agrave; cette &eacute;chelle d'un quelconque d&eacute;lit d'esclavagisme ni de la part des entreprises asiatiques ni de celle des Etats. C'est un ph&eacute;nom&egrave;ne syst&eacute;mique mondial, d'ailleurs sans doute catastrophique au regard de l'avenir de la civilisation europ&eacute;enne si celle-ci ne fait rien pour se d&eacute;fendre. Il r&eacute;sulte d'une d&eacute;mographie non ma&icirc;tris&eacute;e voire encourag&eacute;e. Autrement dit, c'est une des formes par lesquelles se manifeste la fragilisation de la position de l'Europe par rapport au reste du monde. On ne pourra y r&eacute;agir que par un retour &agrave; des n&eacute;gociations internationales o&ugrave; l'Europe pourra se comporter en puissance globale. </p> Thu, 31 May 2007 23:00:00 GMT Industrie des pesticides et corruption http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=79 79 <br />La corruption des administrations publiques face aux int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques ayant pignon sur rue n'est pas un d&eacute;faut aussi visible que leur corruption par les organisations criminelles, mais ses cons&eacute;quences peuvent &ecirc;tre aussi graves. Sur ce plan, toutes les administrations europ&eacute;ennes peuvent faire l'objet de tentatives de corruption, dont beaucoup r&eacute;ussissent. Il s'agit pour des industriels sachant parfaitement qu'ils fabriquent ou distribuent des produits n&eacute;fastes pour la sant&eacute; de leurs salari&eacute;s ou des consommateurs, de continuer &agrave; le faire, en s'assurant le silence des autorit&eacute;s cens&eacute;es prot&eacute;ger l'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. On d&eacute;nonce ces collusions coupables dans le domaine de l'agro-alimentaire, mais elles sont encore plus dangereuses quand elles autorisent la pr&eacute;sence de produits dangereux dans les mati&egrave;res premi&egrave;res (on se souviendra du cas de l'amiante, encore utilis&eacute;e dans de nombreux pays) ou dans les objets de grande consommation. <br /> <div align="justify"><br /> <img height="100" alt="Couverture du livre &quot;Pesticides, révélations sur un scandale français&quot;" width="60" align="right" src="/europaplusplus/repimg/Image/pesticides.jpg" />Un pays comme la France, qui se&nbsp;voudrait le champion de la protection des consommateurs et du principe de pr&eacute;caution &eacute;rig&eacute; tous azimuts, semble &ecirc;tre aussi celui qui aurait beaucoup &agrave; se reprocher. On lira pour illustrer ce point &laquo;&nbsp;<em>Pesticides, R&eacute;v&eacute;lations sur un scandale fran&ccedil;ais</em>&nbsp;&raquo; de Fabrice Nicolino et Fran&ccedil;ois Veillerette, Fayard, 2007. Nous reparlerons sans doute prochainement de cet ouvrage, qui a suscit&eacute; de fortes r&eacute;actions des int&eacute;r&ecirc;ts mis en cause. </div> Thu, 31 May 2007 23:00:00 GMT Inquiétudes sur la pérennité de la croissance indienne http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=80 80 <br /><div align="justify"></div> <p>Le gouvernement indien commence &agrave; se pr&eacute;occuper du fait que la forte croissance de l'&eacute;conomie creuse rapidement le d&eacute;ficit du commerce ext&eacute;rieur. En clair, l'Inde importe plus qu'elle ne peut exporter. Son d&eacute;ficit entre avril 2006 et avril 2007 a augment&eacute; de 40%, pour atteindre 57 milliards de dollars. L'Inde est la seule au sein du groupe des BRIC (Br&eacute;sil, Russie, Inde et Chine) &agrave; montrer de tels r&eacute;sultats n&eacute;gatifs. Ce sont non seulement les importations en p&eacute;trole mais celles en produits manufactur&eacute;s, qui sont responsables du d&eacute;ficit. La r&eacute;sistance des campagnes &agrave; l'installation d'industriels ext&eacute;rieurs, le manque de main d'&oelig;uvre qualifi&eacute;e, se font durement sentir. Environ 42% de la population serait analphab&egrave;te, contre 1% en Chine. Les infrastructures sont d&eacute;faillantes, notamment en termes de transports. Or la roupie ne cesse de s'appr&eacute;cier, contrairement &agrave; la monnaie chinoise et au dollar qui sont intentionnellement maintenus &agrave; un taux sous-&eacute;valu&eacute;. Comment exporter dans ces conditions&nbsp;?<br /> <br /> Certains observateurs politiques indiens, comparant la situation du pays &agrave; celle de la Chine, regrettent que le gouvernement ne soit pas aussi autocratique que celui de P&eacute;kin. Sans &ecirc;tre une d&eacute;mocratie parfaite, l'Inde doit tenir compte, au plan f&eacute;d&eacute;ral comme dans les r&eacute;gions, des r&eacute;actions de la population. Nul n'ose accepter syst&eacute;matiquement, comme en Chine, de retarder de plusieurs g&eacute;n&eacute;rations l'acc&egrave;s des pauvres &agrave; un meilleur niveau de vie, pour favoriser les grands investissements.</p> Thu, 31 May 2007 23:00:00 GMT Il faut renforcer la collaboration entre Paris, Berlin et Moscou pour favoriser la constitution d'une Europe puissance associant le noyau dur des Etats européens reconnaissant l'intérêt de ce concept http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=88 88 <br />Le sommet entre l'Union europ&eacute;enne et la Russie qui s'est tenu, les 17 et 18 mai &agrave; Samara, Russie, &nbsp;n'a pas permis de relancer les n&eacute;gociations en vue d'un nouvel accord de partenariat. Faute d'accord, celui sign&eacute; en 1997 sera reconduit pour un an. Ce partenariat est important pour l'UE, d&eacute;pendante de la Russie pour sa consommation en gaz et en p&eacute;trole. Il l'est aussi&nbsp; pour Moscou, qui r&eacute;alise 52 % de ses relations commerciales avec l'Union tandis que 70 % des investissements &eacute;trangers en Russie viennent des pays qui la composent.<br /> <br /> On peut discuter sur les causes apparentes de cet &eacute;chec et en rejeter la responsabilit&eacute; sur l'intransigeance tant de la Russie que des pays europ&eacute;ens, notamment de l'Est. Il existe certainement des contentieux &eacute;conomiques portant sur l'&eacute;nergie, les exportations de viande polonaise et autres causes mineures. Mais nous estimons que la raison fondamentale est autre. Elle est &eacute;videmment politique.<br /> <br /> Au plan politique, l'Union europ&eacute;enne, face &agrave; la Russie, est partag&eacute;e entre deux influences contraires. La premi&egrave;re est celle des nouveaux entrants, Pologne en t&ecirc;te, pour qui l'entr&eacute;e dans l'Europe ne doit entra&icirc;ner aucun changement dans leur attitude de d&eacute;fiance, sinon d'hostilit&eacute; av&eacute;r&eacute;e, &agrave; l'&eacute;gard de la Russie. Pour eux, ni l'Union, ni m&ecirc;me l'Otan, ne peuvent imposer de limites &agrave; leur souverainet&eacute; nationale. Or celle-ci, aujourd'hui, s'exprime par des engagements n&eacute;cessairement re&ccedil;us par les Russes comme hostiles. Ainsi en est-il de leur soutien au projet am&eacute;ricain de missiles anti missiles (BMD) comme de leurs appuis en sous-main aux mouvements ind&eacute;pendantistes des pays voisins de la Russie. Ces positions expriment en fait ce que l'administration am&eacute;ricaine voudrait voir adopter par l'Union toute enti&egrave;re&nbsp;: faire d'elle une plate-forme capable de contenir le retour de la Russie &agrave; la puissance, sur le plan &eacute;conomique, diplomatique voire militaire. <div></div> <p align="justify">La soumission des pays de l'Est &agrave; l'&eacute;gard de l'Am&eacute;rique&nbsp; va de plus en plus loin.&nbsp; Ne vient-on pas d'annoncer la visite de G.W.Bush en Pologne pour acter&nbsp; l'accord int&eacute;ressant&nbsp; l'implantation de la base de missiles&nbsp; am&eacute;ricaine. Quand on pense que la Pologne re&ccedil;oit un homme rejet&eacute; partout, aussi bien chez lui que dans le reste du monde, on mesure l'image d&eacute;sastreuse qu'elle donne et, avec elle, l'Union europ&eacute;enne toute enti&egrave;re. Il pourrait y avoir bien plus grave. Les influences atlantistes tr&egrave;s&nbsp;puissantes, y compris &agrave; Bruxelles, poussent actuellement &agrave; une sorte de rupture avec la Russie, en incitant &agrave;&nbsp;des agressions de plus en plus pr&eacute;cises &agrave; l'&eacute;gard de ce pays. Alors la France et ses partenaires de la &quot;vieille Europe&quot; se retrouveraient engag&eacute;s dans une nouvelle guerre froide, aux c&ocirc;t&eacute;s d'une Am&eacute;rique devenue dangereuse parce qu' irresponsable. <br /> <br /> L'influence oppos&eacute;e, bien faible actuellement, d&eacute;coule du d&eacute;sir de l'Allemagne de nouer des partenariats strat&eacute;giques &agrave; long terme avec la Russie. Sans faire preuve de faiblesse &agrave; l'&eacute;gard de cette derni&egrave;re, le gouvernement allemand voudrait au moins &eacute;viter les provocations inutiles et reprendre des dialogues constructifs. La France soutient en principe l'Allemagne dans cette attitude, mais elle n'a pas eu encore l'occasion, du fait des &eacute;lections, de pr&eacute;senter &agrave; la Russie un point de vue coh&eacute;rent sur ce que sera sa future position et celle qu'elle demandera &agrave; l'Union d'exprimer. Il faut esp&eacute;rer que la rencontre programm&eacute;e entre les deux pr&eacute;sidents Sarkozy et Poutine &eacute;claircira les choses dans le bon sens. <br /> <br /> Ceci dit, il ne faut pas &ecirc;tre na&iuml;f. Si la&nbsp;m&eacute;sentente grandissante entre la Russie et l'Europe fait les affaires de Washington, elle fait aussi celle des nationalistes russes toujours pr&ecirc;ts &agrave; favoriser le repli de la &laquo;&nbsp;vieille Russie&nbsp;&raquo; sur elle-m&ecirc;me, &agrave; l'&eacute;cart des &laquo;&nbsp;influences pernicieuses&nbsp;&raquo; de l'Europe. C'est une raison de plus pour renforcer les partenariats strat&eacute;giques &eacute;voqu&eacute;s, m&ecirc;me si la vigilance s'impose comme toujours entra alli&eacute;es qui se respectent et se m&eacute;fient des d&eacute;mons de l'histoire. <br /> <strong><br /> La position de Paneurope France</strong><br /> <br /> Nous pensons que l'Europe, et au sein de l'Europe, l'Allemagne et la France, ne doivent pas prendre acte de l'&eacute;chec de Samara pour renoncer &agrave; reprendre les n&eacute;gociations avec la Russie. C'est en effet l'avenir m&ecirc;me de la construction europ&eacute;enne qui est en jeu. Comme nous l'exprimons dans d'autres articles de ce m&ecirc;me num&eacute;ro, les grandes nations europ&eacute;ennes que sont l'Allemagne et la France, fondatrices historiques de l'Union,&nbsp;ne peuvent accepter que les nouveaux entrants, pouss&eacute;s par les Etats-Unis et relay&eacute;s par la Commission, sabotent une perspective strat&eacute;gique essentielle &agrave; cette m&ecirc;me Union, la coop&eacute;ration &ndash; sur un pied d'&eacute;galit&eacute; &ndash; avec la Russie (et son pr&eacute;sident). Pour nous, la question est claire&nbsp;: o&ugrave; les Etats-membres de l'Europe &agrave; 27 acceptent de se comporter d'une fa&ccedil;on coh&eacute;rente, les petits derniers renon&ccedil;ant &agrave; imposer aux autres des positions h&eacute;rit&eacute;es de l'histoire qu'il convient maintenant de d&eacute;passer, ou l'Europe &agrave; 27 doit &eacute;clater.<br /> <br /> Nous le disons nettement ici, l'extension&nbsp;mal g&eacute;r&eacute;e et mal expliqu&eacute;e&nbsp;r&eacute;alis&eacute;e ces derni&egrave;res ann&eacute;es, sans poser de conditions aux nouveaux entrants autres que leur acceptation du principe du grand espace &eacute;conomique, signifie en fait la mise en cause&nbsp;de l'Europe en tant que puissance, celle &agrave; laquelle nous sommes attach&eacute;s.&nbsp;Nous montrons dans nos autres articles qu'une telle Europe puissance sera la condition in&eacute;luctable de survie de nos pays dans les crises qui s'annoncent.<br /> <br /> L'activisme nationaliste anti-russe des pays de l'Est de l'Union&nbsp;repr&eacute;sente aussi bien un atavisme r&eacute;gional et historique qu'un d&eacute;sint&eacute;r&ecirc;t affirm&eacute; pour la coh&eacute;sion communautaire. Tous ces pays nous disent, certains tout &agrave; fait explicitement, qu'ils n'ont aucune confiance dans ces organisations multinationales europ&eacute;ennes (l'UE mais aussi l'Otan) pour assurer leur s&eacute;curit&eacute;. Ils ont donc choisi le ralliement direct &agrave;&nbsp;l'Am&eacute;rique. Par exemple, c'est l'argument des Tch&egrave;ques et des Polonais pour traiter directement avec les Am&eacute;ricains du programme BMD, sans passer par l'Otan (ni, encore moins, par l'UE). A&nbsp;l'&eacute;gard de l'UE, ces pays ne se sentent aucune obligation de solidarit&eacute; communautaire et ils agissent vis-&agrave;-vis d'elle selon le seul argument de ce qu'ils jugent &ecirc;tre leurs int&eacute;r&ecirc;ts nationaux. Ils se trompent certes, comme ils se trompent lorsqu'il s'agit de leur confiance dans l'Am&eacute;rique, &mdash; mais c'est leur probl&egrave;me. Notre probl&egrave;me &agrave; nous est que leur entr&eacute;e dans l'UE ne les a pas &ldquo;europ&eacute;anis&eacute;s&rdquo;, elle les a &ldquo;am&eacute;ricanis&eacute;s&rdquo;.&nbsp;De ce fait, la s&eacute;curit&eacute;&nbsp;et les relations avec la Russie constituant l'aspect le plus important de l'actuelle soi-disant&nbsp;&ldquo;politique ext&eacute;rieure&rdquo; de l'UE, le constat in&eacute;vitable est que cette politique est aujourd'hui mort-n&eacute;e. <br /> <br /> D'un mal pouvant sortir un bien, ceci peut &ecirc;tre une bonne chose. Avec l'arriv&eacute;e de nouveaux dirigeants en France et en Grande Bretagne (Gordon Brown), une nouvelle politique pourrait &ecirc;tre propos&eacute;e par la France, si possible en accord avec l'Allemagne. La politique classique de la France tient&nbsp;pour axiome que la puissance russe, situ&eacute;e o&ugrave; elle est, est quelque chose qu'il faut m&eacute;nager et avec laquelle il faut s'entendre. La politique europ&eacute;enne de la France parait donc&nbsp;toute trac&eacute;e. Il faut faire un trait&eacute; minimal pour en finir avec la paralysie europ&eacute;enne qui permet aux strat&eacute;gies europ&eacute;ennes internes et externes de se d&eacute;ployer sans opposition. Il faut mettre en place des outils europ&eacute;ens qui marchent et les influencer dans leur fonctionnement au plus proche des int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais, ou franco-allemand s'il est possible. Mais au-del&agrave; de la France, il ne faut pas &eacute;videmment abandonner la perspective&nbsp;de s'associer avec des nations europ&eacute;ennes &eacute;voluant ensemble&nbsp;au sein de l'Europe et&nbsp;utilisant les outils europ&eacute;ens pour renforcer leur puissance collective. Il appara&icirc;t &eacute;vident que l'Est de l'UE n'a plus grand chose &agrave; voir avec les six Etats fondateurs et qu'il faudrait&nbsp; en revenir, au sein de ces Six, &eacute;tendus si possible &agrave; tous les membres de l'Eurogroup,&nbsp;au concept de&nbsp;&ldquo;petite Europe&rdquo;,&nbsp;qu'il soit d&eacute;sign&eacute; par le terme de &ldquo;noyau dur&rdquo; ou par un autre. L'essentiel sera qu'il devra s'agir d'une Europe puissance ne r&eacute;unissant que les Etats s'accordant sur cet objectif.</p> <p>Signalons &agrave; nos lecteurs le site de l'association Paris-Berlin-Moscou, o&ugrave; nous retrouvons certaines&nbsp;des id&eacute;es qui sont les n&ocirc;tres.&nbsp;</p> Thu, 31 May 2007 23:00:00 GMT L'apparition de nouvelles souches multi-résistantes de tuberculose menace la santé mondiale http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=63 63 <br /><p align="justify">Les souches de bacille tuberculeux, <em>Mycobacterium Tuberculosis</em>, r&eacute;sistantes aux antibiotiques sont en train de se multiplier. Sur la base d'une population mondiale pr&eacute;sum&eacute;e porteuse de la souche commune chiffr&eacute;e au tiers de la population mondiale, on consid&egrave;re qu'1/10 d&eacute;veloppe la maladie. Celle-ci, maladie des pays pauvres, n'est pas toujours d&eacute;tect&eacute;e. Elle est associ&eacute;e &agrave; d'autres pathologies telles que le VIH. Elle n'est donc pas toujours soign&eacute;e, m&ecirc;me avec les antibiotiques courants. On constate aujourd'hui qu'elle est en forte recrudescence, entra&icirc;nant une mortalit&eacute; en croissance..<br /> <br /> Mais le facteur inqui&eacute;tant est que les souches identifi&eacute;es se sont depuis quelques ann&eacute;es r&eacute;v&eacute;l&eacute;es r&eacute;fractaires aux antibiotiques courants et obligent &agrave; des traitements beaucoup plus lourds et co&ucirc;teux. La r&eacute;sistance ne cesse actuellement de grandir. On distingue les souches Multi-drug resistant (MTB) d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s difficiles &agrave; combattre, et les souches XDR-TB qui ne peuvent &ecirc;tre combattues que par deux s&eacute;ries d'antibiotiques, eux-m&ecirc;mes rares. En ce cas, la mortalit&eacute; devient la r&egrave;gle, notamment dans le tiers-monde. Bien pire, il semble qu'aujourd'hui soit apparue une souche r&eacute;sistante &agrave; tous les antibiotiques connus, baptis&eacute;e CDR-TB, completey drug-resistant. Selon la revue&nbsp;<em>NewScientist </em>(24 mars 2007, p. 44), &nbsp;un cas aurait &eacute;t&eacute; signal&eacute; en Italie.<br /> <br /> La raison pour laquelle ces diverses formes de r&eacute;sistance se d&eacute;veloppent est bien connue. Vu la longueur des traitements n&eacute;cessaires et les caract&egrave;res particuliers du bacille, des souches mutantes multi-r&eacute;sistantes ont toutes les chances d'&ecirc;tre s&eacute;lectionn&eacute;es et de se r&eacute;pandre si l'&eacute;pid&eacute;mie prend une ampleur suffisante, en partant des populations pauvres du tiers-monde et des &icirc;lots de mis&egrave;re dans les pays riches. C'est le cas actuellement.<br /> <br /> Les autorit&eacute;s de sant&eacute;, les gouvernements et m&ecirc;me les citoyens devraient avoir toutes les raisons, non seulement de s'alarmer mais de pr&eacute;parer les mesures n&eacute;cessaires &nbsp;pour lutter contre un ph&eacute;nom&egrave;ne qui risque de devenir une menace mondiale. La maladie pourrait prendre une forme pand&eacute;mique aussi d&eacute;vastatrice que la grippe de type H5N1 humanis&eacute;e. Le premier objectif serait de faire financer sur fonds publics des recherches pour de nouveaux antibiotiques ou d'&eacute;ventuels autres moyens de d&eacute;fense. Mais il semble que les d&eacute;lais seront longs avant que l'industrie puisse produire des traitements efficaces en quantit&eacute; suffisante. On parle de 5 ans.<br /> <br /> En attendant se posent des questions d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute;es dans la perspective de la lutte contre la grippe. Elles concernent tous les pays, y compris les pays d&eacute;velopp&eacute;s, aussi menac&eacute;s potentiellement que les pays pauvres. Le recours &agrave; des mesures d'int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral,&nbsp;m&ecirc;me coercitives, devra &eacute;ventuellement &ecirc;tre envisag&eacute;. Comment apporter aux pays pauvres les aides massives dont ils auront besoin? Comment d&eacute;tecter les malades? Comment obtenir qu'ils &eacute;vitent les comportements &agrave; risque (par exemple cracher dans les lieux publics)&nbsp;? Comment faire qu'ils se soignent s'ils refusent de le faire et comment si n&eacute;cessaire les isoler (quarantaine)&nbsp;? Par ailleurs, que faire &agrave; l'&eacute;gard des activit&eacute;s de service telles que le transport a&eacute;rien qui seront in&eacute;vitablement des m&eacute;dias de diffusion privil&eacute;gi&eacute;s pour les germes multi-r&eacute;sistants?<br /> <br /> Nous aimerions voir les autorit&eacute;s sanitaires europ&eacute;ennes se saisir publiquement de la question. L'Europe se doit de prendre un r&ocirc;le pilote dans la nouvelle croisade qui s'annonce.<br /> <br /> </p> <p>&nbsp;</p> Mon, 30 Apr 2007 23:00:00 GMT Adept Quattro, le robot industriel manipulateur le plus rapide au monde http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=67 67 <br /><p>Con&ccedil;u par la fondation espagnole Fatronik, en collaboration avec le LIRMM (laboratoire fran&ccedil;ais CNRS/universit&eacute; de Montepellier2)*, Quattro est deux fois plus rapide que tous les autres robots industriels de ce type existants aujourd'hui sur la plan&egrave;te.<br /> Le secret tient ici sur les solutions innovantes mises au point par les chercheurs, autant sur la forme de ce robot parall&egrave;le que sur son syst&egrave;me de commande. <br /> Des calculs d'optimisation de la dimension de chaque composant ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;s pour obtenir une acc&eacute;l&eacute;ration maximale, adapt&eacute;e aux contraintes de l'industrie gr&acirc;ce au syst&egrave;me de commande du robot, qui limite les vibrations, donc le temps n&eacute;cessaire au robot pour d&eacute;poser une pi&egrave;ce &agrave; un endroit pr&eacute;cis. R&eacute;sultat&nbsp;: l'engin peut manipuler 240 pi&egrave;ces par minute et atteint des acc&eacute;l&eacute;rations de 200 m&egrave;tres par seconde carr&eacute;e avec des charges de deux kilogrammes, contre 100 m&egrave;tres par seconde carr&eacute;e et un kilogramme pour les robots actuels. </p> <p><img height="144" alt="Adept Quattro © F. Pierrot - CNRS 2007" width="220" align="right" src="/europaplusplus/repimg/Image/adeptquattro1.jpg" />Ce qui n'&eacute;tait tout d'abord qu'un prototype n'a pas manqu&eacute; d'int&eacute;resser l'industriel Adept, l'un des leaders mondiaux de la robotique, en vue de sa production &agrave; l'&eacute;chelle industrielle. Depuis six mois, chercheurs et industriels ont ainsi travaill&eacute; &agrave; ce transfert de technologie qui vient d'aboutir &agrave; la mise sur le march&eacute; du robot. Adept Quattro est destin&eacute; &agrave; toutes les applications o&ugrave; l'on souhaite d&eacute;placer des objets et les conditionner, particuli&egrave;rement dans les secteurs de l'agroalimentaire, de la sant&eacute; et de la beaut&eacute;, ainsi que de l'&eacute;lectronique. Il s'agit donc ici d'un &eacute;norme march&eacute;. </p> <p>D'ores et d&eacute;j&agrave;, plusieurs centaines de commandes sont d&eacute;j&agrave; pass&eacute;es, pour un co&ucirc;t variant entre 30000 et 50000 euros suivant le travail d'int&eacute;gration &agrave; r&eacute;aliser dans l'installation industrielle. </p> <p>Une belle histoire, pourrait-on dire... sauf qu'Adept est Am&eacute;ricain, avec sa maison m&egrave;re bas&eacute;e dans la Silicon Valley. N'y avait-il pas moyen de ficeler tout le projet pour qu'il soit enti&egrave;rement europ&eacute;en, de la conception jusqu'&agrave; la production industrielle du robot&nbsp;? <br /> Les industriels du Vieux Continent devraient peut-&ecirc;tre m&eacute;diter la phrase plac&eacute;e en exergue du logo du site internet d'Adept&nbsp;: <em>&quot;Intelligent Robotics for the Global Economy&quot;</em>.</p> <p>* <font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><em>Laboratoire d'informatique, de robotique et de micro-&eacute;lectronique de Montpellier</em></font>. <font face="Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><em>Depuis six ans, le LIRMM s'est associ&eacute; avec la Fundaci&oacute;n Fatronik, un centre de recherche appliqu&eacute;e du Pays basque espagnol, pour concevoir des robots manipulateurs</em></font></p> Mon, 30 Apr 2007 23:00:00 GMT Les pays européens doivent gérer sérieusement leurs déchets http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=73 73 <br /><p>On trouvera sans doute exag&eacute;r&eacute;e l'affirmation selon laquelle la maturit&eacute; politique d'un Etat se juge sur la bonne gestion de ses d&eacute;chets, et notamment de ses ordures m&eacute;nag&egrave;res. C'est pourtant le cas. N'&eacute;voquons pas la situation d&eacute;sastreuse o&ugrave; se trouvent sur ce point les pays du tiers-monde, car les montagnes d'ordures qui caract&eacute;risent leurs m&eacute;galopoles ne sont qu'un aspect de leur sous-d&eacute;veloppement g&eacute;n&eacute;ral, sur lequel ils ne peuvent pas grand-chose. Il est par contre inadmissible que la m&ecirc;me situation se retrouve et soit tol&eacute;r&eacute;e dans les Etats europ&eacute;ens riches. C'est pourtant le cas. <br /> <br /> Un article du <em>Monde</em> (Les mines d'or de la Camorra, 25 avril 2007, p. 27) expose la situation scandaleuse qui caract&eacute;rise la r&eacute;gion napolitaine. Un million de tonnes de d&eacute;chets est abandonn&eacute; dans la ville et l'arri&egrave;re-pays. 250.000 personnes sont expos&eacute;es &agrave; des produits toxiques et en soufrent gravement. Depuis trente ans, la mafia locale contr&ocirc;le les d&eacute;charges. Cette situation n'est pas propre &agrave; l'Italie et &agrave; son mezzogiorno. Elle se retrouve plus ou moins partout en Europe. En France, les d&eacute;partements m&eacute;diterran&eacute;ens, y compris la Corse, r&eacute;put&eacute;e paradis touristique, font montre de la m&ecirc;me n&eacute;gligence criminelle, qui d&eacute;coule en grande partie l&agrave; encore de luttes d'influence entre int&eacute;r&ecirc;ts sordides. Les &eacute;cologistes, qui insistent tellement sur le probl&egrave;me pos&eacute; par les d&eacute;chets nucl&eacute;aires, ne sont pas assez offensifs face aux comportements collectifs d&eacute;shonorants en mati&egrave;re de d&eacute;chets m&eacute;nagers. Ils ne peuvent se d&eacute;douaner en invoquant la n&eacute;cessit&eacute; de faire pression sur l'industrie et le commerce pour diminuer les emballages inutiles. Les deux d&eacute;marches doivent &ecirc;tre men&eacute;es en parall&egrave;le. <br /> <br /> Il est possible cependant, &agrave; peu de frais mais avec un minimum d'engagement de la puissance publique, de faire beaucoup mieux. Un article du <em>NewScientist </em>(Garbage of Eden, 14 avril 2007, p. 39) expose en d&eacute;tail comment la ville Etat de Singapour, riche de 4,5 millions de r&eacute;sidents, a r&eacute;solu son probl&egrave;me &agrave; la satisfaction g&eacute;n&eacute;rale. Le tri s&eacute;lectif et la transformation des produits recyclables, l'incin&eacute;ration des d&eacute;chets humides et le d&eacute;p&ocirc;t des cendres dans une &icirc;le artificielle, Pulau Semakau, transform&eacute;e en biotope et entour&eacute;e de mangroves, le recours aux &eacute;nergies renouvelables et la plantation d'arbre pour compenser la consommation d'oxyg&egrave;ne due &agrave; l'incin&eacute;ration, permettent &agrave; l'Etat d'envisager sans inqui&eacute;tude un avenir hygi&eacute;nique jusqu'&agrave; 2050. M&ecirc;me si les autorit&eacute;s singapouriennes pr&eacute;sentent la situation avec un peu trop d'optimisme, leur comportement est exemplaire. Bien des villes, en Asie et surtout en Europe, devraient s'en inspirer. <br /> <br /> Nous disons qu'il s'agit d'un &eacute;l&eacute;ment essentiel permettant de juger de la maturit&eacute; politique d'un Etat, et de son aptitude &agrave; la bonne gouvernance. La solution du probl&egrave;me suppose en effet, en priorit&eacute;, des administrations publiques, centrales et locales, int&egrave;gres, comp&eacute;tentes et &eacute;nergiques. Ce n'est pas l'appel au march&eacute; qui r&eacute;soudra le probl&egrave;me. Elle n&eacute;cessite ensuite des citoyens disciplin&eacute;s et pour cela, bien inform&eacute;s et motiv&eacute;s. Il faut enfin que des investissements intellectuels et financiers importants soient consacr&eacute;s &agrave; la mise en place d'&eacute;quipements ad&eacute;quats, en utilisant les technologies les plus modernes et en en payant le co&ucirc;t. <br /> <br /> En Europe, le sujet ne devrait pas &ecirc;tre laiss&eacute; &agrave; la charge des seules municipalit&eacute;s et des int&eacute;r&ecirc;ts sordides sinon mafieux qui s'en emparent souvent. Il devrait &ecirc;tre abord&eacute; au niveau d'une agence europ&eacute;enne, relay&eacute;e par les administrations d'Etat et dot&eacute;e de cr&eacute;dits d'intervention suffisants. Dans la perspective du r&eacute;chauffement climatique et de la d&eacute;t&eacute;rioration des conditions d'hygi&egrave;ne et de sant&eacute; publique qui en d&eacute;coulera, la question est d&eacute;sormais de premi&egrave;re importance.<br /> <br /> </p> Mon, 30 Apr 2007 23:00:00 GMT L'industrie européenne décroche faute de politiques industrielles communes http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=43 43 <br /><div>&nbsp;</div> <div align="justify">L'Europe subit depuis 1995 un double d&eacute;clin, celui de l'emploi industriel et de celui de la production industrielle. Tous les pays sont touch&eacute;s, y compris l'Allemagne. Cette baisse se manifeste par les d&eacute;localisations, l'externalisation vers les services, la diminution des exportations et la hausse des importations. Les causes en sont multiples. On accuse g&eacute;n&eacute;ralement la concurrence des pays &eacute;trangers s'exer&ccedil;ant &agrave; travers l'ouverture des fronti&egrave;res. Mais c'est en fait l'absence de politique industrielle qui est responsable de la perte de comp&eacute;titivit&eacute; de l'industrie europ&eacute;enne. <br /> <br /> </div> <div align="justify">Qu'appelle-t-on politique industrielle&nbsp;? C'est la manifestation d'une politique de l'Etat visant &agrave; soutenir par tous les moyens possibles l'industrie nationale. Au plan europ&eacute;en, la politique industrielle se manifestera par des politiques nationales mais aussi par une coop&eacute;ration entre Etats elle-m&ecirc;me soutenue par la Commission europ&eacute;enne. Mais pour ce faire, il faut rejeter le mod&egrave;le du march&eacute; ouvert, selon lequel les entreprises mises en concurrence &agrave; l'&eacute;chelle du monde devront trouver seules les moyens de leur d&eacute;veloppement. L'essentiel des exportations fran&ccedil;aises &ndash; a&eacute;rospatiale, agroalimentaire, nucl&eacute;aire &ndash; est le r&eacute;sultat d'une volont&eacute; politique ancienne de l'Etat, malheureusement bien h&eacute;sitante aujourd'hui. En Allemagne, le complexe industriel est n&eacute; d'un si&egrave;cle d'investissements favoris&eacute;s par l'Etat. <br /> <br /> </div> <div align="justify">Inutile de dire que nos principaux concurrents dans le domaine industriel et technologique, Etats-Unis, Chine, Russie et m&ecirc;me Inde, sans mentionner des pays &eacute;mergents comme le Br&eacute;sil, multiplient les aides en tous genres aux entreprises, que celles-ci soient de statut public ou priv&eacute;. D&eacute;fiscalisations, mise &agrave; disposition de terrains, aides &agrave; la cr&eacute;ation d'emplois, acc&egrave;s aux march&eacute;s publics, protection contre les prises de contr&ocirc;le &eacute;trang&egrave;res sont monnaie courante. A un niveau plus global, que ce soit dans le civil ou le militaire, les fonds d'investissements et les agences d'information &eacute;conomique travaillent la main dans la main avec les industriels.<br /> <br /> </div> <div align="justify">Certains pays europ&eacute;ens commencent &agrave; s'en rendre compte et r&eacute;agissent. On vient de lancer en Allemagne&nbsp;un programme High Tech Strategie dot&eacute; de 15 milliards d'euros sur 4 ans. Le Royaume Uni a d&eacute;fini une politique nationale pour les technologies et l'aide aux PME.&nbsp;La France a cr&eacute;&eacute; 2 Agences (Agence Nationale de la Recherche et Agence pour l'Innovation Industrielle). Elle a mis en place des p&ocirc;les de comp&eacute;titivit&eacute; et adopt&eacute; &ndash; non sans discussions &ndash; le d&eacute;cret du 30 d&eacute;cembre 2005 pour s'opposer aux prises de contr&ocirc;le dans les domaines de la s&eacute;curit&eacute;-d&eacute;fense. <br /> <br /> </div> <div align="justify"> <div align="justify"><strong>Le dogme mortel du &quot; tout-concurrence &quot;<br /> <br /> </strong></div> Mais tout ceci n'est pas suffisant, ni au niveau de chacun des Etats, ni surtout au niveau de l'Union europ&eacute;enne. Celle-ci ne s'est pas encore attach&eacute;e &agrave; relancer l'activit&eacute; industrielle ni &agrave; envisager des politiques industrielles communes. Tout au plus encourage-t-on verbalement la baisse des charges et les simplifications administratives. Le dogme du &laquo;&nbsp;tout-lib&eacute;ral&nbsp;&raquo; ou du &laquo;&nbsp;tout-concurrence&nbsp;&raquo; r&egrave;gne encore, sous la pression int&eacute;ress&eacute;e,&nbsp;n'en doutons pas, d'&eacute;conomistes et d'analystes financiers convaincus des bienfaits de l'ouverture aux int&eacute;r&ecirc;ts am&eacute;ricains. </div> <div align="justify"><br /> Sous pr&eacute;texte d'interdire les aides, les concentrations et l'abus de position dominante, on perd de vue la n&eacute;cessit&eacute; de cr&eacute;er des champions nationaux et europ&eacute;ens. Au niveau des PME, &eacute;galement indispensables, il n'existe pas de r&egrave;gles communes pour l'acc&egrave;s aux march&eacute;s publics et institutionnels. La Commission prend par choix de type id&eacute;ologique des d&eacute;cisions aberrantes sans que les Etats ne puissent r&eacute;agir. Ne veut-elle pas maintenant remettre en cause la comp&eacute;tence des Etats en mati&egrave;re d'armement, alors que l'Agence Europ&eacute;enne de l'Armement peine &agrave; trouver les quelques millions d'euros et les consensus qui lui permettrait de d&eacute;finir des politiques communes. </div> <div align="justify"></div> <div align="justify">La survie de l'Europe passe dor&eacute;navant par une r&eacute;volution conceptuelle en mati&egrave;re de politique industrielle. Ce ne sera pas par un discours verbal sur la n&eacute;cessit&eacute; d'investir dans les sciences et les technologies que l'on pourra remplacer les d&eacute;cisions concr&egrave;tes qui s'imposent tous les jours pour prot&eacute;ger l'industrie et l'aider &agrave; se requalifier sur les march&eacute;s nationaux et ext&eacute;rieurs.</div> <div align="justify"><br /> <em>On lira aussi dans ce num&eacute;ro la pr&eacute;sentation du livre de Jean-Louis Levet &quot; Pas d'avenir sans industrie &quot;</em></div> Sat, 31 Mar 2007 23:00:00 GMT Europe de la Défense et Défense de l'Europe http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=49 49 <br /><p>On pourrait avoir deux visions distinctes de la d&eacute;fense collective Europ&eacute;enne, &agrave; laquelle aspirent tous les europ&eacute;ens, face aux dangers multiformes qui caract&eacute;risent le monde actuel:<br /> <br /> - L'une, Euro-Atlantique, reposant sur l'OTAN dans laquelle les Etats-Unis jouent un r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant et qui constitue une sorte de protectorat militaire am&eacute;ricain, en fait de moins en moins s&ucirc;r compte tenu du basculement vers le Moyen-Orient et vers l'Asie des grands d&eacute;s&eacute;quilibres g&eacute;ostrat&eacute;giques.<br /> <br /> - L'autre, Euro-Europ&eacute;enne, autosuffisante, reposant sur les seuls Europ&eacute;ens, non pas en opposition &agrave; l'OTAN, mais compl&eacute;mentaire et disposant d'une autonomie de d&eacute;cision et de moyens pour les cas o&ugrave; les int&eacute;r&ecirc;ts et la vision politique de l'Union Europ&eacute;enne ne co&iuml;ncideraient pas avec ceux et celle des Etats-Unis.<br /> <br /> Il semble pour le moins contradictoire de souhaiter une Europe souveraine, capable de ma&icirc;triser les technologies indispensables pour peser sur l'&eacute;volution du monde et de jouer un r&ocirc;le d&eacute;terminant dans l'&eacute;quilibre g&eacute;opolitique, g&eacute;ostrat&eacute;gique et &eacute;conomique de la plan&egrave;te, si le continent Europ&eacute;en reste tributaire pour sa propre D&eacute;fense de la d&eacute;cision et des moyens militaires d'une tierce puissance, c'est-&agrave;-dire l'Am&eacute;rique, f&ucirc;t-elle alli&eacute;e et profond&eacute;ment amie des Etats membres de l'Union.<br /> <br /> <em>Pour lire l'article complet, suivez le lien ci-dessous</em></p> Sat, 31 Mar 2007 23:00:00 GMT Domination américaine dans les véhicules de combat automatique . Retombées dans le domaine civil http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=54 54 <br /><div>&nbsp;</div> <div align="justify">Pour&nbsp;2015, le d&eacute;partement am&eacute;ricain de la d&eacute;fense (DOD) pr&eacute;voit qu'un tiers de ses forces combattantes seront compos&eacute;es de robots. Ceux-ci feront partie du projet FCS ou Future Combat Systems, qui, avec 127 milliards de dollars, est le plus grand programme technologique jamais d&eacute;cid&eacute; dans l'histoire am&eacute;ricaine. </div> <div align="justify">D&egrave;s maintenant l'arm&eacute;e am&eacute;ricaine dispose de 20 syst&egrave;mes de combat terrestres et a&eacute;riens&nbsp;t&eacute;l&eacute;command&eacute;s ou automatiques (unmanned ground and air vehicles). Ceux-ci sont d&eacute;velopp&eacute;s dans le cadre du Joint Robotics Program Master Plan&nbsp;dot&eacute; de 13 milliards de dollars.&nbsp;Plus de 2.500 de ces mat&eacute;riels sont en service sur divers terrains d'affrontements. En 2035, le DOD pourra aligner des robots-soldats compl&egrave;tement autonomes. <br /> <br /> </div> <div align="justify">32 pays sont r&eacute;put&eacute;s financer de telles &eacute;tudes, avec des moyens &eacute;videmment bien moins importants. Les Britanniques sont les plus engag&eacute;s. La firme de d&eacute;fense et de s&eacute;curit&eacute; Qinetiq (QinetiQ North America) dispose de nombreux contrats, lui ayant par exemple permis de d&eacute;velopper le robot Talon &agrave; partir de sa filiale am&eacute;ricaine Foster-Miller. <br /> <br /> </div> <div align="justify">L'emploi de ces mat&eacute;riels sur le champ de bataille ou dans la lutte contre des manifestants civils pose de nombreuses questions, qui font l'objet de d&eacute;bats, au moins aux Etats-Unis. La premi&egrave;re interrogation porte sur leur fiabilit&eacute; et plus particuli&egrave;rement, la possibilit&eacute; qu'ils se trompent de cibles en atteignant les forces amies. Rien n'exclut non plus qu'ils soient incapacit&eacute;s par des techniques m&ecirc;me rustiques de brouillage ou d&eacute;tourn&eacute;s par des intrusions &eacute;lectroniques. <br /> <br /> </div> <div align="justify">Sur un plan plus g&eacute;n&eacute;ral, ces programmes d&eacute;montrent une nouvelle fois ce que nous avons plusieurs fois signal&eacute;. Les progr&egrave;s dans la robotique autonome d&eacute;coulent principalement des&nbsp;investissements militaires eux-m&ecirc;mes couverts par le secret d&eacute;fense. Les sommes d'ailleurs importantes consacr&eacute;es par les entreprises japonaises pour d&eacute;velopper des robots dits de compagnie ne peuvent &ecirc;tre compar&eacute;es aux cr&eacute;dits militaires. Mais que feront les firmes &ndash; essentiellement am&eacute;ricaines &ndash; b&eacute;n&eacute;ficiant des financements des Arm&eacute;es&nbsp;? Les r&eacute;introduiront dans des syst&egrave;mes civils vendus sur le march&eacute; mondial&nbsp;? Dans ce cas, elles b&eacute;n&eacute;ficieront d'avantages comp&eacute;titifs consid&eacute;rables. Ce m&eacute;canisme est bien connu dans l'a&eacute;ronautique, o&ugrave; il favorise notamment Boeing. Demain, le march&eacute; des robots autonomes sera devenu lui aussi tr&egrave;s important et concurrentiel. On peut&nbsp;pr&eacute;voir que les soci&eacute;t&eacute;s ayant travaill&eacute; pour la d&eacute;fense am&eacute;ricaine le domineront facilement. </div> Sat, 31 Mar 2007 23:00:00 GMT L'Europe doit reconquérir sa souveraineté http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=58 58 <br /><p>Le monde est le th&eacute;&acirc;tre d'une comp&eacute;tition multipolaire qui s'exacerbe chaque jour un peu plus. La mondialisation multipolaire n'est ni le choc des civilisations ni la fin de l'histoire. C'est un ph&eacute;nom&egrave;ne beaucoup plus concret, beaucoup plus technique. Dans une large mesure, il s'agit d'une comp&eacute;tition acharn&eacute;e pour la ma&icirc;trise des technologies cruciales destin&eacute;es &agrave; assurer &agrave; des ensembles politiques souverains, puissance, s&eacute;curit&eacute;, bien &ecirc;tre, identit&eacute; et libert&eacute;.&nbsp;</p> <p>Pour des raisons de masse critique &eacute;conomique et d&eacute;mographique cette comp&eacute;tition se d&eacute;roulera, dans l'avenir, entre grands ensembles g&eacute;opolitiques culturellement homog&egrave;nes, ind&eacute;pendants et concurrents. <br /> </p> <p>Puissance et ind&eacute;pendance technologique constitueront l'armature de la souverainet&eacute; politique de ces ensembles.</p> <div>Se r&eacute;approprier une culture de la puissance est, pour les Europ&eacute;ens une priorit&eacute; absolue, acc&eacute;der &agrave; la souverainet&eacute; technologique un imp&eacute;ratif politique majeur.&nbsp;</div> <p>Or, aujourd'hui, l'Europe semble vouloir, emprunter le chemin inverse. Depuis plus de trente ans, hormis quelques r&eacute;ussites exemplaires, r&eacute;sultat d'initiatives prises, le plus souvent par la France, au d&eacute;but des ann&eacute;es soixante, l'Union Europ&eacute;enne s'est plac&eacute;e dans une situation de d&eacute;crochage scientifique et technologique. <br /> </p> <p>L'opinion s'est install&eacute;e dans une posture de refus de puissance que traduit bien le comportement d'&eacute;vitement s&eacute;mantique dont fait l'objet le concept de puissance dans le discours politique traditionnel. </p> <p>Ce d&eacute;crochage s'accentue et s'acc&eacute;l&egrave;re, non seulement &agrave; l'&eacute;gard des Etats&ndash;Unis, dont la politique affich&eacute;e a toujours &eacute;t&eacute; de maintenir, en permanence, un &eacute;cart technologique avec le reste du monde, l'Europe en particulier, afin d'assurer sa supr&eacute;matie, mais, ce qui est nouveau, et encore plus pr&eacute;occupant, &agrave; l'&eacute;gard de nouvelles puissances &eacute;mergentes telles que la Chine ou l'Inde.</p> <em>Pour lire l'article complet, suivez le lien ci-dessous</em> Sat, 31 Mar 2007 23:00:00 GMT Stratégie spatiale européenne. Nécessité d'une relance et d'une stratégie à 30 ans http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=2 2 <br /><p><strong>Pr&eacute;sentation du rapport de l'office parlementaire d'&eacute;valuation des choix scientifiques et technologiques (OPCEST)</strong></p> <p>L'opinion europ&eacute;enne s'int&eacute;resse peu &agrave; l'espace. Il en est de m&ecirc;me en France. Aucun candidat aux &eacute;lections pr&eacute;sidentielles n'en a encore parl&eacute;. Or il faut aborder ce sujet au plan politique le plus &eacute;lev&eacute;. C'est ce que veulent faire les parlementaires membres de l' OPECST, dont le dernier rapport en date sur ce sujet vient d'&ecirc;tre d&eacute;pos&eacute; (1)&nbsp;. Pour prendre conscience de la n&eacute;cessit&eacute; d'une politique spatiale europ&eacute;enne, il suffit de regarder ce que font les autres grands pays&nbsp;: USA, Chine, Inde, Russie. L'Europe doit se mobiliser pour figurer en t&ecirc;te des grandes nations spatiales. <br /> <br /> La p&eacute;riode actuelle est favorable. Elle est marqu&eacute;e par de bons r&eacute;sultats europ&eacute;ens&nbsp;: carnets de commande satisfaisants en mati&egrave;re de lanceurs et satellites, succ&egrave;s des missions multilat&eacute;rales, reconnaissance du besoin d'une pr&eacute;f&eacute;rence europ&eacute;enne en mati&egrave;re de lanceurs (confirm&eacute;e par le Pr&eacute;sident Chirac concernant les missions nationales). <br /> <br /> L'ann&eacute;e 2007 sera marqu&eacute;e par des &eacute;v&eacute;nements majeurs pour l'Europe&nbsp;: notamment le lancement du v&eacute;hicule de liaison ATV Jules Verne et la tenue du Conseil europ&eacute;en de l'espace le 22 mai, associant l'Union europ&eacute;enne&nbsp; et l'Agence spatiale europ&eacute;enne ESA. La politique spatiale europ&eacute;enne pour les prochaines ann&eacute;es y sera d&eacute;finie. <br /> <br /> Il est donc particuli&egrave;rement n&eacute;cessaire de r&eacute;affirmer, comme le fait le rapport de l' OPECST, l'ambition des objectifs que l'Europe doit se fixer. Deux domaines m&eacute;ritent particuli&egrave;rement d'&ecirc;tre soulign&eacute;s&nbsp;: <br /> <br /> <strong>La s&eacute;curit&eacute;-d&eacute;fense</strong></p> <p>Il faut se persuader qu'en ce domaine, la plupart des programmes sont duaux (pouvant servir simultan&eacute;ment des objectifs civils et militaires). La France le sait en ce qui la concerne. Mais l'Europe reste &agrave; convaincre, notamment concernant les programmes Galil&eacute;o et GMES. Dans ce domaine, une coop&eacute;ration entre les gouvernements et les Agences europ&eacute;ennes s'impose. <br /> <br /> <strong>Les vols habit&eacute;s</strong></p> <p><img height="120" alt="Station spatiale internationale" width="180" align="left" src="/europaplusplus/repimg/Image/iss.jpg" />L'ann&eacute;e 2007 sera pour l'Europe celle du lien renou&eacute; avec l'ISS (Station spatiale internationale). L'Europe ne doit pas, quel que soit l'int&eacute;r&ecirc;t des vols automatiques, exclure les vols habit&eacute;s. Le co&ucirc;t en est lourd financi&egrave;rement mais indispensable &agrave; la coh&eacute;rence d'ensemble du projet spatial europ&eacute;en. La France qui a toujours soutenu les ambitions europ&eacute;ennes doit persister &agrave; jouer ce r&ocirc;le. Au del&agrave; de l'ISS, l'Europe doit confirmer ses ambitions sur des vols robotiques puis humains sur Mars et &agrave; titre interm&eacute;diaire la Lune. Des coop&eacute;rations internationales sont sans doute &agrave; envisager, mais l'Europe devra conserver la ma&icirc;trise des &eacute;l&eacute;ments clefs de tels vols.<br /> <br /> Malgr&eacute; un bon &eacute;tat de sant&eacute; apparent, l'Europe pi&eacute;tine aujourd'hui. De multiples d&eacute;cisions sont &agrave; prendre, couvrant les 50 prochaines ann&eacute;es. Les recommandations du rapport proposent une vision franco-europ&eacute;enne pour l'espace. Le mot de vision est intentionnel. Il marque la volont&eacute; d'ambitions larges et audacieuses. </p> Wed, 28 Feb 2007 23:00:00 GMT Replacer Airbus dans la compétition pour les technologies de puissance http://www.aphania.net/rff/lettre/archives/?a=34 34 <br /><p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Appelons technologies de puissance celles qui sont n&eacute;cessaires &agrave; une nation ou un groupe de nations pour exister de fa&ccedil;on ind&eacute;pendante dans un monde marqu&eacute; par la comp&eacute;tition pour le pouvoir global. Ce monde est encore aujourd'hui unipolaire, c'est-&agrave;-dire domin&eacute; par la superpuissance am&eacute;ricaine. D'autres empires se pr&eacute;parent pour lui disputer cette domination&nbsp;: la Chine, l'Inde. Dans la&nbsp;meilleure des hypoth&egrave;ses, on aboutira &agrave; un monde multipolaire, o&ugrave; la puissance sera mieux r&eacute;partie, mais o&ugrave; la comp&eacute;tition ne sera pas diminu&eacute;e. Les industries a&eacute;rospatiales sont au premier rang des technologies de puissance, sous leur aspect civil comme militaire. Elles participent donc en premier chef &agrave; la course pour la puissance.<br /> <br /> </span><span style="COLOR: rgb(34,34,34)"><strong>Airbus et Boeing font partie des technologies de puissance<br /> </strong></span><br /> <span style="COLOR: rgb(34,34,34)">L'Europe veut-elle figurer en tant que puissance dans le monde multipolaire qui se met en place&nbsp;? Si oui, elle doit d&eacute;velopper l'&eacute;ventail des technologies de puissance n&eacute;cessaires, en mobilisant les ressources des grandes nations en ayant la capacit&eacute;. Pour cela, elle doit prot&eacute;ger et aider &agrave; se d&eacute;velopper les industries a&eacute;rospatiales dont elle dispose, au premier rang desquelles se trouve Airbus. C'est bien ce que font les Etats-Unis en ce qui les concerne quand il s'agit de Boeing. Pr&eacute;tendre que Boeing affronte Airbus sur le march&eacute; international du transport a&eacute;rien dans un combat loyal entre entreprises capitalistes ne disposant d'aucun appui de la superpuissance am&eacute;ricaine serait faux. L'Etat f&eacute;d&eacute;ral dispose de nombreux moyens pour aider les entreprises strat&eacute;giques. M&ecirc;me lorsque les actionnaires rel&egrave;vent du secteur priv&eacute;, ils sont anim&eacute;s d'une volont&eacute; de patriotisme qui en fait de bons soldats de la lutte pour la domination globale. Les difficult&eacute;s r&eacute;centes de Boeing, dues en grande partie &agrave; la mauvaise gestion, ont &eacute;t&eacute; tr&egrave;s vite effac&eacute;es par une mobilisation g&eacute;n&eacute;rale de toute la nation am&eacute;ricaine. Cette mobilisation s'exerce aussi quand il s'agit de combattre Airbus et sa maison m&egrave;re EADS sur les march&eacute;s int&eacute;rieurs et ext&eacute;rieurs. </span></p> <p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Les difficult&eacute;s actuelles d'Airbus tiennent en grande partie &agrave; ce que ni les Etats participant de pr&egrave;s ou de loin &agrave; son capital, ni l'Union europ&eacute;enne, n'ont voulu admettre officiellement et pleinement&nbsp;la dimension strat&eacute;gique, c'est-&agrave;-dire vitale, de cette entreprise. Dimension strat&eacute;gique signifie primaut&eacute; des int&eacute;r&ecirc;ts et de la volont&eacute; des Etats. En effet, laisser jouer les int&eacute;r&ecirc;ts priv&eacute;s, c'est-&agrave;-dire ceux des actionnaires, soumet l'entreprise &agrave; une course au profit imm&eacute;diat emp&ecirc;chant tout investissement humain et mat&eacute;riel durable. Or les Etats europ&eacute;ens impliqu&eacute;s dans Airbus ont tent&eacute; de jouer sur les deux tableaux, en participant aux capitaux et &agrave; la gestion de l'entreprise, tout en laissant un pouvoir important sinon pr&eacute;dominant aux actionnaires. <br /> <br /> <strong>Dans le cas d'Airbus s'ajoute une dimension diplomatique</strong><br /> <br /> L'implication des Etats, France et Allemagne principalement, dans Airbus s'est traduite par des d&eacute;cisions paraissant aberrantes au plan industriel mais tr&egrave;s fond&eacute;es au plan diplomatique: mettre en place une co-direction franco-allemande devant &ecirc;tre exemplaire pour la construction europ&eacute;enne. Cette co-direction impose des contraintes justifi&eacute;es, sans doute co&ucirc;teuses en termes comptables&nbsp;: partage de la gouvernance, des sites industriels et des comp&eacute;tences comme aussi partage des sacrifices n&eacute;cessaires. Elle se fait in&eacute;vitablement dans un esprit de comp&eacute;tition franco-allemand (Chacun &quot; <em>marquant l'autre &agrave; la culotte </em>&quot; , selon l'expression d'un ancien cadre sup&eacute;rieur). Faut-il pour autant y renoncer&nbsp;? Evidemment non, ce serait la fin de toutes perspectives de coop&eacute;ration strat&eacute;gique entre les Etats europ&eacute;ens. C'est ce qu'on voulu r&eacute;affirmer, semble-t-il, la chanceli&egrave;re Merkel et le pr&eacute;sident Chirac&nbsp;lors de leur rencontre &agrave; Meseberg le 23 f&eacute;vrier. </span></p> <p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Mais alors, il ne faut pas h&eacute;siter, comme d'ailleurs le font les Allemands, &agrave; renforcer&nbsp; le caract&egrave;re &laquo;&nbsp;public&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;non lib&eacute;ral&nbsp;&raquo; de l'entreprise, en ne laissant&nbsp; aux actionnaires ni&nbsp; pouvoir de d&eacute;cision ni&nbsp; pouvoir de nuisance. Certains groupes priv&eacute;s figurant au capital ont voulu ou veulent se d&eacute;sengager...Qu'ils le fassent. Mais il ne faut pas les remplacer par des actionnaires qui seront encore moins fiables et peut-&ecirc;tre au service du concurrent am&eacute;ricain, provenant de fonds d'investissements ou de pensions internationaux. <br /> <br /> <strong>Les Etats doivent donc intervenir </strong><br /> <br /> On dira que Airbus s'adresse &agrave; des acheteurs priv&eacute;s du march&eacute; international, susceptibles d'&ecirc;tre inqui&eacute;t&eacute;s par le statut d'un fournisseur&nbsp;que la concurrence s'empressera de qualifier d'&eacute;tatique. Nous pensons que l'argument ne tient pas. Les acheteurs veulent de bons avions, vendus par une entreprise qui s'int&eacute;resse &agrave; leurs besoins et acceptent la course &agrave; la comp&eacute;titivit&eacute; du produit. Peu leur importe le statut juridique de l'entreprise. </span></p> <p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Renforcer le caract&egrave;re public et &laquo;&nbsp;intergouvernemental&nbsp;&raquo;&nbsp;d'une entreprise comme Airbus (nous dirions la m&ecirc;me chose de EADS) ne voudra pas dire cependant soumettre la direction de l'entreprise aux petits jeux permanents de la rivalit&eacute; entre administrations nationales. Il faudra trouver moyen d'assurer l'ind&eacute;pendance de la direction, &agrave; l'int&eacute;rieur de directives d'ensemble arbitr&eacute;es par les Etats. </span></p> <p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Mais en contrepartie, lorsque ces directives imposeront, pour des raisons diplomatiques tr&egrave;s justifi&eacute;es, des d&eacute;cisions paraissant &eacute;conomiquement irrationnelles, comme la r&eacute;partition g&eacute;ographiques des sites d'avenir, il faudra que les Etats remboursent&nbsp;&agrave; l'entreprise, quoiqu'en disent les &eacute;conomistes lib&eacute;raux (et l'OMC) les surco&ucirc;ts correspondants.</span></p> <p><span style="COLOR: rgb(34,34,34)">Evidemment, il sera difficile de faire le d&eacute;part entre l'efficacit&eacute; industrielle et les concessions &agrave; la parit&eacute; politique. Mais le bon sens pourra y aider. Ainsi, les logiciels de conception des produits devront &ecirc;tre uniques, quoique en pensent certains responsables d'usines. Mais par contre, et quelque soit le surco&ucirc;t, une &eacute;gale r&eacute;partition dans la fabrication et l'assemblage des pi&egrave;ces ma&icirc;tresses sera n&eacute;cessaire, au moins jusqu'&agrave; ce que l'entreprise, ayant renou&eacute; avec le succ&egrave;s, puisse sans drames politiques rationaliser son architecture.</span></p> Wed, 28 Feb 2007 23:00:00 GMT