








Grâce à l'autorité habile de la Chancelière Angela Merkel et à l'entregent du Président Sarkozy , le Conseil Européen vient de tracer les orientations principales du futur traité européen.
En matière institutionnelle , il reprend l'essentiel du précédent traité constitutionnel rejeté par les Hollandais et les Français et il devrait permettre à l'Union européenne d'avoir à la fois plus de lisibilité dans sa gouvernance et plus d'efficacité démocratique.
Après deux ans d'attente , dont les Français portaient une grande responsabilité , l' Europe amorce à nouveau sa marche en avant ... toujours autant freinée par les Anglais . En revanche , laissons le temps nous dégager des jumeaux de Varsovie, et nous verrons la Pologne reprendre sa place dans le peloton de tête .
Réjouissons-nous néanmoins.
Mais , comment ne pas être déçu de voir les gouvernements européens si frileux et méfiants pour construire l'Europe puissance, dont nous avons tant besoin dans tant de domaines et notamment :
- pour assurer leur prospérité économique avec plus de justice sociale ,
- pour se protéger face à l'insécurité du quotidien et aux dangers de l'extérieur ,
- pour donner un souffle plus humain dans une humanité de compétitions , où la loi du plus fort et du plus riche est toujours " la meilleure " ,
- et pour nourrir l'esprit dans la diversité respectée des connaissances et des cultures .
Alors , le traité " simplifié " bien sûr, nous le soutiendrons , mais attention, Mesdames Messieurs , dirigeants de l'Union européenne , le mouvement du monde va beaucoup plus vite que vous . S'il vous plaît , rattrapons le !

Nous sommes de ceux qui pensent que les libéraux européens, prônant l'initiative privée comme remède unique aux maux qui menacent l'Europe, seront de moins en moins audibles. De même que ceux, souvent les mêmes, pour qui les entreprises américaines seront les seules à présenter des solutions acceptables. L'Europe devra pour survivre en revenir à des formes de gouvernance inspirées de ce que l'on appelait au siècle dernier des économies de guerre. Pour cela, elle ne pourra compter que sur ses seules ressources, notamment scientifiques et technologiques. Gouvernements et opinions doivent donc dès maintenant réfléchir aux politiques publiques qui s'imposeront à elle, que les libéraux le veuillent ou non.
Il est intéressant de voir que c'est du sein de la Commission européenne, pourtant à juste titre considérée comme soumise à l'idéologie libérale imposée par l'influence américaine, que viennent désormais les avertissements. Un rapport rédigé par des experts de la Commission, encore non rendu public (“Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"), présenté le 29 juin devant celle-ci, établit un plan d'action contre les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique. Il s'accompagne d'un catalogue de mesures de protection et de restructuration des diverses infrastructures économiques, sociales, urbaines, etc., à prendre pour faire face à des changements susceptibles d'être subits et chaotiques.
Plus précisément encore que les rapports précédents du GIEC, ce texte évoque la désertification des régions méditerranéennes, notamment au sud, la fonte des glaciers alpins et scandinaves, l'inondation des zones littorales, qui sont les plus riches et les plus peuplées. Il faudra déplacer et réimplanter les ports et la majorité des industries et des villes situées dans ces zones. Rien de ceci, qui coûtera des fortunes, ne pourra se faire sans des politiques publiques extrêmement contraignantes.
Le président Jose Manuel Barroso, après une tournée d'information au Groëland, est revenu convaincu de l'urgence de « faire quelque chose » . Va-t-il devenir le héraut de l'interventionnisme public et entraîner dans sa conviction nouvelle tous les groupes de pression libéraux qui sévissent à Bruxelles ? Où s'agit-il pour lui de se mettre de façon superficielle à l'unisson des voix qui aux Etats-Unis font de plus en plus pression pour que G.W. Bush prenne en compte la crise climatique face aux intérêts industriels ? Certains pensent que face à la remontée qu'il pressent des nationalismes, il veuille redonner à l'Europe une dimension fédératrice. S'il en était ainsi, nous ne nous en plaindrions pas. Nous reviendrons plus en détail sur cette question le mois prochain. 28/06/07
Nous attendions avec impatience le discours du président de la République à l'issue de sa visite du Salon du Bourget le 23 juin. Le bruit avait couru qu'il devait recommander une relance des ambitions spatiales de l'Europe. A la lecture des comptes-rendus des agences et faute de disposer encore sur le site de l'Elysée du texte complet du discours de Nicolas Sarkozy, il faut bien reconnaître que cela n'a pas été le cas.
Le président a certes prononcé des phrases que nous ne pouvons qu'approuver, concernant la politique industrielle de l'Europe. On sait qu'il avait la veille demandé le retrait de la concurrence "libre et non faussée" des impératifs du nouveau traité européen. Au Bourget, il a (source AFP) " souligné que la politique de la concurrence devait s'inscrire dans la perspective d'une politique industrielle européenne, en récusant "une approche idéologique qui fait de la concurrence une fin en soi". Il a réclamé la réciprocité "aux Etats-Unis et à la Chine en matière d'accès au marché". "La naïveté c'est fini, la réciprocité ça commence, a-t-il dit à l'intention de ces deux pays. "Vous voulez que nous ouvrions nos marchés, nous les ouvrirons à la minute où vous les ouvrirez" et "nous déferons nos barrières tarifaires à la minute où vous abaisserez les vôtres". "Nous devons mener une politique industrielle avec la même liberté d'interprétation que celle que s'accordent nos amis américains, chinois, indiens ou brésiliens", a-t-il fait valoir."
Mais dans quelles directions mener une politique industrielle, aussi bien au plan européen que français ? Nicolas Sarkozy a évoqué Airbus, en annonçant que le sommet franco-allemand prévu avec la chancelière Angela Merkel chez Airbus à Toulouse aurait lieu le 16 juillet et en invitant les actionnaires d'EADS, Daimler-Chrysler et Lagardère, à une réunion de travail à cette occasion.
Par contre, sur la défense, il a paru en retrait. Il a demandé (source AFP) une " remise à plat" des programmes militaires français, y compris ceux déjà engagés, avant la prochaine loi de programmation militaire qui débute après 2008 dont il a critiqué le processus d'élaboration. "On n'est pas obligés de reprendre un processus qui n'a pas produit que des réussites". Il a jugé que l'Europe ne peut pas "se payer le luxe" de dupliquer les programmes, citant l'existence au sein de l'UE de "cinq programmes de missiles sol-air, trois programmes d'avions de combat, six programmes de sous-marins d'attaque et plus d'une vingtaine de programmes de blindés ".
Ceci est tout à fait exact, mais suppose des coopérations en profondeur avec ceux des Etats européens qui ne comptent pas seulement sur les armements américains imposés à l'Otan pour assurer la défense de l'Europe. Si ces coopérations n'aboutissent pas rapidement, il ne se passera rien. L'exemple du 2e porte-avions français ou de l'utilisation pour la défense des informations du futur système Galiléo montre que jusqu'à présent la France n'a, ni réussi à entraîner la coopération de gouvernements importants pour la défense européenne comme ceux de l'Allemagne et de la Grande Bretagne, ni a défaut rien décidé pour son propre compte.
Il y a bien plus grave. Le silence de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire relance de l'Europe spatiale, qui est pourtant en discussion au sein des Etats-membres de l'Esa et de la Commission européenne, est particulièrement inquiétant. La France va-t-elle renoncer à son rôle traditionnel de chef de file dans ce domaine vital pour l'Europe?
L'Esa a signé avec Thales Alenia Space, le 18 juin au salon du Bourget, la commande de Sentinel 1, le premier de la série de satellites destinés au sein du futur réseau GMES à suivre les changements de l'environnement terrestre. Le coût en est de 229 millions d'euros et le lancement est prévu pour 2011. C'est bien mais les impatients diront que le déploiement du réseau GMES se fera bien tardivement et bien lentement, alors que l'urgence pour l'Europe d'obtenir des données fiables sur ce sujet hyper-sensible est plus grande que jamais.
Lors de ce même salon du Bourget, le directeur général de l'Esa, Jean-Jacques Dordain et l'Administrateur de la Nasa Michael Griffin ont signé un accord de coopération, impliquant également l'Agence spatiale canadienne, concernant le remplacement du téléscope orbital Hubble par le James Webb Space Telescope (JWST) qui devrait être lancé en 2013 et rester en fonctionnement au moins 5 ans. Ce télescope doté d'un miroir de 6,5 de diamètre (au lieu de 2,4 pour Hubble) sera équipé d'appareils permettant des observations nouvelles dans les différentes gammes. L'Esa en assurera le lancement avec une Ariane 5 ECA et fournira en coordination avec les instruments de la Nasa un spectrograph dit Near-Infrared spectrograph (NIRSpec). Un consortium associant d'autres européens et la Nasa équipera le télescope d'un Mid-Infrared Instrument (MIRI)
Dans un autre domaine l'accord Nasa - Esa prévoit que cette dernière concevra, développera et lancera à la même époque la mission Pathfinder dotée de l'équipement LISA (Laser Interferometer Space Antenna). La mission LISA Pathfinder est destinée à préparer la mission LISA conjointe entre l'Esa et la Nasa pour la recherche des ondes gravitationnelles.
Les membres du G8 n'ont pas voulu évoquer le manque de transparence des fonds d'investissement et des sociétés de capital-risque, moins encore leur prescrire des règles de conduite. La question n'est pas non plus posée officiellement au niveau des chefs d'Etats européens. Elle se pose par contre, de façon feutrée il est vrai, en grande Bretagne, pourtant Mecque du capitalisme financier. La British Private Equity and Venture Capital Association (BVCA), regroupant 170 membres, n'a pas reconduit la mission de son président Peter Linthwaite le 14 juin. La commission des finances de la Chambre des Communes n'avait pas été convaincue par les explications de la BVCA à qui elle reprochait la multiplication des OPA sauvages, des rachats et fusions à base d'endéttement, génératrice de fermetures d'entreprises et de licenciements. La BVCA a promis d'établir un code de bonne conduite volontaire. Ce pourrait être l'occasion pour les régulateurs européens de se saisir à nouveau de la question et de faire des propositions. Certains ne désespèrent pas d'intervenir dans un domaine bien représentatif des conflits entre capitalisme financier globalisé et intérêts économiques des entreprises européennes. Nous ne pourrions que soutenir une telle démarche. Elle nous parait indispensable à l'établissement d'un minimum de souveraineté politique en Europe.
Les ministres de la défense de l'Alliance atlantique, réunis jeudi 14 juin à Bruxelles, ont décidé d'approuver le projet américain de bouclier anti-missiles présenté comme devant protéger le flanc sud de l'Europe contre des attaques venant (notamment) du Moyen-Orient. Ils n'ont donc, contrairement à certaines réserves émises précédemment, formulé aucune critique sur l'installation de sites en Pologne et en République tchèque. Au contraire, ils ont décidé de lancer une étude envisageant la complémentarité de ce projet avec les propres études de l'OTAN concernant la défense antimissile de territoire. Ils ont annoncé cependant qu'ils envisagent favorablement, à l'instar des Etats-Unis, l'offre russe d'utiliser un radar en Azerbaïdjan.
On peut considérer qu'il s'agit là d'un important succès diplomatique américain, montrant bien l'influence qu'ils conservent sur les Européens, à travers l'Otan ou dans d'autres instances. Les Russes n'ont pas réagi mais ils ne peuvent que noter le peu de poids qu'ils pèsent actuellement dans les questions stratégiques intéressant l'Europe, face aux Américains.
Rappelons que cette question du bouclier anti-missiles américain reste encore du domaine du virtuel. Comme il a été dit, il s'agit de solutions qui n'existent pas au plan opérationnel, confrontées à un danger plus qu'hypothétique. Le projet a par contre l'avantage de ramener sous la baguette américaine certains membres de l'Otan qui pouvaient, telle la France, être tentés par l'idée d'une défense européenne
Les Etats-membres de l'Union doivent absolument abonder les budgets de recherche européens afin de faire financer les grands équipements de recherche jugés indispensables par la feuille de route (Road map) présentée par le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (ESFRI)
Beaucoup de chercheurs, relayés par les politiques, laissent entendre que les grandes infrastructures de recherche européenne sont des jouets ne faisant plaisir qu'à quelques spécialistes. C'est évidemment faux. Ces équipements sont des pôles de croissance et de compétitivité, capables de faire sensiblement avancer la recherche fondamentale comme les applications, en liaison avec les universités et entreprises qui se regroupent autour d'eux. Encore faut-il qu'ils soient conçus et gérés dans la perspective d'une coopération européenne en réseau. C'est là que le bât blesse souvent car les susceptibilités nationales sont fortes et le pays ayant obtenu, après des années de négociations avec ses homologues, une décision en sa faveur, tend à oublier que le projet est et doit rester européen.
Nous avions déjà indiqué dans cette revue que le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (ESFRI), émanation des Etats membres et de la Commission européenne, avait recensé les équipements jugés à divers titres utiles, sinon indispensables, à la recherche européenne. Il a présenté à Hambourg, du 5 au 7 juin, la « feuille de route » correspondante. Inspiré d'un exercice similaire conduit en 2003 par le département américain de l'énergie (DoE), ce document n'établit pas de priorités et n'a qu'une valeur consultative. Il serait indispensable cependant que les gouvernements et l'Union européenne le prennent en considération dans les prochaines années et assurent les financements correspondants.
Que trouve-t-on dans cette feuille de route ? Un brise-glace (360 millions d'euros), un réacteur de recherche sur les centrales nucléaires de quatrième génération (500 millions d'euros), un générateur source de neutrons (1 050 millions), un radiotélescope s'étendant sur 1 kilomètre carré (1 150 millions), un ensemble de supercalculateurs (400 millions), une base de données sur la santé, le vieillissement et la retraite en Europe (50 millions), un observatoire de la biodiversité (370 millions), un réseau pour la recherche clinique (36 millions) . Ces infrastructures de recherche figurent sur une liste de 35 grands équipements dont les experts estiment que l'Europe devrait se doter pour tenir son rang en matière de recherche scientifique.
La feuille de route porte encore la marque de la prépondérance de la physique dans les grands instruments. Lors de sa préparation, les physiciens avaient constitué dix groupes d'experts, les biologistes et les médecins trois seulement, les sciences humaines deux. Le prochain exercice devrait cependant s'élargir aux questions d'énergie, d'environnement et de capacités de calcul. Il est vrai que les biologistes ont du mal à comprendre la nécessité de s'allier dans une infrastructure. Même en médecine, les chercheurs devraient pourtant se coordonner autour de gros centres ayant une masse critique, reliés à une infrastructure distribuée, au contact des malades.
Selon le commissaire européen à la recherche, Janez Potocnik, ces 35 projets représentent 14 milliards d'euros. La Commission ne peut les prendre tous à sa charge. Dans les 54 milliards d'euros de son 7e programme-cadre pour la recherche et développement (2007-2013), seuls 1,7 milliard d'euros sont destinés aux infrastructures. Même si une partie des fonds structurels destinés aux nouveaux entrants devrait pouvoir être mise à profit, il faudra que les Etats membres se mobilisent fortement pour que la feuille de route ne reste pas un vain exercice.
L'exercice entrepris par l'ESFRI restera en effet académique si les budgets que les Etats acceptent de consacrer à la recherche par l'intermédiaire de la Commission ne sont pas sérieusement augmentés dès l'année prochaine. C'est tout l'enjeu, à peine évoqué en France lors des dernières élections, du rôle et des moyens de l'Europe dans le domaine scientifique et technologique. Il est malheureusement occulté par les débats portant sur le droit et les institutions.
Source Le Monde, 20 juin, p. 24. D'après les études convergentes de divers Instituts de recherche, le niveau des dépenses militaires mondiales a dépassé en 2006, avec 1.204 milliards de dollars, celui le plus élevé atteint durant la guerre froide. La progression a été de 37% depuis 10 ans. La somme atteinte correspond à 2,5% du PIB mondial soit 184 dollars par habitant. Les effectifs militaires et paramilitaires ont dépassé les 31 millions d'hommes.
Les principales dépenses se répartissent de la façon suivante: Etats-Unis 489 milliards (soit 47% du total mondial), Europe de l'Ouest 220, Europe de l'Est (incluant la Russie) 23; Proche Orient 63, Asie du Sud (incluant l'Inde) 25, Asie de l'Est, incluant la Chine et les Corées 120, Amérique du sud 21, Nations Unies 4. On considère que les dépenses russes, indiennes et chinoises sont sous-estimées de 50%. Dans l'état prévisible de l'évolution des relations internationales, la hausse des dépenses militaires, sans nouvelle guerre d'ampleur, se poursuivra. Les Européens seront peut-être surpris de l'importance de leurs budgets militaires, la France suivie de la Grande Bretagne tenant la tête.
Par comparaison, l'aide globale au développement est de 106 milliards. On sait également que plus d'1,5 milliards d'humains vivent avec un revenu annuel ne dépassant pas 350 dollars.
Source AFP: " Le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a salué le 20 juin un "changement d'orientation" de la France sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy à propos de la reconnaissance par l'Union européenne de son identité chrétienne. "Je vois que même la France est en train de changer d'orientation et de position" sur l'identité chrétienne de l'Europe, a déclaré le cardinal Bertone après avoir évoqué les récentes rencontres du nouveau président français avec ses homologues européens. "C'est une bonne chose, parce qu'une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son identité chrétienne", a-t-il ajouté ".
Rappelons que le précédent président français, Jacque Chirac, avait toujours refusé de voir évoquer les racines chrétiennes de l'Europe et moins encore son identité chrétienne. Une telle reconnaissance, comme l'idée précédemment évoquée visant à réformer la loi française de 1905, ne pourrait en effet qu'affaiblir le principe de laïcité et inciter les représentants d'autres religions présentes en Europe à réclamer à leur tour une reconnaissance. Mais nous semble-t-il, le président Sarkozy n'a rien encore dit officiellement qui puisse justifier la satisfaction du cardinal Bertone.
On peut mesurer la profondeur de l'atlantisme européen, y compris en France, quand on voit avec quel ensemble les "médias" condamnent la mise en garde de Poutine concernant les rétorsions possibles à l'implantation du système américain ABM en Europe orientale. Poutine est quasiment comparé à Staline et la Russie à l'ex-URSS. Personne ne rappelle, dans les mêmes médias tout au moins, que c'est Bush qui a repris les hostilités avec ce projet d'ABM que rien ne justifiait. Tout était fait par Washington, au contraire, avec la complicité des gouvernements polonais et tchèque, pour provoquer la Russie, l'amener à réagir et ramener dans l'ombre tutélaire des Etats-Unis les petits agneaux européens qui avaient eu le tort de penser pouvoir échapper à l'influence américaine. Certes, Poutine en profite pour tenter à son tour de diviser l'Europe, mais ce n'est quand même pas lui (comme disent les enfants) qui a commencé.
Bien évidemment, l'Europe est la première responsable de ce nouvel abaissement dans un rôle peu enviable d'otage. Les grands Etats européens auraient dû dès le début interdire à Bush de négocier séparément avec les PECO. Au delà de cela, voici longtemps qu'ils auraient dû s'entendre pour mettre en place une défense européenne autonome. Il n'est peut-être pas trop tard pour y repenser.

Sylvie Goulard, ancienne élève de l'ENA, dispose d'une expérience des questions européennes acquise aussi bien dans l'administration française que dans différents organismes européens. Elle a toujours oeuvré pour la construction européenne et écrit de nombreux articles et livres sur ce sujet.
Le Mouvement Européen, de son côté, a une longue histoire. Le Gaullisme historique n'avait pas toujours partagé sa vision de l'Europe, qu'il estimait trop marquée par l'atlantisme. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions, mais nous pensons que des dialogues s'imposent entre tous ceux qui veulent contribuer à renforcer la position de l'Union européenne dans le monde.
L'article dont nous proposons ici des extraits, avec nos commentaires, a été publié par Le Monde le 21 juin 2007, p. 20

Question
L'avion Rafale est encore un exemple de souveraineté mal placée. En voici la description sous wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Dassault_Rafale. Malheureusement, dans cet article, rien n'est dit sur la prouesse qui a conduit la France à se lancer seule dans cette aventure. Pour résumer, l'avion qui a coûté une fortune, et donc a lourdement handicapé le budget de l'armée française (rallonge des porte-avions et retard sur tous les autres programmes), s'avère une vieillerie dès sa mise en circulation et est invendable.
Réponse
de JP. Baquiast
Sur le Rafale et plus généralement les technologies françaises, je crois qu'il faut éviter les jugements sommaires, répandus par la concurrence anglo-saxonne et répétées de façon mécanique par les atlantistes européens. Sans être corrompu par Dassault, je crois que l'on peut rappeler ceci:
1. Question prix. 1.1. Le coût de développement de l'avion ne peut être comparé à aucun autre, car les constructeurs étrangers ne communiquent pas à ce sujet et surtout ne comptabilisent pas les aides directes et indirectes qu'ils reçoivent de leurs gouvernements. Il en est de même d'ailleurs pour l'aviation civile. 2.2. Le Rafale est plutôt économique à la vente. Selon Defense Aérospace.com, cité par Dedefensa.org, notre correspondant spécialiste de l'aéronautique, le Rafale s'impose aisément comme le moins coûteux avec le JAS 39 Gripen (l'avantage de l'avion français étant démultiplié par ses capacités et sa puissance très supérieures à celles de l'avion suédois), — $62,1 et $68,9 millions respectivement pour le Rafale et le Gripen. Le reste se situe dans une autre catégorie de prix, on dirait la “catégorie anglo-saxonne” et assimilée : des $78,4 millions du F/A-18E aux $177 millions du F-22 (avec en intermédiaire : $108,2 millions pour le F-15E, $115 millions pour le JSF et $118,2 millions pour l'Eurofighter Typhoon).
2. Question performances, le Rafale est versatile et léger, contrairement à l'Eurofighter et les américains tels le F.15 ou le F.A 22 Raptor qui sont de l'avis des aviateurs "clumsy". C'est un avion de ce genre qui s'impose dans les guerres de 4e génération. On sait que l'US Air Force s'est plainte de l'inadéquation de ses avions en Irak, suite à des plaintes de l'infanterie. Or il ne s'agit plus aujourd'hui de préparer une guerre contre les soviétiques.
3. Question disponibilité, le Rafale peut être fourni avec de courts délais, alors que l'avion mythique américain JSF F 35 promis à tous les alliés des Etats-Unis depuis 10 ans pour les décourager d'avoir une industrie aéronautique en propre est toujours en discussion de finalisation, avec un prix astronomiquement en hausse.
4. Mais pourquoi si le Rafale est à ce point merveilleux, personne ne l'achète? Parce que les pressions américaines (en faveur du F35 notamment) et anglaises (en faveur de l'Eurofighter où British Aerospace, BAE, a une part importante) jouent à plein. Quand je dis pression, c'est corruption à tout va. On a suivi, en s'en indignant ici, la façon dont le Département d'Etat a fait pression sur les Polonais pour les décourager d'acheter le Rafale. Vous n'ignorez pas non plus le scandale BAE / Yamama (http://www.dedefensa.org/article.php?). Tony Blair et l'establishment britannique y sont lourdement compromis. C'est grâce à cette corruption d'origine britannique (les Américaine s'étaient tenus à l'écart, malgre leurs liens avec BAE) que ceux des Saoudiens qui voulaient acheter des Rafales, comme Chirac le croyait naïvement, ont finalement renoncé.
5. Last but not least: La France est aujourd'hui la seule puissance au monde disposant encore d'une aéronautique militaire crédible (je ne mentionne pas la Russie ni la Suède ni le Brésil qui se situent à la marge). Les Américains ont réussi à décourager tous les autres pays. Or qui dit industrie aéronautique de défense crédible dit aussi industrie aéronautique et spatiale crédible. Voudrait-on tout abandonner aux concurrents?
J'ajoute que Pan Europe France participera sans doute l'automne prochain à une journée organisée en Belgique pour expliciter les arrières plans du Joint Stike Fighter F 35, la plus grande esbrouffe politico-industrialo-militaire de ces dernières années.
Édito
Édito
Grand dossier

IPv6 le nouvel Internet
L'Internet mondial est apparu aux Etats-Unis en 1969 et en Europe dans les années 1980. Il est basé sur une technologie fondamentale, permettant de transporter les informations. On la désigne par le terme d'IP ou Internet Protocol. Plusieurs versions se sont succédées. Aujourd'hui on travaille encore sur la version 4, ou IPv4. Celle-ci se caractérise par l' « adresse IP » permettant d'identifier chaque machine pour y accéder. Elle est aujourd'hui formée de 10 chiffres. Sa taille définit la capacité d'adressage, c'est-à-dire le nombre de machines ou d'équipements connectables au plan mondial.
La capacité d'adressage avait été prévue en 1983 pour environ 250 millions d'utilisateurs alors que ce nombre est passé aujourd'hui à 950 millions et ne cesse de grandir. Il y a donc rareté potentielle. De plus les Etats-Unis, s'appuyant sur leur position dominante dans les TIC, se sont réservé 56% des adresses, au détriment notamment des pays asiatiques dont la croissance Internet est pourtant exponentielle.
Devant la pénurie menaçante, les gestionnaires de l'Internet ont adopté plusieurs mesures pour étendre la capacité d'adressage au sein de l'IPv4. Mais ces mesures ne suffisent plus. Sur les prochaines cinquante prochaines années, la population mondiale passera de 6 à 9 milliards d'habitants, tandis que la croissance dans les pays émergents multipliera les besoins de connexion. Aujourd'hui, il faut définir un nouveau protocole respectant l'esprit égalitaire de l'Internet, mais permettant de supporter les interconnections entre PC, téléphonie mobile, applications domotiques, capteurs industriels, automobiles, et bientôt tous les objets quotidiens, dont la plupart seront robotisés et reliés en réseau. On désigne ce dernier phénomène du nom d'Internet des objets. Chaque objet, doté d'un émetteur-récepteur Internet (utilisant par exemple les puces RFID) pourra communiquer avec de nombreux autres de son environnement, pour améliorer le service rendu aux usagers.
Ces différents objets offriront des services à la fois diversifiés et convergents (enseignement, commerce électronique, jeux, santé, etc.). Ils devront être de plus souvent mobiles, offrir une grande qualité de service, assurer la sécurité et la protection des données des utilisateurs, y compris à l'encontre des attaques terroristes.
Pour ces diverses raisons, l'organisme mondial de standardisation de l'Internet, l'Internet Engineering Task Force, a développé un nouveau protocole dénommé en 1995 IPv6, ou version 6 de l'IP. Celui-ci est conçu pour répondre à l'expansion prévisible des besoins résumés ci-dessus. Il intègre les améliorations requises aujourd'hui en termes de sécurité, qualité de service, auto-configuration, etc. (L'auto-configuration n'oblige plus à paramétrer les machines en leur indiquant leur adresse IP. Celle-ci est construite automatiquement par l'appareil). Les connexions de bout en bout entre appelés et appelants pour tous types de transports d'images et de sons deviendront immédiatement possibles et les raccordements pourront être permanents - sauf interruptions volontaires pour raison de sécurité.
La recherche et le développement en Europe
Le développement mondial du réseau IPv6 et des applications l'utilisant exige un important effort de recherche, entrepris par les universités et les industriels. Parallèlement, l'introduction de l'IPv6 dans l'éducation oblige à des collaborations entre établissements d'enseignements et laboratoires. En France, ces efforts se sont développés autour du réseau RENATER, des grandes écoles, de diverses universités et de certains opérateurs dont France Telecom. Différents projets applicatifs ont été entrepris, dans la domotique, le commerce électronique, l'automobile, avec les industriels des secteurs concernés.
En Europe, la Commission européenne a créé en 2001 une Task-force IPv6 dans le cadre du plan « e-Europe ». Un budget d'environ 100 millions d'euros a été progressivement alloué pour soutenir des projets de recherche (6Net, Euro61X, Eurov6). On notera en particulier le réseau GEANT qui interconnecte les institutions de recherche européen et se connecte aux grands réseaux mondiaux.
Le retard européen par rapport au reste du monde
Cependant les spécialistes considèrent que les Européens ne se préparent pas suffisamment à l'arrivée du nouvel Internet et aux impacts qu'il aura nécessairement sur la fourniture d'équipements et services l'utilisant. La compétitivité déjà critique des industriels européens risque de s'effondrer face aux nouvelles offres, dont la plupart viendront d'Asie.
Les Etats-Unis, du fait de leur réserve actuelle d'adresses en IPv4, se sont surtout jusqu'à présent intéressés aux applications militaires qui implémenteront systématiquement l'IPv6, dans le cadre du « netcentric warfare ». Le Département de la Défense a prescrit dès 2003 que les réponses à ses appels d'offres garantissent le support par les nouveaux produits des protocoles IPv6. Les systèmes de communication militaire devront tous l'intégrer en 2008. Le Département du Commerce a lancé de son côté une enquête auprès des acteurs industriels pour préparer une politique industrielle gouvernementale en ce sens. A la suite de laquelle le 2 août 2005, l'OMB (Office of Management & Budget) de la Maison Blanche a rendu publique la décision de convertir, non plus les seuls réseaux militaires, mais TOUS les réseaux de l'administration américaine à IPv6 d'ici juin 2008. Quand on connaît l'impact de telles démarches sur l'industrie et les télécommunications mondiales, on mesure le retard que prendront ceux qui n'auront pas anticipé les nouveaux développements.
Le gouvernement chinois, mieux que tous autres, l'a compris. Il a décidé, en 2003, le lancement du programme CNGI (China Next Generation Internet) et la mise en place d'une Task force chinoise. En 2006 a été inauguré le plus grand réseau IPv6 du monde, basé sur les infrastructures de plusieurs opérateurs.
Le Japon, fidèle à sa tradition de grands plans stratégiques à l'initiative gouvernementale, a défini en 2000 une stratégie « e-Japan », avec la création d'une Task force japonaise, le grand programme de recherche WIDE (Widely Integrated Distributed Environment) et le soutien à des projets industriels pilotes, notamment en transport et domotique. Tous les réseaux ont reçu la consigne de migrer en IPv6 pour 2005 au plus tard. Ces objectifs sont en train d'être tenus, voire améliorés. Taïwan et la Corée du Sud suivent cet exemple. Pour les industriels et les gouvernements asiatiques, IPv6 constitue véritablement le grand enjeu du 21e siècle, à ne pas manquer.
On ajoutera que les grands industriels mondiaux précèdent ou relaient les gouvernements dans cette approche. C'est d'abord le cas des opérateurs de télécommunication (par exemple NTT au Japon), des équipementiers (CISCO, 6WIND, Nokia, Sony), des fabricants de logiciels et offreurs de service, en tête desquels on retrouve comme à l'habitude les américains Microsoft et IBM.
L'Afrique seule demeure encore à l'écart du mouvement, ce qui compromet son avenir dans la société de l'information.
Notre opinion
Nous estimons qu'en Europe et plus particulièrement en France, la prise de conscience du danger qui menace les opérateurs, les industriels et les utilisateurs européens n'est pas suffisante. Certes, comme on l'a vu ci-dessus, la Commission s'est alertée et certains laboratoires ont commencé à travailler. Mais ceci reste marginal par comparaison avec ce que font les superpuissances d'aujourd'hui et de demain. Ni les décideurs politiques ni le grand public ne savent encore à ce jour ce que signifie le concept d'IPv6 et les implications en termes de souveraineté politique, militaire et économique qu'il sous-tend. Rien n'est donc fait pour préparer les entreprises et les administrations aux investissements qui seraient nécessaires. Au mieux, on considère, comme on le fait à propos de tout ce qui concerne Internet, que le marché suffira à répondre aux besoins, que les Etats européens n'ont pas besoin de s'unir et que des actions concertées impliquant des ressources et des incitations publiques ne sont ni nécessaires ni utiles. Lorsque le réveil se fera, il sera trop tard.
On voit se renouveler les scénarios d'ignorance et d'abandon qui ont conduit les Européens à devenir des nains dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Ces mêmes scénarios, dans le domaine du spatial, conduisent actuellement aux difficultés du programme stratégique Galiléo, où les enjeux sont comparables.
Une première tâche s'impose donc à ceux qui en ont les moyens : alerter l'opinion et les gouvernements. Ceci suppose des articles, des séminaires, des interventions auprès des responsables. La Commission européenne prépare un nouveau colloque sur la question pour le printemps 2008. C'est une bonne initiative mais elle ne mobilisera que ceux déjà sensibilisés au problème. Des actions plus larges s'imposent, avec le relais des médias, notamment dans les Etats européens tels que la France où l'ignorance du problème semble actuellement maxima.
Pour en savoir plus
On trouve sur l'Internet de nombreux documents et forums sur la question, mais ils sont d'une part fréquemment en anglais et d'autre part souvent très techniques.On pourra consulter cependant les sites référencés dans les notes ci-dessous:
L'IPV6 forum (mondial)
La Task force française de l'IPV6 (sic: site mis à jour en février 2005 ! ! )
Le portail IPv6 européen
Le centre des technologies nouvelles de Caen qui a publié, notamment, un DVD sur la question sous la direction de Philippe Lequesne. Nous en recommandons l'acquisition
Sur l'Internet des objets, voir le rapport de l'Union Internationale des Télécommunications
Analyses
On sait que Nicolas Sarkozy et les Français se sont battus à Bruxelles pour tenter de limiter dans le texte du Traité européen l'emprise de la compétition et de la concurrence sans entraves. On a vu derrière cette démarche une préoccupation sociale que l'on s'est empressé de mettre en exergue. Ce n'est pas le plus important, tant s'en faut. La vérité est que la défense de certaines entreprises contre les attaques de la libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule mécanique du marché concerne en priorité non la protection sociale, mais la puissance de l'Europe. C'est la thèse de la protection des “champions économiques” ou celle de la défense des “technologies de souveraineté”, dont nous estimons qu'elles jouent un rôle fondamental, d'une part pour la défense des peuples en temps de crise, d'autre part pour l'identité des peuples en temps de crise —ceci, somme toute, équivalant à cela.
En même temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles venait d'être ou étaient publiées.
* D'une part, la déclaration dans le Financial Times du 19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d'une extraordinaire impudence si l'on se place du point de vue du bon sens, de la logique, de l'intelligence, de la dignité et de l'habileté politique ("Lockheed chief warns Europe"). Pas une de nos grandes voix européennes n'a réagi. Pourtant l'Américain nous dit qu'il n'est pas question que se développe une industrie européenne de l'armement indépendante et souveraine, que les Européens sont tout juste autorisés à se coordonner en fonction des règles et les exigences des USA. Cet avertissement vient du représentant de la soi-disant plus grande puissance de l'Histoire qui dépense $750 milliards par an pour sa défense, qui n'est pas capable de soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d'habitants et qui est même sur le point d'y recevoir une raclée mémorable, qui enfin n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le délai de production double et le prix quadruple par rapport aux prévisions de départ.
* D'autre part la confusion chez EADS, suite à des déclarations au Financial Times-Deutschland du 22 juin du co-Directeur Général, l'Allemand Tom Enders, atlantiste convaincu et fervent adepte des lois du marché. Ces déclarations portaient sur le fait que la direction d'EADS “examinait” l'état de ses avoirs, — s'en débarrasser ou pas, selon les intérêts du marché boursier et des orientations soi-disant stratégiques, — et, parmi eux, les parts (46%) d'EADS dans la société Dassault. Ces parts représentent la participation de l'Etat français dans cette société. La réaction française, par la voix de l'autre co-Directeur Général d'EADS, Louis Gallois, a été instantanée et très ferme. Enders a fait marche arrière, parce qu'en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans ses manœuvres européennes.
La logique boursière des autres “Européens”
La légèreté et le style “investisseur boursier” avec lesquels parle Enders concernant le sort de la part d'EADS dans Dassault sont stupéfiants. L'impression retirée est que ces gens n'ont aucune conscience politique de rien, qu'ils n'ont aucune véritable connaissance de ce que Dassault représente du point de vue industriel et technologique d'une part, du point de vue politique et stratégique de l'autre, ceci pour la France mais aussi pour l'Europe. C'est l'“esprit du marché” (marché libre, s'entend) complètement déchaîné, avec comme seule conscience et comme seule connaissance des choses et des êtres la valeur boursière à son niveau le plus primaire.
Etonné, ou semblant l'être, le même article du même journal rapportent ceci : « Dassault is an issue which the French government watches like a hawk,” said one person familiar with the company. “One wrong nuance in public statements can get you in trouble, regardless of how small the mistake may actually be.” Dassault is the sole supplier of combat aircraft to the French air force.»
La question n'est pas tant de débattre de la possibilité ou pas de cession de ces 46% de Dassault, que de considérer la différence d'état d'esprit qu'on met ici en évidence. Cette différence sépare fondamentalement la partie française et la partie allemande, aussi bien chez EADS que dans les élites politiques. L'état d'esprit français considère d'abord la valeur d'une chose en fonction de son rapport à la souveraineté et à l'indépendance. Ces concepts sont pratiquement inconnus du côté allemand. Il est évident qu'un rapport avec la société Dassault, qui est l'une des premières sociétés du monde en matière d'avions de combat et de systèmes électroniques, est nécessairement un rapport dont les références d'évaluation absolument prioritaires sont la souveraineté et l'indépendance.
Cet épisode rapporté par le FT doit évidemment être confronté aux deux autres éléments signalés plus haut : la volonté française que l'“esprit du marché” ne soit plus la règle absolue de la vie économique et politique de l'Europe d'une part, la volonté américaniste de réduire totalement l'industrie européenne d'armement à une position vassale de sous-traitance. Il n'est un secret pour personne que Dassault est, depuis des années sinon des décennies, dans la ligne de mire américaine. Un objectif prioritaire pour les USA consiste à détruire cette société ou tenter d'en prendre le contrôle. Or cette hypothèse qui semblait impensable (“en prendre le contrôle”) apparaît du domaine du possible dans l'esprit de certains à la lumière des déclarations incroyablement légères d'un Enders (avec l'accord de «many investors»).
Certes, la perspective même théorique d'une “prise de contrôle” de Dassault serait dans l'état actuel des choses ressentie par le gouvernement français comme un acte de guerre. Il l'interdirait, pourrait-on dire d'une façon imagée, si nécessaire par la force. Mais dans l'immédiat c'est la question de l'avenir de EADS qui est posée. Une bataille terrible est engagée qui n'a rien à voir avec la position financière de cette société et ses erreurs de gestion. Les Français sont ou seront conduits à admettre que le “mariage” avec les Allemands dans ce domaine stratégique est une erreur de première dimension. La coopération européenne et l'axe franco-allemand sont une bonne chose tant qu'on en excepte les vraies choses sérieuses que sont la souveraineté et l'indépendance.
Le sommet de Bruxelles a, bon gré mal gré, déplacé au centre de la réflexion et de la bataille politiques la question de la protection structurelle de ce qui fait la puissance européenne, — ou, mieux dit, de ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au sein de l'ensemble européen. Il est très probable que ce domaine va être, dans les prochains mois et les prochaines années un terrain de grand affrontement. Débarrassés d'une certaine façon, par la récente élection présidentielle, de leur complexe du “repli frileux” (pour cause de non-alignement sur la pensée unique européenne), les Français devraient se battre avec rage pour reprendre le contrôle des quelques attributs souverains qu'ils ont aventurés dans la “coopération européenne”, EADS compris.
Cette coopération pourra et devra se faire, mais sous strict contrôle des puissances nationales et armée d'un rideau de protection contre les attaques financières des forces extérieures tentant d'investir par l'argent ce qu'elles sont incapables de réduire par la seule qualité de leurs produits. Un « complexe de forteresse» ? Sans aucun doute, avec le mot “complexe” pris dans son sens d'organisation militaire. Le modèle à suivre à cet égard est, — employons l'expression pour une fois qu'elle est justifiée, — le “modèle américain”.
Le G8 qui s'est clôt le 8 juin à Heiligendamm a fait l'objet d'appréciations différentes dans la presse, selon qu'il s'agit des grands médias intronisés auprès des gouvernements (presse mainstram) ou de ceux plus libres de leurs propos. Quelques jours après l'évènement, que pouvons-nous pour notre part en retenir ? Nous parlerions volontiers d'un bilan globalement positif au regard de ce qui était à craindre, c'est-à-dire l'incapacité des grands de ce monde, que tout semblait opposer, a s'entendre sur quelques éléments sérieux. C'est la souveraineté européenne, paradoxalement, qui pourrait en bénéficier le plus.
Événements|
Le radar et le système Graves Défense - Sécurité
L'Europe, grâce à la France, accède à la surveillance des satellites et objets spatiaux en orbite basse au dessus de son territoire...le tout pour un coût "dérisoire" de 30 millions d'euros
Présentation de Graves par l'Onera |
Libres propos

Fiches de lecture
Il n'est que temps de renoncer à l'usage des pesticides chimiques, vendus et diffusés dans l'agriculture du monde entier par les multinationales de l'agro-alimentaire et du phytosanitaire, avec la complicité intéressée de nombreux scientifiques et représentants des administrations. De nouvelles "pratiques agricoles", caractérisant l'agriculture biologique, pourraient être substituées avantageusement aux "produits". Tel est le message de livre de Fabrice Nicolino et François Veillerette, présenté par leur dernier ouvrage, Pesticides.
Nous pensons pour notre part que cette question, aussi importante qu'elle soit, n'est pas à séparer de toutes celles nées du développement de la grande crise climatique et environnementale qui s'étend aujourd'hui sur le monde.
Le nouveau livre de Robert Toulemon, Aimer l'Europe, est un vibrant plaidoyer pour la reprise de la construction européenne, sur le modèle fédéral. Mais il n'insiste pas assez sur l'importance pour ce faire de grands programmes visant à la souveraineté technologique, seuls capables de donner aux Européens les moyens de s'affranchir de la domination américaine.
Robert Toulemon, ancien haut fonctionnaire européen de 1962 à 1972, ancien président de l'Association Jean-Monnet, a toujours été et demeure un défenseur actif de la construction européenne, y compris dans sa version la plus poussée, c'est-à-dire sur un modèle fédéral. Il a publié plusieurs livres dans cet esprit. Le dernier de ceux-ci, Aimer l'Europe, doit être lu avec attention, car c'est le témoignage d'un militant européen ayant parfaitement connu les défauts mais aussi les promesses des politiques visant à unifier l'Europe. Il dispose aussi d'un blog où nous retrouvons des éclairages et des points de vue qui ne peuvent que nous aider à mieux comprendre les enjeux de l'actualité européenne actuelle.
Le principal regret de Robert Toulemon est que l'Europe ne se soit jamais montrée capable de passer de l'union économique à l'union politique. Il considère que la France, qui avait à un moment presque toutes les cartes en mains, n'ait jamais voulu franchir le pas. Elle est donc en grande partie responsable de l'échec. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale. D'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.
Il rappelle l'histoire des positions gouvernementales françaises successives. Après le refus de la Communauté européenne de défense, en 1954, l'objectif d'une communauté politique est repoussé à plus tard. Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu'un "traité de commerce" et "surtout pas l'amorce d'une union politique". Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l'union monétaire sans l'union politique souhaitée par le chancelier Kohl. En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné les inconséquences françaises.
Nous pensons que Robert Toulemon, dans cette analyse du passé, sans avoir tort, aurait du rappeler quelques unes des raisons qui avaient poussé les gouvernements français, dans la suite du Gaullisme, à craindre la mise en place d'une Union sur le modèle fédéral. C'est que cette Union aurait été en fait téléguidée ou au moins instrumentalisée par les Etats-Unis, à travers les Etats européens qui pratiquement tous manifestaient un atlantisme sans faille. Il n'est pas certain qu'aujourd'hui encore, une telle Europe fédérale, si elle existait, comprenant des membres comme les nouveaux entrants dont l'atlantisme congénital s'ajoute à celui des atlantistes historiques, pourrait prendre ses distances vis-à-vis de Washington. La volonté française actuelle – à supposer qu'elle se concrétise - de défendre non seulement la souveraineté nationale mais aussi la souveraineté européenne, n'aurait pas pu naître.
Ceci dit, Robert Toulemon, en attendant que renaisse un jour le projet d'une Europe politique, souhaite que l'Union reprenne sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un motif d'espoir. Il expose les différentes raisons pour lesquelles nous devrions tous " aimer l'Europe", " pour ce qu'elle est ", " pour ce qu'elle peut devenir " et " pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité " en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial.
Il va plus loin, en suggérant un véritable programme de à l'intention des autorités de l'Union. Il propose, en particulier, des pistes pour retrouver par l'Europe croissance et emploi. Selon lui, la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, relève de "l'incantation", les attaques contre la Banque centrale européenne du "fantasme" et les appels à un gouvernement économique de "l'illusion". Rien ne sera possible, affirme-t-il, sans une forte volonté communautaire.
Soit, mais peut-être pourrions nous à notre tour suggérer que la volonté communautaire ne se fera pas à partir de prémisses affectives. Elle n'émergera qu'à l'occasion de ce que nous défendons ici, c'est-à-dire de grands programmes industriels et scientifiques mis au service de la souveraineté technologique et économique de l'Europe. Il n'est pas certain que de tels programmes puissent être envisagés, et moins encore acceptés, dans l'Europe à 27 encore soumise dans beaucoup de ses composantes à la tutelle américaine. Des actions en coopération renforcée, notamment au sein des membres de l'Eurogroupe, pourraient au contraire permettre de mettre sur la table des projets concrets dans lesquels les Européens pourraient enfin se reconnaître en tant qu'acteurs majeurs. Les programmes spatiaux (Galileo, GMES) ou plus simplement ceux intéressant les liaisons ferroviaires à grande vitesse entre les capitales en donnent l'exemple.
Aimer l'Europe de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 2007