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Le Mot du Président
Traité simplifié

Grâce à l'autorité habile de la Chancelière Angela Merkel et à l'entregent du Président Sarkozy , le Conseil Européen vient de tracer les orientations principales du futur traité européen.

En matière institutionnelle , il reprend l'essentiel du précédent traité constitutionnel rejeté par les Hollandais et les Français et il devrait permettre à l'Union européenne d'avoir à la fois plus de lisibilité dans sa gouvernance et plus d'efficacité démocratique.

 Après deux ans d'attente , dont les Français portaient une grande responsabilité , l' Europe amorce à nouveau sa marche en avant ... toujours autant freinée par les Anglais . En revanche , laissons le temps nous dégager des jumeaux de Varsovie, et nous verrons la Pologne reprendre sa place dans le peloton de tête  .  

Réjouissons-nous néanmoins.
 
Mais , comment ne pas être déçu de voir les gouvernements européens si frileux et méfiants pour construire l'Europe puissance, dont nous avons tant besoin dans tant de domaines et notamment :
 - pour assurer leur prospérité économique avec plus de justice sociale ,
 - pour se protéger face à l'insécurité du quotidien et aux dangers de l'extérieur ,
 - pour donner un souffle plus humain dans une humanité de compétitions , où la loi du plus fort et du plus riche est toujours " la meilleure " ,
 -  et pour nourrir l'esprit dans la diversité respectée des connaissances et des cultures .
 
Alors , le traité " simplifié " bien sûr,  nous le soutiendrons , mais attention,  Mesdames Messieurs , dirigeants de l'Union européenne , le mouvement du monde va beaucoup plus vite que vous . S'il vous plaît , rattrapons le !
 
                                                               

Alain Terrenoire, président de l'Union Paneuropéenne Internationale
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Faits d'actualité
Crise climatique et retour à de quasi-économies de guerre
Institutions - Economie - Environnement
A propos du rapport de la Commission européenne “Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"


Nous sommes de ceux qui pensent que les libéraux européens, prônant l'initiative privée comme remède unique aux maux qui menacent l'Europe, seront de moins en moins audibles. De même que ceux, souvent les mêmes, pour qui les entreprises américaines seront les seules à présenter des solutions acceptables. L'Europe devra pour survivre en revenir à des formes de gouvernance inspirées de ce que l'on appelait au siècle dernier des économies de guerre. Pour cela, elle ne pourra compter que sur ses seules ressources, notamment scientifiques et technologiques. Gouvernements et opinions doivent donc dès maintenant réfléchir aux politiques publiques qui s'imposeront à elle, que les libéraux le veuillent ou non.

Il est intéressant de voir que c'est du sein de la Commission européenne, pourtant à juste titre considérée comme soumise à l'idéologie libérale imposée par l'influence américaine, que viennent désormais les avertissements. Un rapport rédigé par des experts de la Commission, encore non rendu public (“Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"), présenté le 29 juin devant celle-ci, établit un plan d'action contre les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique. Il s'accompagne d'un catalogue de mesures de protection et de restructuration des diverses infrastructures économiques, sociales, urbaines, etc., à prendre pour faire face à des changements susceptibles d'être subits et chaotiques.

Plus précisément encore que les rapports précédents du GIEC, ce texte évoque la désertification des régions méditerranéennes, notamment au sud, la fonte des glaciers alpins et scandinaves, l'inondation des zones littorales, qui sont les plus riches et les plus peuplées. Il faudra déplacer et réimplanter les ports et la majorité des industries et des villes situées dans ces zones. Rien de ceci, qui coûtera des fortunes, ne pourra se faire sans des politiques publiques extrêmement contraignantes.

Le président Jose Manuel Barroso, après une tournée d'information au Groëland, est revenu convaincu de l'urgence de « faire quelque chose » . Va-t-il devenir le héraut de l'interventionnisme public et entraîner dans sa conviction nouvelle tous les groupes de pression libéraux qui sévissent à Bruxelles ? Où s'agit-il pour lui de se mettre de façon superficielle à l'unisson des voix qui aux Etats-Unis font de plus en plus pression pour que G.W. Bush prenne en compte la crise climatique face aux intérêts industriels ? Certains pensent que face à la remontée qu'il pressent des nationalismes, il veuille redonner à l'Europe une dimension fédératrice. S'il en était ainsi, nous ne nous en plaindrions pas. Nous reviendrons plus en détail sur cette question le mois prochain. 28/06/07

Jean-Paul Baquiast
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Politiques industrielles européennes
Défense - Recherche - Environnement
Et le spatial?
La communauté spatiale attendait du président de la République, dans son allocution au Bourget, une relance de la politique spatiale européenne. Son silence sur ce sujet, qui est pourtant en discussion au sein des Etats-membres de l'Esa et de la Commission européenne, est particulièrement inquiétant. La France va-t-elle renoncer à son rôle traditionnel de chef de file dans ce domaine vital pour l'Europe?

Nous attendions avec impatience le discours du président de la République à l'issue de sa visite du Salon du Bourget le 23 juin. Le bruit avait couru qu'il devait recommander une relance des ambitions spatiales de l'Europe. A la lecture des comptes-rendus des agences et faute de disposer encore sur le site de l'Elysée du texte complet du discours de Nicolas Sarkozy, il faut bien reconnaître que cela n'a pas été le cas.

Le président a certes prononcé des phrases que nous ne pouvons qu'approuver, concernant la politique industrielle de l'Europe. On sait qu'il avait la veille demandé le retrait de la concurrence "libre et non faussée" des impératifs du nouveau traité européen. Au Bourget, il a (source AFP) " souligné que la politique de la concurrence devait s'inscrire dans la perspective d'une politique industrielle européenne, en récusant "une approche idéologique qui fait de la concurrence une fin en soi". Il a réclamé la réciprocité "aux Etats-Unis et à la Chine en matière d'accès au marché". "La naïveté c'est fini, la réciprocité ça commence, a-t-il dit à l'intention de ces deux pays. "Vous voulez que nous ouvrions nos marchés, nous les ouvrirons à la minute où vous les ouvrirez" et "nous déferons nos barrières tarifaires à la minute où vous abaisserez les vôtres". "Nous devons mener une politique industrielle avec la même liberté d'interprétation que celle que s'accordent nos amis américains, chinois, indiens ou brésiliens", a-t-il fait valoir."

Mais dans quelles directions mener une politique industrielle, aussi bien au plan européen que français ? Nicolas Sarkozy a évoqué Airbus, en annonçant que le sommet franco-allemand prévu avec la chancelière Angela Merkel chez Airbus à Toulouse aurait lieu le 16 juillet et en invitant les actionnaires d'EADS, Daimler-Chrysler et Lagardère, à une réunion de travail à cette occasion.

Par contre, sur la défense, il a paru en retrait. Il a demandé (source AFP) une " remise à plat" des programmes militaires français, y compris ceux déjà engagés, avant la prochaine loi de programmation militaire qui débute après 2008 dont il a critiqué le processus d'élaboration. "On n'est pas obligés de reprendre un processus qui n'a pas produit que des réussites". Il a jugé que l'Europe ne peut pas "se payer le luxe" de dupliquer les programmes, citant l'existence au sein de l'UE de "cinq programmes de missiles sol-air, trois programmes d'avions de combat, six programmes de sous-marins d'attaque et plus d'une vingtaine de programmes de blindés ".

Ceci est tout à fait exact, mais suppose des coopérations en profondeur avec ceux des Etats européens qui ne comptent pas seulement sur les armements américains imposés à l'Otan pour assurer la défense de l'Europe. Si ces coopérations n'aboutissent pas rapidement, il ne se passera rien. L'exemple du 2e porte-avions français ou de l'utilisation pour la défense des informations du futur système Galiléo montre que jusqu'à présent la France n'a, ni réussi à entraîner la coopération de gouvernements importants pour la défense européenne comme ceux de l'Allemagne et de la Grande Bretagne, ni a défaut rien décidé pour son propre compte.

Il y a bien plus grave. Le silence de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire relance de l'Europe spatiale, qui est pourtant en discussion au sein des Etats-membres de l'Esa et de la Commission européenne, est particulièrement inquiétant. La France va-t-elle renoncer à son rôle traditionnel de chef de file dans ce domaine vital pour l'Europe?

Jean-Paul Baquiast
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Nouvelles de l'Agence spatiale européenne
Recherche - Environnement
Signatures importantes pour l'Esa au salon du Bourget

L'Esa a signé avec Thales Alenia Space, le 18 juin au salon du Bourget, la commande de Sentinel 1, le premier de la série de satellites destinés au sein du futur réseau GMES à suivre les changements de l'environnement terrestre. Le coût en est de 229 millions d'euros et le lancement est prévu pour 2011. C'est bien mais les impatients diront que le déploiement du réseau GMES se fera bien tardivement et bien lentement, alors que l'urgence pour l'Europe d'obtenir des données fiables sur ce sujet hyper-sensible est plus grande que jamais.

Lors de ce même salon du Bourget, le directeur général de l'Esa, Jean-Jacques Dordain et l'Administrateur de la Nasa Michael Griffin ont signé un accord de coopération, impliquant également l'Agence spatiale canadienne, concernant le remplacement du téléscope orbital Hubble par le James Webb Space Telescope (JWST) qui devrait être lancé en 2013 et rester en fonctionnement au moins 5 ans. Ce télescope doté d'un miroir de 6,5 de diamètre (au lieu de 2,4 pour Hubble) sera équipé d'appareils permettant des observations nouvelles dans les différentes gammes. L'Esa en assurera le lancement avec une Ariane 5 ECA et fournira en coordination avec les instruments de la Nasa un spectrograph dit Near-Infrared spectrograph (NIRSpec). Un consortium associant d'autres européens et la Nasa équipera le télescope d'un Mid-Infrared Instrument (MIRI)

Dans un autre domaine l'accord Nasa - Esa prévoit que cette dernière concevra, développera et lancera à la même époque la mission Pathfinder dotée de l'équipement LISA (Laser Interferometer Space Antenna). La mission LISA Pathfinder est destinée à préparer la mission LISA conjointe entre l'Esa et la Nasa pour la recherche des ondes gravitationnelles.

JPB
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Les fonds d'investissement sur la sellette
Economie
Le manque de transparence des fonds d'investissement pose problème, même en Grande Bretagne. Qu'attend l'Europe pour ouvrir le dossier?


Les membres du G8 n'ont pas voulu évoquer le manque de transparence des fonds d'investissement et des sociétés de capital-risque, moins encore leur prescrire des règles de conduite. La question n'est pas non plus posée officiellement au niveau des chefs d'Etats européens. Elle se pose par contre, de façon feutrée il est vrai, en grande Bretagne, pourtant Mecque du capitalisme financier. La British Private Equity and Venture Capital Association (BVCA), regroupant 170 membres,  n'a pas reconduit la mission de son président Peter Linthwaite le 14 juin. La commission des finances de la Chambre des Communes n'avait pas été convaincue par les explications de la BVCA à qui elle reprochait la multiplication des OPA sauvages, des rachats et fusions à base d'endéttement, génératrice de fermetures d'entreprises et de licenciements. La BVCA a promis d'établir un code de bonne conduite volontaire. Ce pourrait être l'occasion pour les régulateurs européens de se saisir à nouveau de la question et de faire des propositions. Certains  ne désespèrent pas d'intervenir  dans un domaine bien représentatif des conflits entre capitalisme financier globalisé et intérêts économiques des entreprises européennes. Nous ne pourrions que soutenir une telle démarche. Elle nous parait indispensable à l'établissement d'un minimum de souveraineté politique en Europe.

JPB
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L'Otan approuve le bouclier antimissile américain
Institutions - Défense
Les ministres de la défense de l'Otan, réunis le14 juin à Bruxelles, ont décidé d'approuver le projet américain de bouclier anti-missiles. Ils n'ont donc, contrairement à certaines réserves émises précédemment, formulé aucune critique sur l'installation de sites en Pologne et en République tchèque. Il s'agit d'un important succès diplomatique américain, montrant l'influence que les Etats-Unis conservent sur la diplomatie européenne.


Les ministres de la défense de l'Alliance atlantique, réunis jeudi 14 juin à Bruxelles, ont décidé d'approuver  le projet américain de bouclier anti-missiles présenté comme devant  protéger le flanc sud de l'Europe contre des attaques venant (notamment) du Moyen-Orient. Ils n'ont donc, contrairement à certaines réserves émises précédemment, formulé aucune critique sur l'installation de sites en Pologne et en République tchèque. Au contraire, ils ont décidé de lancer une étude envisageant  la complémentarité de ce projet avec les propres études de l'OTAN concernant la défense antimissile de territoire. Ils ont annoncé cependant qu'ils envisagent favorablement, à l'instar des Etats-Unis, l'offre russe d'utiliser un radar en Azerbaïdjan.

On peut considérer qu'il s'agit là d'un important succès diplomatique américain, montrant bien l'influence qu'ils conservent sur les Européens, à travers l'Otan ou dans d'autres instances. Les Russes n'ont pas réagi mais ils ne peuvent que noter le peu de poids  qu'ils pèsent actuellement dans les questions stratégiques intéressant l'Europe, face aux Américains.

Rappelons que cette question du bouclier anti-missiles américain reste encore du domaine du virtuel. Comme il a été dit, il s'agit de solutions qui  n'existent pas au plan opérationnel, confrontées à un danger plus qu'hypothétique. Le projet a par contre l'avantage de ramener sous la baguette américaine certains membres de l'Otan qui pouvaient, telle la France, être tentés par l'idée d'une défense européenne


JPB
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Le financement des grandes infrastructures de recherche européenne
Institutions - Recherche
Les Etats-membres de l'Union doivent absolument abonder les budgets de recherche européens afin de faire financer les grands équipements de recherche jugés indispensables par la feuille de route (Road map) présentée par le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (ESFRI)

Beaucoup de chercheurs, relayés par les politiques, laissent entendre que les grandes infrastructures de recherche européenne sont des jouets ne faisant plaisir qu'à quelques spécialistes. C'est évidemment faux. Ces équipements sont des pôles de croissance et de compétitivité, capables de faire sensiblement avancer la recherche fondamentale comme les applications, en liaison avec les universités et entreprises qui se regroupent autour d'eux. Encore faut-il qu'ils soient conçus et gérés dans la perspective d'une coopération européenne en réseau. C'est là que le bât blesse souvent  car les susceptibilités nationales sont fortes et le pays ayant obtenu, après des années de négociations avec ses homologues, une décision en sa faveur, tend à oublier que le projet est et doit rester européen.

Nous avions déjà indiqué dans cette revue que le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (ESFRI), émanation des Etats membres et de la Commission européenne, avait recensé les équipements jugés à divers titres utiles, sinon indispensables, à la recherche européenne. Il a présenté à Hambourg, du 5 au 7 juin, la « feuille de route »  correspondante.  Inspiré d'un exercice similaire conduit en 2003 par le département américain de l'énergie (DoE), ce document n'établit pas de priorités et n'a qu'une valeur consultative. Il serait indispensable cependant que les gouvernements et l'Union européenne le prennent en considération dans les prochaines années et assurent les financements correspondants.

Que trouve-t-on dans cette feuille de route ? Un brise-glace (360 millions d'euros), un réacteur de recherche sur les centrales nucléaires de quatrième génération (500 millions d'euros), un générateur source de neutrons (1 050 millions), un radiotélescope s'étendant sur 1 kilomètre carré (1 150 millions), un ensemble de supercalculateurs (400 millions), une base de données sur la santé, le vieillissement et la retraite en Europe (50 millions), un observatoire de la biodiversité (370 millions), un réseau pour la recherche clinique (36 millions) . Ces infrastructures de recherche figurent sur une liste de 35 grands équipements dont les experts estiment que l'Europe devrait se doter pour tenir son rang en matière de recherche scientifique.

La feuille de route porte encore la marque de la prépondérance de la physique dans les grands instruments. Lors de sa préparation, les physiciens avaient constitué dix groupes d'experts, les biologistes et les médecins trois seulement, les sciences humaines deux. Le prochain exercice devrait cependant s'élargir aux questions d'énergie, d'environnement et de capacités de calcul. Il est vrai que les biologistes ont du mal à comprendre la nécessité de s'allier dans une infrastructure. Même en médecine,  les chercheurs devraient pourtant se coordonner autour de gros centres ayant une masse critique, reliés à une infrastructure distribuée, au contact des malades.

Selon le commissaire européen à la recherche, Janez Potocnik,  ces 35 projets représentent 14 milliards d'euros.  La  Commission ne peut les prendre tous  à sa charge. Dans les 54 milliards d'euros de son 7e programme-cadre pour la recherche et développement (2007-2013), seuls 1,7 milliard d'euros sont destinés aux infrastructures. Même si une partie des fonds structurels destinés aux nouveaux entrants devrait pouvoir être mise à profit, il faudra que les Etats membres se mobilisent fortement pour que la feuille de route ne reste pas un vain exercice.

L'exercice entrepris par l'ESFRI restera en effet académique si les budgets que les Etats acceptent de consacrer à la recherche par l'intermédiaire de la Commission ne sont pas sérieusement augmentés dès l'année prochaine.  C'est tout l'enjeu, à peine évoqué en France lors des dernières élections, du rôle et des moyens de l'Europe dans le domaine scientifique et technologique. Il est malheureusement occulté par les débats portant sur le droit et les institutions.



Jean-Paul Baquiast
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Evolution des dépenses militaires mondiales
International - Défense
Les dépenses militaires mondiales ont atteint en 2006 leur niveau le plus élevé depuis la guerre froide. Les Etats-Unis sont responsables de 47% du total

Source Le Monde, 20 juin, p. 24. D'après les études convergentes de divers Instituts de recherche, le niveau des dépenses militaires mondiales a dépassé en 2006, avec 1.204 milliards de dollars, celui le plus élevé atteint durant la guerre froide. La progression a été de 37% depuis 10 ans. La somme atteinte correspond à 2,5% du PIB mondial soit 184 dollars par habitant. Les effectifs militaires et paramilitaires ont dépassé les 31 millions d'hommes.

Les principales dépenses se répartissent de la façon suivante: Etats-Unis 489 milliards (soit 47% du total mondial), Europe de l'Ouest 220, Europe de l'Est (incluant la Russie) 23; Proche Orient 63, Asie du Sud (incluant l'Inde) 25, Asie de l'Est, incluant la Chine et les Corées 120, Amérique du sud 21, Nations Unies 4. On considère que les dépenses russes, indiennes et chinoises sont sous-estimées de 50%. Dans l'état prévisible de l'évolution des relations internationales, la hausse des dépenses militaires, sans nouvelle guerre d'ampleur, se poursuivra. Les Européens seront peut-être surpris de l'importance de leurs budgets militaires, la France suivie de la Grande Bretagne tenant la tête.

Par comparaison, l'aide globale au développement est de 106 milliards. On sait également que plus d'1,5 milliards d'humains vivent avec un revenu annuel ne dépassant pas 350 dollars.

JPB
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L'identité chrétienne de l'Europe
Institutions - Culture
Va-t-on reconnaïtre l'identité chrétienne de l'Europe?

Source AFP: " Le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a salué le 20 juin  un "changement d'orientation" de la France sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy à propos de la reconnaissance par l'Union européenne de son identité chrétienne. "Je vois que même la France est en train de changer d'orientation et de position" sur l'identité chrétienne de l'Europe, a déclaré le cardinal Bertone après avoir évoqué les récentes rencontres du nouveau président français avec ses homologues européens. "C'est une bonne chose, parce qu'une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son identité chrétienne", a-t-il ajouté ".

Rappelons que le précédent président français, Jacque Chirac, avait toujours refusé de voir évoquer les racines chrétiennes de l'Europe et moins encore son identité chrétienne. Une telle reconnaissance, comme l'idée précédemment évoquée visant à réformer la loi française de 1905, ne pourrait en effet qu'affaiblir le principe de laïcité et inciter les représentants d'autres religions présentes en Europe à réclamer à leur tour une reconnaissance. Mais nous semble-t-il, le président Sarkozy n'a rien encore dit officiellement qui puisse justifier la satisfaction  du cardinal Bertone.

JPB
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Bush, Poutine et l'Europe
International
Crise des ABM. L'Europe, du fait de son inexistance diplomatique et militaire, sert une nouvelle fois d'otage dans les conflits d'intérêts entre Bush et Poutine.


On peut mesurer la profondeur de l'atlantisme européen, y compris en France, quand on voit avec quel ensemble les "médias" condamnent la mise en garde de Poutine concernant les rétorsions possibles à l'implantation du système américain ABM en Europe orientale. Poutine est quasiment comparé à Staline et la Russie à l'ex-URSS. Personne ne rappelle, dans les mêmes médias tout au moins, que c'est Bush qui a repris les hostilités avec ce projet d'ABM que rien ne justifiait. Tout était fait par Washington, au contraire, avec la complicité des gouvernements polonais et tchèque, pour provoquer la Russie, l'amener à réagir et ramener dans l'ombre tutélaire des Etats-Unis les petits agneaux européens qui avaient eu le tort de penser pouvoir échapper à l'influence américaine. Certes, Poutine en profite pour tenter à son tour de diviser l'Europe, mais ce n'est quand même pas lui (comme disent les enfants) qui a commencé.

Bien évidemment, l'Europe est la première responsable de ce nouvel abaissement dans un rôle peu enviable d'otage. Les grands Etats européens auraient dû dès le début interdire à Bush de négocier séparément avec les PECO. Au delà de cela, voici longtemps qu'ils auraient dû s'entendre pour mettre en place une défense européenne autonome. Il n'est peut-être pas trop tard pour y repenser.

Jean-Paul Baquiast
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L'invité du mois
Un article de Sylvie Goulard: Sortir l'Union de l'engourdissement
Institutions - International
Présentation et commentaires
Sylvie Goulard, ancienne élève de l'ENA, dispose d'une expérience des questions européennes acquise aussi bien dans l'administration française que dans différents organismes européens. Elle a toujours oeuvré pour la construction européenne et écrit de nombreux articles et livres sur ce sujet. Le Mouvement Européen, de son côté, a une longue histoire. Le Gaullisme historique n'avait pas toujours partagé sa vision de l'Europe, qu'il estimait trop marquée par l'atlantisme. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions, mais nous pensons que des dialogues s'imposent entre tous ceux qui veulent contribuer à renforcer la position de l'Union européenne dans le monde. L'article dont nous proposons ici des extraits, avec nos commentaires, a été publié par Le Monde le 21 juin 2007, p. 20

Sortir l'Europe de l'engourdissement

SG: « Il est heureux que les gouvernements prennent leurs responsabilités pour sortir l'Union européenne de l'impasse créée par le rejet du traité constitutionnel. L'engourdissement n'a que trop duré. Pendant ce temps, le monde change à vive allure, les pays émergents poursuivent leur rattrapage. Dans ce contexte difficile, la détermination de la présidence allemande force notre admiration. Mais il y aurait un paradoxe à considérer le recours à une conférence intergouvernementale comme la panacée.

Le Traité constitutionnel avait été rédigé par une Convention majoritairement composée d'élus (députés nationaux, sénateurs, députés européens), travaillant en bonne intelligence avec la Commission européenne et les gouvernements nationaux. Siégeant en public, la Convention avait procédé à de nombreuses consultations d'experts et d'associations. Ses travaux étaient accessibles sur Internet. Sans être parfaite, cette procédure avait permis d'ouvrir le débat. Plusieurs sujets bloqués depuis des années par une minorité d'Etats, l'octroi de la personnalité juridique à l'Union par exemple, trouvèrent ainsi une solution.

Confiner la discussion entre gouvernements favorise les surenchères et rend aléatoire l'adoption de solutions conformes à l'intérêt commun....».

Sylvie Goulard met l'accent sur un aspect essentiel du projet de Traité constitutionnel européen, qui n'échappe pas à ceux qui comme nous avait voté pour son adoption, le caractère relativement démocratique des conditions dans lesquelles il a été rédigé. Tenir tout ce travail pour nul et non avenu serait une insulte aux démocrates européens, comme l'a rappelé récemment le président Giscard d'Estaing. Ceci dit, les négociations en cours entre gouvernements ont l'avantage de permettre la reprise d'un processus de construction institutionnelle. Il ne faut pas y renoncer. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'elles ne visent pas encore à faire rapidement de l'Union européenne une puissance à la fois indépendante, souveraine et solidaire telle que nous la voudrions. 

SG : « Un traité institutionnel est utile, mais il ne suffira pas à répondre aux attentes. D'autres chantiers européens sont à ouvrir, non pas dans le huis clos de la diplomatie mais au grand jour. Tel est le paradoxe suprême des discussions en cours : même si un accord est trouvé le 21 juin sur les institutions, la plus importante des réformes restera à mener, celle consistant à redéfinir le pacte de solidarité qui nous lie, à redonner du sens à l'Union.

Le marché, quoique bien avancé, est inachevé ; les entreprises le déplorent. Le non français n'a pas entraîné les inflexions sociales que certains faisaient miroiter aux électeurs ; il a plutôt profité à ceux qui n'en veulent à aucun prix. La question de l'équilibre entre la liberté et la régulation reste donc ouverte. Elle ne sera sûrement pas tranchée de manière satisfaisante au niveau des seuls gouvernements. Elle est bien trop sérieuse pour être laissée à des gouvernants prompts, comme on l'a déjà vu, à se dérober à leurs obligations communautaires, qu'il s'agisse des réformes structurelles de la stratégie de Lisbonne ou du pacte de stabilité et de croissance.

Enfin, les défis primordiaux que nos pays doivent affronter sont d'ordre global : ils touchent au changement climatique, aux conflits géopolitiques pour la maîtrise de l'énergie, à la prolifération nucléaire, à la montée des intégrismes ou encore au maintien de notre compétitivité dans un monde ouvert. Tous ces défis, sans exception, obligent l'Europe à serrer les rangs, des responsables politiques aux plus humbles citoyens ».

On doit déplorer en effet qu'aucun gouvernement national n'aborde les grandes questions énumérées par Sylvie Goulart. En France, on a constaté lors des dernières campagnes électorales qu'elles n'avaient pas été sérieusement présentées. On peut discuter des priorités qu'il convient de donner à la démarche commune qu'il faudra bien reprendre. Pour notre part, nous ne voyons pas l'intérêt dans l'immédiat d'ouvrir encore plus le "marché européen", déjà bien trop ouvert à des concurrents ne se référant pas au libéralisme pour ce qui les concerne. Nous proposons plutôt, face aux défis énumérés par Sylvie Goulard, de grands programmes scientifiques et technologiques, développés dans le cadre de coopérations renforcées. De tels programmes, pour aboutir dans un monde où les superpuissances s'affrontent avec tous les instruments de la souveraineté régalienne, supposent de doter l'Union européenne ou, à défaut, les unions d'Etats qui s'y engageront, des instruments de régulation qu'ils ont abandonnés sous la pression de la doxa libérale. Nous évoquons aussi, bien entendu, les exigences d'une défense véritablement européenne.

SG « La société ne doit donc pas être la grande oubliée des échéances à venir. Pour que l'Europe vive, pour que la réforme soit un succès, la mobilisation des élus européens et nationaux, de la Commission, des entreprises, des syndicats, du monde associatif, de chacun d'entre nous est indispensable. Tel est l'esprit de rassemblement dans lequel le Mouvement européen France entend travailler. Le besoin de pédagogie, la soif de débats sont intacts.
Le comble du paradoxe serait atteint si les gouvernements voyaient au bout du compte leurs pouvoirs renforcés ! La Convention était née pour tirer les conséquences de leur impuissance dans les années 1997-2000. L'échec du traité découle largement de leur volonté d'organiser les ratifications sans calendrier concerté, sans esprit commun.
Enfin, certains pratiquent le populisme au lieu de préparer l'avenir. L'intérêt des Européens, par-delà les frontières, est de s'accorder face aux défis du monde. Souvenons-nous du mot d'ordre de Monnet : "Nous ne coalisons pas les Etats, nous unissons les hommes." ».

Il est indiscutable que les changements profonds qu'imposeront aux sociétés européennes les défis de ce siècle – face auxquels il n'est pas exagéré de dire que si elles ne réagissent pas elles pourront disparaître - supposent la mobilisation des sociétés européennes dans leurs profondeurs. Mobilisation veut largement dire en ce cas auto-mobilisation, grâce à l'activité d'un nombre aussi grand que possible d'associations et de mouvements aussi diversifiés que possible.

Mais, répétons-le, nous ne pensons pas qu'il faille se battre pour le non-renforcement, voire la diminution, des pouvoirs des gouvernements (ou plus exactement des Etats). Une Europe souveraine et puissante ne se construira pas avec des Etats débiles. En France, la tradition a toujours associé l'Etat, ses administrations et ses services publics aux grands programmes et aux grands changements. Il n'y a pas de raison que ce modèle ne puisse être adapté aux besoins européens. C'est sans doute la définition de ce que serait une Europe forte fédérant des Etats forts (pour ne pas parler d'Etats-Nations), plutôt qu'une Europe fédérale sur le modèle américain et sous l'influence des Etats-Unis (comme il faut bien le reconnaître l'avait toujours envisagée Jean Monnet), qui devrait devenir la priorité de ceux qui s'intéressent à l'avenir de l'Europe.
Jean-Paul Baquiast
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Réactions des lecteurs
Sur la souveraineté technologique
Le cas du Rafale

Question
L'avion Rafale est encore un exemple de souveraineté mal placée. En voici la description sous wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Dassault_Rafale.  Malheureusement, dans cet article, rien n'est dit sur la prouesse qui a conduit la France à se lancer seule dans cette aventure. Pour résumer, l'avion qui a coûté une fortune, et donc a lourdement handicapé le budget de l'armée française (rallonge des porte-avions et retard sur tous les autres programmes), s'avère une vieillerie dès sa mise en circulation et est invendable.

Réponse
de JP. Baquiast

Sur le Rafale et plus généralement les technologies françaises, je crois qu'il faut éviter les jugements sommaires, répandus par la concurrence anglo-saxonne et répétées de façon mécanique par les atlantistes européens. Sans être corrompu par Dassault, je crois que l'on peut rappeler ceci:

1. Question prix. 1.1. Le coût de développement de l'avion ne peut être comparé à aucun autre, car les constructeurs étrangers ne communiquent pas à ce sujet et surtout ne comptabilisent pas les aides directes et indirectes qu'ils reçoivent de leurs gouvernements. Il en est de même d'ailleurs pour l'aviation civile. 2.2. Le Rafale est plutôt économique à la vente. Selon Defense Aérospace.com, cité par Dedefensa.org, notre correspondant spécialiste de l'aéronautique, le Rafale s'impose aisément comme le moins coûteux avec le JAS 39 Gripen (l'avantage de l'avion français étant démultiplié par ses capacités et sa puissance très supérieures à celles de l'avion suédois), — $62,1 et $68,9 millions respectivement pour le Rafale et le Gripen. Le reste se situe dans une autre catégorie de prix, on dirait la “catégorie anglo-saxonne” et assimilée : des $78,4 millions du F/A-18E aux $177 millions du F-22 (avec en intermédiaire : $108,2 millions pour le F-15E, $115 millions pour le JSF et $118,2 millions pour l'Eurofighter Typhoon).
2. Question performances, le Rafale est versatile et léger, contrairement à l'Eurofighter et les américains tels le F.15 ou le F.A 22 Raptor qui sont de l'avis des aviateurs "clumsy". C'est un avion de ce genre qui s'impose dans les guerres de 4e génération. On sait que l'US Air Force s'est plainte de l'inadéquation de ses avions en Irak, suite à des plaintes de l'infanterie. Or il ne s'agit plus aujourd'hui de préparer une guerre contre les soviétiques.
3. Question disponibilité, le Rafale peut être fourni avec de courts délais, alors que l'avion mythique américain JSF F 35 promis à tous les alliés des Etats-Unis depuis 10 ans pour les décourager d'avoir une industrie aéronautique en propre est toujours en discussion de finalisation, avec un prix astronomiquement en hausse.
4. Mais pourquoi si le Rafale est à ce point merveilleux, personne ne l'achète? Parce que les pressions américaines (en faveur du F35 notamment) et anglaises (en faveur de l'Eurofighter où British Aerospace, BAE, a une part importante) jouent à plein. Quand je dis pression, c'est corruption à tout va. On a suivi, en s'en indignant ici, la façon dont le Département d'Etat a fait pression sur les Polonais pour les décourager d'acheter le Rafale. Vous n'ignorez pas non plus le scandale BAE / Yamama (http://www.dedefensa.org/article.php?). Tony Blair et l'establishment britannique y sont lourdement compromis. C'est grâce à cette corruption d'origine britannique (les Américaine s'étaient tenus à l'écart, malgre leurs liens avec BAE) que ceux des Saoudiens qui voulaient acheter des Rafales, comme Chirac le croyait naïvement, ont finalement renoncé.
5. Last but not least: La France est aujourd'hui la seule puissance au monde disposant encore d'une aéronautique militaire crédible (je ne mentionne pas la Russie ni la Suède ni le Brésil qui se situent à la marge). Les Américains ont réussi à décourager tous les autres pays. Or qui dit industrie aéronautique de défense crédible dit aussi industrie aéronautique et spatiale crédible. Voudrait-on tout abandonner aux concurrents?

J'ajoute que Pan Europe France  participera sans doute  l'automne prochain à une journée organisée en Belgique pour expliciter les arrières plans du Joint Stike Fighter F 35, la plus grande esbrouffe politico-industrialo-militaire de ces dernières années.


JPB
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Édito
Accord a minima sur les institutions
Institutions - Recherche - Environnement
Et maintenant, que fait-on pour renforcer l'Europe ?
L'accord obtenu à Bruxelles sur le plan des institutions doit se prolonger par des initiatives européennes fortes, impliquant au cas par cas les 27 gouvernements ou certains d'entre eux seulement, et montrant aux Européens, comme au reste du monde, le rôle nouveau et plus ambitieux que veut jouer l'Europe. La France doit donner l'exemple d'initiatives importantes dans tous les domaines jusqu'ici restés en suspens.

Comme le souhaitait la chancelière Angela Merkel, les 27 se sont mis d'accord sur un mandat pour la conférence intergouvernementale (CIG) qui sera chargée de rédiger le traité avant la fin de l'année 2007. L'accord reprend certains des avancées institutionnelles du défunt traité: la double majorité pour faciliter la prise de décision à 27, la présidence stable du conseil européen, un ministre des affaires étrangères de l'Union (qui ne portera pas ce titre mais fera fonction), l'extension du champ de la majorité qualifiée (hors domaines sociaux et fiscaux, malheureusement). Un processus de sortie de l'Union est prévu, qui pourra avoir un effet dissuasif. Le président Sarkozy pour sa part a fait retirer la mention faisant de la "concurrence" un des principes fondateurs de l'Union. Cette dernière disposition qui passera peut-être inaperçue est à nos yeux capitale. Elle remet en cause 30 ans de libéralisme économique dont on mesure de plus en plus les dégâts. Elle devrait permettre de reprendre le chemin de bon sens, celui d'une régulation politique des activités économiques. Il fallait que la délégation britannique soit vraiment au plus bas pour l'avoir laissée passer. Mais les libéraux n'ont pas dit leur dernier mot.

Le calendrier institutionnel est désormais fixé. La Conférence Intergouvernementale s'ouvrira le 23 juillet prochain pour se terminer avant la fin de l'année. L'objectif est une entrée en vigueur du nouveau traité en 2009. Les 27 devront d'ici là ratifier le projet. Nicolas Sarkozy s'est engagé pour la France à passer par la voie parlementaire pour éviter un deuxième ''non'' qui serait désastreux. Tony Blair et Gordon Brown entendent eux aussi éviter le référendum en Grande-Bretagne. Mais rien n'assure qu'ils le feront.

A l'inverse, il ne faut pas minimiser les reculs par rapport à l'Europe que proposait l'ex TCE. Les symboles de l'Europe sont enterrés. La perspective d'une marche fut-elle progressive vers l'Europe fédérale est fermée. Le poids des Etats atlantistes et souverainistes ne diminue pas. Il aura pleinement l'occasion de s'exercer lors des discussions en Conférence Intergouvernementale qui risquent de tout remettre sur la table. Si la Grande Bretagne ou quelque autre Etat reprenait l'idée de soumettre le traité au référendum, tout serait à nouveau compromis. Sous la pression du Vatican enfin, mention sera faite des traditions religieuses de l'Europe, ce qui parait une incitation à la remise en cause de la laïcité et à une reprise des conflits entre religions. Rappelons que le président Chirac s'y était toujours opposé.

Dans ces conditions, ceux qui comme nous veulent une Europe forte doivent-ils se satisfaire de ces décisions? Certes, elles valent mieux qu'un constat d'échec qui, sous les yeux intéressés de l'Amérique, de la Russie et de la Chine, aurait véritablement été suicidaire. Mais nous pensons que l'accord obtenu est véritablement a minima. Il n'est pas certain que les opinions se rendent compte d'un changement quelconque par rapport à l'état actuel des institutions.

Pour éviter que l'Europe ne retombe dans l'apathie, il faudrait donc que des initiatives européennes significatives se fassent jour. Elles impliqueraient si possible les 27 gouvernements mais si cela n'est pas possible, elles devraient se limiter aux Etats fondateurs, en pratique les actuels membres de l'Eurogroupe. Elles montreraient aux citoyens européens, comme au reste du monde, le rôle nouveau et plus ambitieux que doit jouer l'Europe, considérée non comme une construction juridique mais comme une superpuissance de fait, irréductible aux efforts de ceux qui veulent l'abattre. Il ne faut évidemment pas pour cela attendre ni 2012 ni même 2009. C'est maintenant que ceux qui défendent cette approche pragmatique mais audacieuse doivent agir et faire des propositions.

On retrouvera toutes les questions restées en suspens ces derniers mois, où l'Europe a brillé par son absence ou son inefficacité. Citons en désordre la situation au Moyen-Orient, la lutte contre les changements climatiques et pour la biodiversité, les investissements en énergies renouvelables, les politiques de co-développement notamment avec l'Afrique, les questions de défense et de sécurité.  Nous y ajouterons les grandes politiques scientifiques et technologiques indispensables à la souveraineté européenne : spatial, infotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives. Dans ces derniers domaines, un renforcement rapide des budgets attribués aux actions communes s'impose. Peu importe que ces questions fassent ou non l'objet actuellement de compétences communes. L'essentiel est d'agir, avec prime à celui qui donnera le premier l'exemple le plus fort.

Mais de quels Etats peut-on raisonnablement attendre que viennent de telles initiatives? Evidemment d'abord de la France. La France peut retrouver là sa tradition des grands programmes et des stratégies ambitieuses. Il ne s'agit pas dans un premier temps d'aligner des moyens mais de formuler des buts. Nous souhaitons pour notre part que le gouvernement français affiche dès maintenant des objectifs ambitieux dans les domaines énumérés ci-dessus, que ce soit en France proprement dite ou en partenariat avec d'autres pays européens sinon avec l'ensemble de l'Union. L'opposition, plutôt qu'ergoter sur le Traité, devrait le pousser à le faire.

Gérard Bokanowski nous propose d'ajouter le commentaire suivant:
Sur les résultats du Conseil Européen, je pense que, compte tenu des positions de départ, on peut être plus positif dans 4 domaines:
-la Charte des Droits fondamentaux qui entre dans le droit positif avec "l'opting out" britannique, il est vrai.
-la reconnaissance des services publics.
-les coopérations renforcées (promises à un grand avenir).
-l'extension des pouvoirs du Parlement Européen. Dès lors que l'on étend le champ d'application des décisions susceptibles d'être prises à la majorité qualifiée, on étend les domaines de la procédure de co-décision.
-l'extension du rôle des parlements nationaux.


La rédaction
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Édito
Galileo : alerte rouge.
Défense - Sécurité - Economie
L'Europe doit sauver Galiléo
La situation du système européen de positionnement satellitaire Galileo est extrêmement préoccupante, du fait du manque d'intérêt des autorités politiques nationales. Un redressement vigoureux s'impose à tous les niveaux. Il en va de l'indépendance et de la souveraineté de l'Europe.

Il y a quelques mois, dans ces colonnes, nous évoquions  la mise en oeuvre de Galileo  par l'Union Européenne, comme symbolisant  « l'aube de la souveraineté européenne. ».

Dans le Figaro du 5 juin dernier, Christian Cabal et Henri Revol, les auteurs du très remarquable rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologique, intitulé « Politique spatiale: l'audace ou le déclin »  tirent, à nouveau, la sonnette d'alarme au sujet de Galileo.

Ils en appellent au réalisme et au pragmatisme de Jacques Barrot, le vice président de la commission chargé des transports, pour sortir de l'ornière  un  projet « fondamental pour la souveraineté et la compétitivité européenne ».

Si les Européens, qu'il s'agisse des responsables politiques, des medias ou de l'opinion, continuent à ne pas s'intéresser à ce projet, pourtant défini par la Commission comme l'exemple même d'un projet d'intérêt communautaire, ils doivent se préparer à de dangereuses désillusions et à de très mauvaises surprises dans l'avenir.

Ainsi que nous l'avons rappelé lors du colloque organisé, à Toulouse  en novembre dernier sur le thème  « Politique spatiale et souveraineté européenne » par Paneurope France (Voir le programme du colloque  http://www.pan-europe.org/colloques/progcollespace171006.pdf  et les articles de la revue de  Défense Nationale de février 2007), la mise en œuvre par les grandes puissances continentales de  systèmes de géolocalisation comme Galileo correspond, à un impératif de souveraineté en même temps qu' à un enjeu de société.

A terme, ces systèmes, dont les applications militaires, de sécurité et commerciales se développent de manière accélérée, tendront à organiser la « traçabilité » immédiate et permanente de la plupart de nos activités.

Comment imaginer, un seul instant, que  nous puissions  nous en remettre à d'autres pour maîtriser un tel instrument de puissance, d'indépendance et de développement économique alors que les Américains, grâce au GPS, possèdent  déjà huit ans d'avance sur nous, que les Russes avec Glonass, les Chinois avec Beidu, et, bientôt, les Indiens se dotent  de leurs propres instruments de géolocalisation?

Nous partageons, bien entendu, le point de vue exprimé par les deux parlementaires, auteurs de l'article précité, selon lequel c'est à l'Union Européenne et, sans doute aussi, aux Etats membres,  de prendre en charge le financement des infrastructures, satellites et stations au sol et de remobiliser l'ESA, pour conduire l'opération.

Rappelons enfin, que, d'un point de vue strictement économique, Galileo est un projet « gagnant,gagnant ». C'est en effet, dans un premier temps, selon le CNES, la création de 150 000 emplois nouveaux et, ensuite, le développement, quasi illimité, d'applications commercialement très porteuses. C'est ainsi, qu'aux Etats Unis, les recettes fiscales générées par le GPS financent déjà une partie importante  des coûts d'investissement et de fonctionnement du système.

La situation de Galileo est extrêmement préoccupante, un redressement vigoureux s'impose à tous les niveaux. Il en va de  l'indépendance et de la souveraineté de l'Europe.


Jean-Claude Empereur
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Grand dossier
L'Europe doit se mobiliser pour l'IPv6
Sécurité - Economie - Recherche
L'Internet mondial est apparu aux Etats-Unis en 1969 et en Europe dans les années 1980. Il est basé sur une technologie fondamentale, permettant de transporter les informations. On la désigne par le terme d'IP ou Internet Protocol. Plusieurs versions se sont succédées. Aujourd'hui on travaille encore sur la version 4, ou IPv4. Mais celle-ci ne suffit plus. Sur les prochaines cinquante prochaines années, la population mondiale passera de 6 à 9 milliards d'habitants, tandis que la croissance dans les pays émergents multipliera les besoins de connexion. Aujourd'hui, il faut définir un nouveau protocole respectant l'esprit égalitaire de l'Internet, mais permettant de supporter les interconnections entre PC, téléphonie mobile, applications domotiques, capteurs industriels, automobiles, et bientôt tous les objets quotidiens, dont la plupart seront robotisés et reliés en réseau. C'est l'IPv6. Les grandes puissances ont toutes des stratégies offensives dans ce domaine. La Commission européenne s'est impliquée mais elle est peu relayée par les acteurs nationaux. L'Europe risque d'accroître dramatiquement sa dépendance.


IPv6 le nouvel Internet


L'Internet mondial est apparu aux Etats-Unis en 1969 et en Europe dans les années 1980. Il est basé sur une technologie fondamentale, permettant de transporter les informations. On la désigne par le terme d'IP ou Internet Protocol. Plusieurs versions se sont succédées. Aujourd'hui on travaille encore sur la version 4, ou IPv4. Celle-ci se caractérise par l' « adresse IP » permettant d'identifier chaque machine pour y accéder. Elle est aujourd'hui formée de 10 chiffres. Sa taille définit la capacité d'adressage, c'est-à-dire le nombre de machines ou d'équipements connectables au plan mondial.

La capacité d'adressage avait été prévue en 1983 pour environ 250 millions d'utilisateurs alors que ce nombre est passé aujourd'hui à 950 millions et ne cesse de grandir. Il y a donc rareté potentielle. De plus les Etats-Unis, s'appuyant sur leur position dominante dans les TIC, se sont réservé 56% des adresses, au détriment notamment des pays asiatiques dont la croissance Internet est pourtant exponentielle.

Devant la pénurie menaçante, les gestionnaires de l'Internet ont adopté plusieurs mesures pour étendre la capacité d'adressage au sein de l'IPv4. Mais ces mesures ne suffisent plus. Sur les prochaines cinquante prochaines années, la population mondiale passera de 6 à 9 milliards d'habitants, tandis que la croissance dans les pays émergents multipliera les besoins de connexion. Aujourd'hui, il faut définir un nouveau protocole respectant l'esprit égalitaire de l'Internet, mais permettant de supporter les interconnections entre PC, téléphonie mobile, applications domotiques, capteurs industriels, automobiles, et bientôt tous les objets quotidiens, dont la plupart seront robotisés et reliés en réseau. On désigne ce dernier phénomène du nom d'Internet des objets. Chaque objet, doté d'un émetteur-récepteur Internet (utilisant par exemple les puces RFID) pourra communiquer avec de nombreux autres de son environnement, pour améliorer le service rendu aux usagers.

Ces différents objets offriront des services à la fois diversifiés et convergents (enseignement, commerce électronique, jeux, santé, etc.). Ils devront être de plus souvent mobiles, offrir une grande qualité de service, assurer la sécurité et la protection des données des utilisateurs, y compris à l'encontre des attaques terroristes.

Pour ces diverses raisons, l'organisme mondial de standardisation de l'Internet, l'Internet Engineering Task Force, a développé un nouveau protocole dénommé en 1995 IPv6, ou version 6 de l'IP. Celui-ci est conçu pour répondre à l'expansion prévisible des besoins résumés ci-dessus. Il intègre les améliorations requises aujourd'hui en termes de sécurité, qualité de service, auto-configuration, etc. (L'auto-configuration n'oblige plus à paramétrer les machines en leur indiquant leur adresse IP. Celle-ci est construite automatiquement par l'appareil). Les connexions de bout en bout entre appelés et appelants pour tous types de transports d'images et de sons deviendront immédiatement possibles et les raccordements pourront être permanents - sauf interruptions volontaires pour raison de sécurité.

La recherche et le développement en Europe

Le développement mondial du réseau IPv6 et des applications l'utilisant exige un important effort de recherche, entrepris par les universités et les industriels. Parallèlement, l'introduction de l'IPv6 dans l'éducation oblige à des collaborations entre établissements d'enseignements et laboratoires. En France, ces efforts se sont développés autour du réseau RENATER, des grandes écoles, de diverses universités et de certains opérateurs dont France Telecom. Différents projets applicatifs ont été entrepris, dans la domotique, le commerce électronique, l'automobile, avec les industriels des secteurs concernés.

En Europe, la Commission européenne a créé en 2001 une Task-force IPv6 dans le cadre du plan « e-Europe ». Un budget d'environ 100 millions d'euros a été progressivement alloué pour soutenir des projets de recherche (6Net, Euro61X, Eurov6). On notera en particulier le réseau GEANT qui interconnecte les institutions de recherche européen et se connecte aux grands réseaux mondiaux.

Le retard européen par rapport au reste du monde


Cependant les spécialistes considèrent que les Européens ne se préparent pas suffisamment à l'arrivée du nouvel Internet et aux impacts qu'il aura nécessairement sur la fourniture d'équipements et services l'utilisant. La compétitivité déjà critique des industriels européens risque de s'effondrer face aux nouvelles offres, dont la plupart viendront d'Asie.

Les Etats-Unis, du fait de leur réserve actuelle d'adresses en IPv4, se sont surtout jusqu'à présent intéressés aux applications militaires qui implémenteront systématiquement l'IPv6, dans le cadre du « netcentric warfare ». Le Département de la Défense a prescrit dès 2003 que les réponses à ses appels d'offres garantissent le support par les nouveaux produits des protocoles IPv6. Les systèmes de communication militaire devront tous l'intégrer en 2008. Le Département du Commerce a lancé de son côté une enquête auprès des acteurs industriels pour préparer une politique industrielle gouvernementale en ce sens. A la suite de laquelle le 2 août 2005, l'OMB (Office of Management & Budget) de la Maison Blanche a rendu publique la décision de convertir, non plus les seuls réseaux militaires, mais TOUS les réseaux de l'administration américaine à IPv6 d'ici juin 2008. Quand on connaît l'impact de telles démarches sur l'industrie et les télécommunications mondiales, on mesure le retard que prendront ceux qui n'auront pas anticipé les nouveaux développements.

Le gouvernement chinois, mieux que tous autres, l'a compris. Il a décidé, en 2003, le lancement du programme CNGI (China Next Generation Internet) et la mise en place d'une Task force chinoise. En 2006 a été inauguré le plus grand réseau IPv6 du monde, basé sur les infrastructures de plusieurs opérateurs.

Le Japon, fidèle à sa tradition de grands plans stratégiques à l'initiative gouvernementale, a défini en 2000 une stratégie « e-Japan », avec la création d'une Task force japonaise, le grand programme de recherche WIDE (Widely Integrated Distributed Environment) et le soutien à des projets industriels pilotes, notamment en transport et domotique. Tous les réseaux ont reçu la consigne de migrer en IPv6 pour 2005 au plus tard. Ces objectifs sont en train d'être tenus, voire améliorés. Taïwan et la Corée du Sud suivent cet exemple. Pour les industriels et les gouvernements asiatiques, IPv6 constitue véritablement le grand enjeu du 21e siècle, à ne pas manquer.

On ajoutera que les grands industriels mondiaux précèdent ou relaient les gouvernements dans cette approche. C'est d'abord le cas des opérateurs de télécommunication (par exemple NTT au Japon), des équipementiers (CISCO, 6WIND, Nokia, Sony), des fabricants de logiciels et offreurs de service, en tête desquels on retrouve comme à l'habitude les américains Microsoft et IBM.

L'Afrique seule demeure encore à l'écart du mouvement, ce qui compromet son avenir dans la société de l'information.

Notre opinion

Nous estimons qu'en Europe et plus particulièrement en France, la prise de conscience du danger qui menace les opérateurs, les industriels et les utilisateurs européens n'est pas suffisante. Certes, comme on l'a vu ci-dessus, la Commission s'est alertée et certains laboratoires ont commencé à travailler. Mais ceci reste marginal par comparaison avec ce que font les superpuissances d'aujourd'hui et de demain. Ni les décideurs politiques ni le grand public ne savent encore à ce jour ce que signifie le concept d'IPv6 et les implications en termes de souveraineté politique, militaire et économique qu'il sous-tend. Rien n'est donc fait pour préparer les entreprises et les administrations aux investissements qui seraient nécessaires. Au mieux, on considère, comme on le fait à propos de tout ce qui concerne Internet, que le marché suffira à répondre aux besoins, que les Etats européens n'ont pas besoin de s'unir et que des actions concertées impliquant des ressources et des incitations publiques ne sont ni nécessaires ni utiles. Lorsque le réveil se fera, il sera trop tard.

On voit se renouveler les scénarios d'ignorance et d'abandon qui ont conduit les Européens à devenir des nains dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Ces mêmes scénarios, dans le domaine du spatial, conduisent actuellement aux difficultés  du programme stratégique Galiléo, où les enjeux sont comparables.

Une première tâche s'impose donc à ceux qui en ont les moyens : alerter l'opinion et les gouvernements. Ceci suppose des articles, des séminaires, des interventions auprès des responsables. La Commission européenne prépare un nouveau colloque sur la question pour le printemps 2008. C'est une bonne initiative mais elle ne mobilisera que ceux déjà sensibilisés au problème. Des actions plus larges s'imposent, avec le relais des médias, notamment dans les Etats européens tels que la France où l'ignorance du problème semble actuellement maxima.

Pour en savoir plus
On trouve sur l'Internet de nombreux documents et forums sur la question, mais ils sont d'une part fréquemment en anglais et d'autre part souvent très techniques.On pourra consulter cependant les sites référencés dans les notes ci-dessous:

L'IPV6 forum (mondial)
La Task force française de l'IPV6 (sic: site mis à jour en février 2005 ! ! )
Le portail IPv6 européen
Le centre des technologies nouvelles de Caen qui a publié, notamment, un DVD sur la question sous la direction de Philippe Lequesne. Nous en recommandons l'acquisition
Sur l'Internet des objets, voir le rapport de l'Union Internationale des Télécommunications
Jean-Paul Baquiast
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Analyses
L'Europe et sa logique de puissance
Institutions - International - Défense
Ce texte de Philippe Grasset est le résumé qu'il a bien voulu faire pour notre revue d'un article publié le dimanche 24 juin sur son site Defensa. Le thème en est la souveraineté technologique. Il montre que la position française réaffirmée à Bruxelles et au Salon du Bourget par le président de la République, concernant le refus de soumettre aux lois du marché des entreprises telles que Dassault et EADS contribuant directement au maintien de la souveraineté nationale vient en temps utile pour faire face aux menaces qui pèsent sur ces entreprises.

On sait que Nicolas Sarkozy et les Français se sont battus à Bruxelles pour tenter de limiter dans le texte du Traité européen l'emprise de la compétition et de la concurrence sans entraves. On a vu derrière cette démarche une préoccupation sociale que l'on s'est empressé de mettre en exergue. Ce n'est pas le plus important, tant s'en faut. La vérité est que la défense de certaines entreprises contre les attaques de la libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule mécanique du marché concerne en priorité non la protection sociale, mais la puissance de l'Europe. C'est la thèse de la protection des “champions économiques” ou celle de la défense des “technologies de souveraineté”, dont nous estimons qu'elles jouent un rôle fondamental, d'une part pour la défense des peuples en temps de crise, d'autre part pour l'identité des peuples en temps de crise —ceci, somme toute, équivalant à cela.

En même temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles venait d'être ou étaient publiées.

*  D'une part, la déclaration dans le Financial Times du 19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d'une extraordinaire impudence si l'on se place du point de vue du bon sens, de la logique, de l'intelligence, de la dignité et de l'habileté politique ("Lockheed chief warns Europe"). Pas une de nos grandes voix européennes n'a réagi. Pourtant l'Américain nous dit qu'il n'est pas question que se développe une industrie européenne de l'armement indépendante et souveraine, que les Européens sont tout juste autorisés à se coordonner en fonction des règles et les exigences des USA. Cet avertissement vient du représentant de la soi-disant plus grande puissance de l'Histoire qui dépense $750 milliards par an pour sa défense, qui n'est pas capable de soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d'habitants et qui est même sur le point d'y recevoir une raclée mémorable, qui enfin n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le délai de production double et le prix quadruple par rapport aux prévisions de départ.

  * D'autre part la confusion chez EADS, suite à des déclarations au Financial Times-Deutschland du 22 juin du co-Directeur Général, l'Allemand Tom Enders, atlantiste convaincu et fervent adepte des lois du marché. Ces déclarations portaient sur le fait que la direction d'EADS “examinait” l'état de ses avoirs, — s'en débarrasser ou pas, selon les intérêts du marché boursier et des orientations soi-disant stratégiques, — et, parmi eux, les parts (46%) d'EADS dans la société Dassault. Ces parts représentent la participation de l'Etat français dans cette société. La réaction française, par la voix de l'autre co-Directeur Général d'EADS, Louis Gallois, a été instantanée et très ferme. Enders a fait marche arrière, parce qu'en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans ses manœuvres européennes.

La logique boursière des autres “Européens”

La légèreté et le style “investisseur boursier” avec lesquels parle Enders concernant le sort de la part d'EADS dans Dassault sont stupéfiants. L'impression retirée est que ces gens n'ont aucune conscience politique de rien, qu'ils n'ont aucune véritable connaissance de ce que Dassault représente du point de vue industriel et technologique d'une part, du point de vue politique et stratégique de l'autre, ceci pour la France mais aussi pour l'Europe. C'est l'“esprit du marché” (marché libre, s'entend) complètement déchaîné, avec comme seule conscience et comme seule connaissance des choses et des êtres la valeur boursière à son niveau le plus primaire.

Etonné, ou semblant l'être, le même article du même journal rapportent ceci : « Dassault is an issue which the French government watches like a hawk,” said one person familiar with the company. “One wrong nuance in public statements can get you in trouble, regardless of how small the mistake may actually be.” Dassault is the sole supplier of combat aircraft to the French air force.»

La question n'est pas tant de débattre de la possibilité ou pas de cession de ces 46% de Dassault, que de considérer la différence d'état d'esprit qu'on met ici en évidence. Cette différence sépare fondamentalement la partie française et la partie allemande, aussi bien chez EADS que dans les élites politiques. L'état d'esprit français considère d'abord la valeur d'une chose en fonction de son rapport à la souveraineté et à l'indépendance. Ces concepts sont pratiquement inconnus du côté allemand. Il est évident qu'un rapport avec la société Dassault, qui est l'une des premières sociétés du monde en matière d'avions de combat et de systèmes électroniques, est nécessairement un rapport dont les références d'évaluation absolument prioritaires sont la souveraineté et l'indépendance.

Cet épisode rapporté par le FT doit évidemment être confronté aux deux autres éléments signalés plus haut : la volonté française que l'“esprit du marché” ne soit plus la règle absolue de la vie économique et politique de l'Europe d'une part, la volonté américaniste de réduire totalement l'industrie européenne d'armement à une position vassale de sous-traitance. Il n'est un secret pour personne que Dassault est, depuis des années sinon des décennies, dans la ligne de mire américaine. Un objectif prioritaire pour les USA consiste à détruire cette société ou tenter d'en prendre le contrôle. Or cette hypothèse qui semblait impensable (“en prendre le contrôle”) apparaît du domaine du possible dans l'esprit de certains à la lumière des déclarations incroyablement légères d'un Enders (avec l'accord de «many investors»).

Certes, la perspective même théorique d'une “prise de contrôle” de Dassault serait dans l'état actuel des choses ressentie par le gouvernement français comme un acte de guerre. Il l'interdirait, pourrait-on dire d'une façon imagée, si nécessaire par la force. Mais dans l'immédiat c'est la question de l'avenir de EADS qui est posée. Une bataille terrible est engagée qui n'a rien à voir avec la position financière de cette société et ses erreurs de gestion. Les Français sont ou seront conduits à admettre que le “mariage” avec les Allemands dans ce domaine stratégique est une erreur de première dimension. La coopération européenne et l'axe franco-allemand sont une bonne chose tant qu'on en excepte les vraies choses sérieuses que sont la souveraineté et l'indépendance.

Le sommet de Bruxelles a, bon gré mal gré, déplacé au centre de la réflexion et de la bataille politiques la question de la protection structurelle de ce qui fait la puissance européenne, — ou, mieux dit, de ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au sein de l'ensemble européen. Il est très probable que ce domaine va être, dans les prochains mois et les prochaines années un terrain de grand affrontement. Débarrassés d'une certaine façon, par la récente élection présidentielle, de leur complexe du “repli frileux” (pour cause de non-alignement sur la pensée unique européenne), les Français devraient se battre avec rage pour reprendre le contrôle des quelques attributs souverains qu'ils ont aventurés dans la “coopération européenne”, EADS compris.

Cette coopération pourra et devra se faire, mais sous strict contrôle des puissances nationales et armée d'un rideau de protection contre les attaques financières des forces extérieures tentant d'investir par l'argent ce qu'elles sont incapables de réduire par la seule qualité de leurs produits. Un « complexe de forteresse» ? Sans aucun doute, avec le mot “complexe” pris dans son sens d'organisation militaire. Le modèle à suivre à cet égard est, — employons l'expression pour une fois qu'elle est justifiée, — le “modèle américain”.

Philippe Grasset
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TVA sociale…une bonne idée…oui, mais pour toute l'Europe
Institutions - Economie
La TVA sociale, qui semble compromise en France aujourd'hui, n'aurait en fait de sens que si elle était étendue à l'ensemble des pays européens, ou tout au moins aux membres de l'Euro-Groupe

Nous avions dans un article précédent consacré à la fiscalité européenne, indiqué qu'à notre avis, l'harmonisation souhaitable de la fiscalité des Etats-membres pourrait avantageusement commencer par l'instauration d'une TVA sociale européenne. Rappelons que la TVA sociale, telle qu'étudiée en France, a pour objet de remplacer tout ou partie des cotisations patronales calculées sur les salaires et destinées à financer la part patronale du budget social (comparable en importance au budget de l'Etat) par un complément à la taxe à la valeur ajoutée portant sur la dépense et payée par tous les contribuables. Dans cet esprit, on pourrait alléger de la même façon la part salariale des prélèvements sociaux. L'avantage d'une telle mesure serait double : ne pas pénaliser l'emploi salarié et, dans la mesure où la TVA aux taux élevés porte souvent sur des biens importés non essentiels, diminuer leur attrait au regard de biens et services produits en France. Mais elle aurait inévitablement pour conséquence une hausse globale de la TVA. Celle-ci pourrait être modulée en faveur des contribuables à faible revenu, en frappant à taux bas les biens de première nécessité. Mais on constate que la demande émanant des contribuables à faible (ou moyen) revenu porte souvent sur des biens considérés aujourd'hui comme indispensables, bien qu'importés : écrans plats voire véhicules 4/4 par exemple.

En fait, le principal inconvénient d'une TVA sociale décidée et appliquée dans un seul pays européen, nous parait rédhibitoire. C'est que la demande, au sein du grand marché européen, se portera sur des produits vendus dans les pays voisins et n'appliquant pas un tel impôt. Si le prix de l'écran plat en France est augmenté de 10 à 20%, il se trouvera nécessairement,des vendeurs installés hors de France pour le proposer au prix original, ceci d'autant plus que les coûts de transport – malheureusement d'ailleurs – sont aujourd'hui très faibles. On créera donc une prime généralisée à la fraude à la TVA avec encouragement aux réseaux plus ou moins maffieux qui profitent des disparités intra-européennes.

La TVA sociale ne pourrait donc redevenir une bonne idée que si elle était acceptée, non pas peut-être par les 27 Etats-membres (perspective aujourd'hui improbable) mais par ceux constituant l'Euro-Groupe. Mais elle n'aurait de sens que comme l'amorce d'une harmonisation progressive entre ces Etats de l'ensemble des réglementations sociales et fiscales. Elle devrait aussi s'accompagner d'un renforcement des contrôles internes et aux frontières de l'Euro-Groupe. Toutes mesures n'ayant de sens que si se met en place un gouvernement coordonné des Etats membres de ce groupe, que nous souhaitons pour notre part.


Jean-Paul Baquiast
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G8 et missiles anti-missiles
International - Défense
La proposition russe d'utiliser en commun son installation radar du Caucase, essentiellement politique, a du même coup confirmé la crédibilité du projet américain. Cela ne réduit en rien la légèreté avec laquelle les Etats-Unis assument le risque et les inconvénients d'un regain de tension avec la Russie.

La réunion du G8 à Heiligendamm a clarifié les zones d'ombre qui entouraient le projet américain d'installation de radar et de missiles anti-missiles en République tchèque et en Pologne. En effet, depuis sa révélation, personne hormis les rares spécialistes ne savait très bien s'il s'agissait d'un programme répondant à un besoin réel face à une future menace iranienne encore hypothétique ou d'un simple alibi en vue de renforcer la défense anti-missile américaine face à la Russie. Sans exclure la double possibilité, la proposition russe d'utiliser en commun son installation radar du Caucase, essentiellement politique, a du même coup confirmé la crédibilité du projet américain.

En effet, comment Poutine pouvait-il avancer sa « généreuse » proposition sans reconnaître implicitement le besoin stratégique d'une défense anti-missile face à l'Iran et sans justifier le choix technique et géographique d'une implantation tchéco-polonaise.

Sans douter un instant que le président Bush poursuive la politique constante des Etats-Unis depuis la chute du régime soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie, à savoir implanter des bases militaires sur le territoire des anciens pays vassaux de l'URSS, toujours plus proches des frontières russes, l'offre de Poutine a du moins démenti l'hypothèse du pur alibi destiné à masquer grossièrement l'avancée des pions américains dans la région.

Cela ne réduit en rien la légèreté avec laquelle les Etats-Unis assument le risque et les inconvénients d'un regain de tension avec la Russie. Cette politique menée depuis quinze ans par tous les présidents américains est inspirée par le Pentagone qui détient une influence sur la politique étrangère américaine incomparablement supérieure à celle des ministères de la défense des pays européens vis-à-vis de leurs gouvernements respectifs. Le mécanisme est simple dans son principe. Le Pentagone communique sur le caractère indispensable d'un programme d'armement pour la sécurité du pays, laquelle est sacrée, sur la foi de rapports maison ou d'études émanant d'un institut universitaire renommé. Si l'administration ne s'en empare pas, la commission de la défense du Sénat s'en inquiète, ses propres experts s'agitent et la machine se met en route.

De son côté, le président Poutine, qui sait parfaitement que les Etats-Unis ont peu de raisons d'accepter son offre, y a peut-être trouvé un avantage au-delà du simple effet de surprise. Les élections présidentielles russes se profilent en effet en 2008. Sauf à imaginer Poutine, tel Cincinnatus, renonçant au pouvoir, ce qui est peu probable, deux possibilités s'offrent  à lui :
- soit mettre en place un successeur sans envergure dont il conserverait le contrôle effectif,
-soit exploiter autant que de besoin les tensions russo-américaines ou d'autres tensions internationales réelles ou suscitées afin de justifier une modification de la constitution russe lui permettant de briguer un nouveau mandat. Si telle était son intention, le projet d'implantation de missiles anti-missiles américains pourrait lui fournir la matière d'une crise mijotée au moment opportun.

Affaire à suivre avec intérêt.

Georges d'Harcourt
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Bilan du G8
Institutions - International - Défense
Le G8 qui s'est clôt le 8 juin à Heiligendamm a fait l'objet d'appréciations différentes dans la presse, selon qu'il s'agit des grands médias intronisés auprès des gouvernements (presse mainstram) ou de ceux plus libres de leurs propos. Quelques jours après l'évènement, que pouvons-nous pour notre part en retenir ? Nous parlerions volontiers d'un bilan globalement positif au regard de ce qui était à craindre, c'est-à-dire l'incapacité des grands de ce monde, que tout semblait opposer, a s'entendre sur quelques éléments sérieux. C'est la souveraineté européenne, paradoxalement, qui pourrait en bénéficier le plus.

Dans la partie positive du bilan du G8, nous placerions par ordre d'importance :


- Le fait que G.W. Bush ait été obligé de reculer sur le contrôle de la production des gaz à effet de serre (GES) devant un bloc très ferme des grands européens : Allemagne. GB, France, Italie.....Selon le Süddeutsche Zeitung du 8 juin: “Half of the G8 countries—the four European states—remained together to the end; they stayed together in a bloc. Under pressure from Angela Merkel, they stuck to their positions. It was the others who moved. In the end, they had no other choice. The word “bloc” is crucial, because the real issue centres on the building of great-power blocs. The German political elite, in particular, has long maintained that it can advance against the US on an international level only if it succeeds in imposing a common line on Europe”.

Ceci offre un précédent prometteur, même si les concessions obtenues de G.W.Bush sont mineures (voir ci-dessous). Pour la première fois dans l'histoire européenne, il a été possible de montrer, sur un sujet qui sera de plus en plus important, un front européen uni devant lequel les Etats-Unis n'avaient pas d'autres solutions que faire des concessions. Il devrait être possible de retrouver une telle unité (avec ou sans le Royaume-Uni) sur d'autres thèmes importants de la politique internationale.

- Le fait que la Russie, tout en menant très habilement sa partie à propos de l'initiative américaine dite des BMD ou euro-missiles, ait rejoint le bloc européen qui y est globalement hostile. Là encore, G.W.Bush a été contraint, sinon de reculer, du moins de comprendre qu'il ne pouvait pas impunément manipuler les Russes et les Européens afin de les opposer les uns aux autres. La contre-proposition de Poutine n'aura sans doute pas de suite, mais elle rend pratiquement impossible la poursuite du projet de GW.Bush, ce qui est déjà un important résultat. La proposition française collatérale, faite par Nicolas Sarkozy, de laquelle on a peu parlé, était excellente : que les experts russes et français étudient ensemble les perspectives de défense anti-missiles.

- Le fait que la chancelière allemande se soit très bien acquittée de sa tâche difficile, maintenir l'union des Européens sans abandonner les points essentiels que la présidence allemande avait mis à son agenda. Le fait que l'Allemagne adopte de plus en plus un ton ferme en Europe ne devrait pas déplaire à la France, si celle-ci sait coopérer de façon positive avec son grand voisin.

- Le fait enfin que le président français, pour ses premiers pas sur la grande scène internationale, ait convenablement tenu son rôle sur tous les sujets, y compris le réchauffement climatique. « Les objectifs quantitatifs sur le dossier climatique ne sont pas négociables, non plus que le rôle de l'ONU », avait-il prévenu jeudi 7 juin en s'adressant directement au président américain. Il a par ailleurs montré qu'il était très capable de contribuer à créer un climat de sympathie voire de coopération avec Poutine. Derrière la personne de celui-ci, ce sont les relations entre la Russie, l'Europe et finalement la France qui sont en cause. Il serait inadmissible, dans l'intérêt des parties, que ces relations soient mauvaises. Au contraire, nous le répéterons une fois de plus pour notre part, elles doivent être bonnes, sur la base de concessions réciproques.

Dans la partie négative de ce bilan, nous mettrions :

- Le fait que les décisions relatives au contrôle de la production des GES et la prévention des effets du réchauffement climatiques ne soient ni quantifiées ni assorties d'un calendrier tenant compte des urgences. On est loin des recommandations faites par les experts du GIEC, elles-mêmes très amendées sous la pression d'un certain nombre d'Etats. On est loin également de celles présentées par les économistes du rapport Stern. Le danger serait qu'après le succès apparent illustré par la « concession » de G.W. Bush, on en revienne au statu quo, au moins jusqu'à 2012. De plus, la question essentielle des concessions à faire pour que les pays émergents grands pollueurs rejoignent la démarche commune n'a pas été abordée (aides internationales conséquentes pour la lutte contre la déforestation et la désertification, par exemple).

- Le fait que l'aide à l'Afrique soit restée du domaine des vœux pieux, lesquels n'ont trompé personne, notamment en Afrique. Il ne reste plus aux Africains qu'à se jeter dans les bras concupiscents des Chinois. Les promesses faites par ailleurs en matière de lutte contre les grandes pandémies sont considérées par les experts comme un recul au regard de celles faites au précédent sommet de Gleneagles , lesquelles d'ailleurs sont loin d'être mises en œuvre aujourd'hui.

- Le fait que les questions très importantes du contrôle des fonds spéculatifs (hedge funds) ou de la réduction des aides apportées à certains secteurs économiques par les grands Etats, lesquelles font capoter les négociations à l'OMC, aient été soigneusement évitées.

- Le fait qu'aucun Etat membre du G8 n'ait fait valoir la nécessité de refonder celui-ci, en l'élargissant au moins à la Chine et à l'Inde, et en le rapprochant de l'ONU et de son Conseil de Sécurité. Pour les Européens, il est vrai, se poserait alors la question du rôle de l'Union européenne en tant que telle dans un G8 élargi. Nous pensons pour notre part que l'Union devrait évidemment continuer à en faire partie, mais ceci sans que soit remise en cause la participation individuelle des membres européens actuels. Ceux-ci constituent un de ces « noyaux durs » pour des coopérations renforcées sans lesquels l'Union Européenne à 27, parfois trop inféodée aux Etats-Unis, demeurerait impuissante.

- Le ton dithyrambique adopté par la presse main stream anglo-saxonne sur les résultats du G8. Certains observateurs allemands ont parlé de sommet de Scheinheiligendamm (“sommet de l'hycrocrisie”). Cet excès de satisfaction semble correspondre au fait que l'establishment libéral, libre-échangiste, globaliste anglo-américain prend de plus en plus peur devant la marche d'évènements qu'il ne contrôle plus et dont le principal est l'effondrement de l'influence américaine dans le monde suite à la guerre en Irak. La Grande Bretagne, malgré son rôle utile en matière de lutte contre les GES , découvre que sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis la conduit à un abaissement généralisé, tant en Europe que dans le monde. C''est ce que montre notamment le scandale BAE-Yamamah impliquant les plus hautes autorités du Royaume et qui était, semblait-il, dans beaucoup d'esprits des participants au G8. L'Europe, malheureusement, n'en tire aucun bénéfice. Au contraire.
Lire à ce sujet http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4092

NB: Pour mieux comprendre la situation internationale face à laquelle s'exprime la relative impuissance du G8, on pourra consulter avec profit le livre de Laurent Cohen-Tanugi: Guerre ou paix : essai sur le monde de demain. Grasset - mars 2007
Jean-Paul Baquiast
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Le monde, dans l'indifférence générale, est en train d'épuiser ses minerais rares
Economie - Recherche
Beaucoup d'études ont été consacrées à l'épuisement des réserves énergétiques fossiles comme à celui des terres arables et des ressources en eau. Mais il est une rareté encore plus menaçante, compte tenu des rythmes actuels de consommation. Pourtant personne n'y pense. Elle se manifestera à échéance de 5 à 30 ans, et compromettra les formes de développement considérées comme les plus prometteuses par rapport à la croissance traditionnelle qui reposait sur la consommation d'énergie et des matières premières de base. De quelle rareté s'agit-il ? De celle concernant des minerais et métaux rares utilisés de plus en plus abondamment dans les technologies modernes, celles sur lesquelles on compte précisément pour remplacer les technologies anciennes et pour développer de nouveaux usages faisant un large appel aux télécommunications, aux automatismes et au virtuel.

Ces produits sont non seulement de plus en plus rares, mais gaspillés, en ce sens qu'aucun effort de récupération n'est aujourd'hui organisé à l'échelle suffisante. De plus ils ne peuvent pas être produits de façon synthétique. Prenons l'exemple du platine, qui constitue un composant indispensable aux pots catalytiques et aux piles à combustibles. Avec le développement d'une industrie automobile dite propre, les réserves de platine seront épuisées d'ici 15 ans. Il en est de même de l'indium, utilisé pour la réalisation des écrans plats, du tantalum utilisé dans les téléphones portables, de l'hafnium pour les puces électroniques, du gallium pour les cellules solaires et les LEDs, du germanium dans les semi-conducteurs...D'autres minerais ne sont pas considérés comme aussi rares, mais ils le deviennent rapidement. Citons le plomb, le nickel, l'étain, le zinc l'argent et l'antimoine, sans mentionner le cuivre et l'uranium dont les réserves économiquement exploitables se réduisent rapidement.

Dans tous ces cas, on constate que ni les gouvernements ni les entreprises n'entretiennent d'efforts pour estimer sérieusement les réserves ainsi que les taux de consommation globaux et spécifiques à certains pays. En  conséquence, aucun effort sérieux n'est fait pour économiser les sources, limiter les consommations et assurer les récupérations. Au contraire, les zones économiques se livrent actuellement à une surenchère pour mettre la main sur les réserves, préserver leurs habitudes de gaspillage et ne procéder à aucun investissement risquant d'accroître les coûts des produits finis. Les Etats-Unis, comme toujours, se montrent les plus gros consommateurs et importateurs, les plus grands gaspilleurs et les moins coopératifs. Mais les pays émergents, notamment la Chine et la Corée du Sud, suivent leur exemple sans états d'âme. Que se passera-t-il si tous procèdent de même. Les  réserves supposées aujourd'hui durer quelques décennies pourraient se trouver épuisées en 5 à 10 ans selon les cas. Les conflits et les guerres ouvertes pour l'accès à des produits qui seront alors considérés comme vitaux ne seront pas loin. Ceci sera d'autant plus à craindre que beaucoup de réserves se trouvent dans des Etats sous-développés, ravagés par les guerres civiles et les conflits d'intérêts entre sociétés minières et sociétés de commerce.

Dans ces conditions, que faudrait-il faire ? D'abord préciser les études relatives aux localisations, aux usages et aux flux commerciaux. Mais surtout mettre en place des techniques de récupération faisant appel à des technologies avancées. Ainsi certains chercheurs pensent pouvoir récupérer le platine composant en doses infimes (1,5 partie pour 1 million) la poussière des routes, en faisant appel à des bactéries. Plus classiquement, il faudra traiter les déchets industriels, les rebuts, les eaux usées. Mais comme ces techniques coûteront cher, comme pendant un certain temps encore il sera plus économique de se battre pour accéder aux réserves encore existantes, comme il n'existe enfin aucun pouvoir économique global capable d'imposer des règles de bonne gestion, on ne voit pas trop comment l'ambiance de foire d'empoigne qui règne dans ces secteurs pourra faire place à la gestion de bon père de famille qui s'imposerait.

Nous ferons pour terminer ce sombre diagnostic une réflexion qui ne surprendra personne : les pays européens, si préoccupées par le problème de l'énergie, ignorent superbement des défis qui risquent de compromettre leur développement économique bien plus tôt et bien plus sévèrement que ne le fera la raréfaction du pétrole et du gaz.


Jean-Paul Baquiast
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Événements
Le radar et le système Graves
Défense - Sécurité

L'Europe, grâce à la France, accède à la surveillance des satellites et objets spatiaux en orbite basse au dessus de son territoire...le tout pour un coût "dérisoire" de 30 millions d'euros


Dans le cadre du salon du Bourget (du 18 au 24 juin), le ministère de la Défense français a présenté le radar « Graves » (Grand réseau adapté à la veille spatiale), situé à 40 km de Dijon. Ce système, unique en Europe, est chargé de surveiller les objets en orbite basse de l'espace.

Actuellement, environ 9 000 objets d'une taille supérieure à 10 cm, dont près de 800 satellites actifs, orbitent autour de la Terre. Un bon nombre survole quotidiennement la France et l'Europe plus généralement, menaçant ainsi la confidentialité et la sécurité d'informations stratégiques et militaires, sans parler de la prolifération des débris qui seront un frein majeur dans l'utilisation de l'espace.

Opéré par le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et développé par l'Onera, « Graves » est l'unique système de surveillance de l'espace en Europe. Totalement autonome, il est capable de détecter des objets d'une taille d'au moins un mètre carré évoluant une altitude comprise entre 400 et 1 000 km. Un système de réception des données est installé à une distance de 400 km sur le plateau d'Albion. Une fois l'objet identifié, le système indique où il se trouvera dans les jours qui suivent. Graves est télésurveillé et télégéré depuis la base aérienne 102 de Dijon-Longvic. Le coût global du système s'élève à 30 millions d'€ pour un million d'€ d'entretien annuel. Compte-tenu des services rendus, il faut bien se rendre compte que cette somme est dérisoire.

Depuis décembre 2005, « Graves » a répertorié et suit désormais plus de 2 200 objets. Tous les satellites observés ne sont pas nécessairement identifiés par la connaissance de leur origine et leur mission. 20 à 30 "anomalies orbitales" correspondant vraisemblablement à des satellites espions principalement américains, non déclarés. La France ne cherche pas à polémiquer à ce sujet avec les Etats-Unis, mais il est incontestable que l'existence de Graves change l'équilibre stratégique entre les deux pays, dans un domaine où la supériorité américaine était jusqu'alors considérable. L'Europe de la défense et de la sécurité en bénéficiera également, selon des conditions à négocier.

Graves permettra à l'avenir, par ailleurs, d'actualiser les trajectoires des futurs satellites du système européen Galiléo et d'avertir les populations d'éventuelles retombées de débris spatiaux.


puce bleue Présentation de Graves par l'Onera
JPB
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Libres propos
La tentation de la politique du pire
International - Défense - Sécurité
L'Europe saura-t-elle résister à l'engrenage?
Il convient de se demander quelles causes profondes, depuis quelques années, poussent en parallèle Israël et les Etats-Unis à s'engager dans des voies dont résulteront inévitablement la destruction totale du premier et l'affaiblissement durable des seconds. Mais la raison n'est-elle pas plus prosaïque ? Cet aveuglement mortel ne résulte-t-il pas simplement du fait que les contrôles démocratiques ont cessé depuis longtemps de s'exercer sur les acteurs du complexe militaro-industriels dans ces deux pays. Naomi Klein montre que pour ces acteurs, un profit immédiat garanti par la politique du pire qu'ils appliquent et font appliquer compense bien le risque plus hypothétique d'une catastrophe finale à laquelle, de toutes façons, ils espèrent bien pouvoir survivre.

La brillante analyste politique canadienne Naomi Klein explique dans l'article cité en note pourquoi l'Etat d'Israël, apparemment assiégé de toutes parts et engagé dans de ruineux programmes de défense, demeure un des centres nerveux mondiaux les plus dynamiques pour les industries de la haute technologie de sécurité et de défense. Ses exportations en ce domaine, notamment vers les Etats-Unis, semblent couvrir largement ses importations. Israël est ainsi devenu le 4e exportateur d'armes au monde, dépassant la Grande Bretagne.

C'est que, selon Naomi Klein, une grande part des innovations qui intéressent le marché mondial en pleine expansion de la sécurité "musclée" semble provenir d'Israël. Le gouvernement et les milieux économiques ont compris qu'ils devaient jouer à fond la carte de la protection contre un terrorisme et une guerre de 4e génération présentés comme devant s'étendre au monde entier. Exploitant à fond le facteur peur (The fear factor), Israël est en train de proposer à toutes les démocraties inquiètes de leur avenir face à une insécurité présentée comme grandissante les outils technologiques qu'elle a développés depuis une dizaine d'années pour sa propre défense.

Inutile de dire que ce nouveau filon politico-économique, exploité à fond par Israël tout entier, convient parfaitement aux faucons américains et aux lobbies militaro-industriels de ce pays. Ceux-ci cherchent depuis longtemps à engager le monde occidental dans une guerre sans fin contre la terreur, guerre dont ils fourniront, en coopération avec Israël, les armes et les recettes de management. A eux les matériels lourds, à Israël les outils plus sophistiqués de la prévention et du renseignement.

Dès le 11 septembre, ayant perçu les nouvelles opportunités qu'offrait le terrorisme, les milieux économiques israéliens ont compris qu'ils pouvaient s'appuyer sur le chaos grandissant que les entourait et sur leur propre expérience de forteresse de plus en plus assiégée pour devenir, selon l'expression de Naomi Klein, un salon permanent des technologies dite de "homeland security'". Aujourd'hui, ses produits clés dont les recettes à l'exportation s'accroissent annuellement de 20% et dépassent le milliard de dollars, sont les barrières et murs de protection « intelligents », les drones (voir ci-dessus: image du Hermes 900 de Elbit), les systèmes d'identification biométriques, les systèmes de vidéo et audio surveillance, les logiciels de « profiling » des passagers, les technologies d'interrogatoire des prisonniers, systématiquement utilisés par Israël dans son bouclage des territoires occupés. L'université Ben Gourion, qui est à la pointe de ces recherches, s'enorgueillit de proposer des produits tels qu'une « Innovative Covariance Matrix for Point Target Detection in Hyperspectral Images » ou des « Algorithms for Obstacle Detection and Avoidance ».

Aussi bien, pour tous ceux qui, en Israël comme aux Etats-Unis, vivent de ce filon extraordinaire, l'accroissement du chaos à Gaza et dans les territoires occupés constitue un moteur qu'il ne faut absolument pas stopper. Par la force des choses, il s'établit de facto une politique du pire, considérée comme profitable et à encourager. Elle justifie la vision d'un monde où seules les quelques élites ayant su s'entourer de frontières infranchissables pourront survivre alors que tout autour d'eux sombrera dans l'anarchie, la violence et la mort. Plus le monde réel ressemblera à ce modèle, plus les affaires seront prospères.

La politique du pire conçu comme règle de survie

Des observateurs naïfs s'interrogent sur les raisons certainement aussi obscures que morbides qui poussent un certain nombre de dirigeants dans des pays en conflit comme Israël ou les Etats-Unis à pratiquer une infatigable politique du pire. Toutes les occasions pouvant conduire à des négociations et à un recul dans les affrontements sont systématiquement refusées. Des provocations permanentes accroissent au contraire les tensions, transformant un opposant raisonnable en adversaire enragé. Ces mêmes observateurs naïfs soupçonnent un goût névrotique pour la catastrophe, une recherche systématique du chaos final. Ils attribuent cela soit à des perversions mentales toujours prêtes à renaître dans les sociétés humaines, soit à la recherche mystique de l'Armagedon où le Christ ressuscité reconnaîtra les siens - soit plus prosaïquement à la survivance du concept trotskyste du chaos créateur. Les excès d'un adversaire conduisant inévitablement au renforcement des excès de l'autre, la politique du pire s'autogenère en permanence.

Il est certain qu'il convient de se demander quelles causes profondes, depuis quelques années, poussent en parallèle Israël et les Etats-Unis à s'engager dans des voies dont résulteront inévitablement la destruction totale du premier et l'affaiblissement durable des seconds. Mais la raison n'est-elle pas plus prosaïque ? Cet aveuglement mortel ne résulte-t-il pas simplement du fait que les contrôles démocratiques ont cessé depuis longtemps de s'exercer sur les acteurs du complexe militaro-industriels dans ces deux pays. Pour ces acteurs, un profit immédiat garanti par la politique du pire qu'ils appliquent et font appliquer compense bien le risque plus hypothétique d'une catastrophe finale à laquelle, de toutes façons, ils espèrent bien pouvoir survivre grâce à leurs relations.

L'Europe doit-elle se laisser entraîner dans cet engrenage?

Aujourd'hui, nul ne peut prévoir ce que feront dans le proche avenir, tant les Etats-Unis qu'Israël. La question qui leur est posée immédiatement concerne l'attitude qu'ils adopteront vis-à-vis de l'Iran. Celle-ci, très probablement, joue aussi pour sa part la politique du pire. Autrement dit, elle poursuivra son programme de nucléarisation de ses vecteurs balistiques et continuera à menacer de s'en servir dans quelques années, aussi bien contre Israël que contre les Etats sunnites voisins, voire les Etats européens. On peut craindre que s'il reste orienté tel qu'il l'est actuellement, le gouvernement de Téhéran ne redoute pas, voire souhaite une attaque atomique préventive venant d'Israël ou des Etats-Unis. Cette attaque serait certes terriblement dévastatrice mais ne ruinera pas l'Iran qui est un grand pays. Elle inaugurerait un tel chaos que les Iraniens pourraient espérer en profiter pour affirmer leur prédominance dans la région. Mais il ne semble pas qu'ils soient pas les seuls aujourd'hui à souhaiter une attaque contre eux. Al-Quaida, pour des raisons différentes, n'y verrait que des avantages. L'organisation terroriste profiterait elle aussi, et mieux sans doute que l'Iran, du bouleversement régional voir mondial qui s'en suivrait.

Israël et l'Amérique sont donc devant un choix immédiat crucial : jouer de toutes leurs forces la détente et la négociation, pour isoler l'Iran et pacifier les foyers de guerre civile qui se multiplient, ou pousser au pire de leur côté, notamment en procédant à une frappe préventive contre l'Iran. Compte tenu des éléments évoqués dans la première partie de cet article, on peut craindre qu'ils ne choisissent cette dernière solution.

La situation actuelle, avec les risques majeurs qui se profilent, pose une nouvelle fois la question du rôle de l'Europe. Celle-ci pourrait jouer un rôle dans une négociation globale, mais il ne faudrait pas qu'elle se laisse entraîner par les Etats-Unis et Israël dans la radicalisation du conflit. Or c'est bien ce qu'elle semble en passe de faire. Il est de mauvais augure de voir que les Européens, par la voix unanime des pays membres de l'Otan, semblent finalement accepter l'installation de la base américaine de missile anti-balistique en Pologne et en Tchéquie, laquelle est explicitement dirigée contre l'Iran sinon contre la Russie. Ils paraissent donc eux aussi faire de l'Iran l'ennemi principal, ce qui ne contribuera pas à faciliter leur rôle de médiation au Moyen-Orient.

Autant nous sommes partisans de la défense économique et militaire européenne, si elle concourre à l'indépendance et à la souveraineté de l'Europe, autant nous ne voudrions pas voir celle-ci devenir une base avancée américaine dans de futurs guerres avec le reste du monde.

Note
Naomi Klein, née en 1970, est l'auteur de plusieurs ouvrages: No Logo: Taking Aim at the Brand Bullies (Picador) ; , Fences and Windows: Dispatches From the Front Lines of the Globalization Debate (Picador). Son prohain ouvrage, The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism abordant parmi d'autres le théme évoqué ici, paraîtra prochainement.



Jean-Paul Baquiast
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Fiches de lecture
Pesticides. Révélations sur un scandale français
Sécurité - Economie - Environnement
Il n'est que temps de renoncer à l'usage des pesticides chimiques, vendus et diffusés dans l'agriculture du monde entier par les multinationales de l'agro-alimentaire et du phytosanitaire, avec la complicité intéressée de nombreux scientifiques et représentants des administrations. De nouvelles "pratiques agricoles", caractérisant l'agriculture biologique, pourraient être substituées avantageusement aux "produits". Tel est le message de livre de Fabrice Nicolino et François Veillerette, présenté par leur dernier ouvrage, Pesticides. Nous pensons pour notre part que cette question, aussi importante qu'elle soit, n'est pas à séparer de toutes celles nées du développement de la grande crise climatique et environnementale qui s'étend aujourd'hui sur le monde.

On pourrait être tenté de ranger le livre de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Pesticides, parmi les nombreux libelles produits par les militants écologistes s'en prenant avec plus ou moins d'objectivité aux multinationales des secteurs agro-alimentaire et phytosanitaire. Nous estimons que ce serait une erreur. Même si cet ouvrage est écrit avec passion – ce qui n'est pas une critique – il pose de graves questions qui doivent intéresser, non seulement les lecteurs de notre revue, supposés soucieux de mieux connaître les relations entre les scientifiques et les pouvoirs, mais chacun de nous en tant que citoyens. Observons d'emblée que les constatations faites par les auteurs pourraient être transposées avec un certain nombre de précautions à tout ce qui concerne la vente et l'utilisation des produits dits chimiques dans l'industrie et pour les usages domestiques. Les protestations des industriels de la chimie européenne ayant accompagné la mise en place du programme communautaire Reach, entré en application le 1er juin 2007 sous la responsabilité de l'agence européenne ECHA (European Chemichals Agency) en ont donné l'illustration. La question des OGM doit aussi être abordée dans la même optique, puisque pour le moment les recherches sur les organismes génétiquement modifiées et les pratiques commerciales en découlant sont uniquement le fait des multinationales dénoncées par Pesticides.

Avant de dresser la liste des questions posées par le livre, indiquons que l'enquête à laquelle se sont livrée les auteurs nous a paru particulièrement scrupuleuse et aussi complète qu'il était possible pour un ouvrage de 380 pages. Les sources sont toutes citées et vérifiables, notamment lorsqu'elles ont fait l'objet d'édition sur Internet. Les personnes interrogées semblent l'avoir été avec objectivité. Les rares d'entre elles ayant refusé de répondre sont citées, ce qui permettrait éventuellement de s'adresser à elles pour complément d'information. Nous ne sommes certes pas en présence d'une thèse universitaire. Le fond et la forme sont propres au journalisme d'investigation, mais nous ne voyons aucune raison sérieuse de rejeter l'ouvrage en bloc, en l'attribuant à on ne sait quelle manœuvre souterraine visant à déstabiliser l'industrie, l'agriculture, la science et l'administrations françaises. Ajoutons que beaucoup des comportements observés se retrouvent dans les principaux pays européens et posent donc globalement la question de la façon dont les citoyens de l'Union peuvent s'informer et réagir face aux abus provenant des professions et des administrations relevant des domaines agro-alimentaire, phytosanitaire, vétérinaire et pharmaceutique.

Les « intérêts américains » acteurs de la révolution verte

Dans le cadre d'un article nécessairement court, nous n'allons pas résumer le livre, mais avant d'évoquer les graves questions qu'il pose à chaque citoyen comme à chaque décideur, résumons brièvement l'histoire qu'il nous raconte. C'est celle de la transformation accélérée de l'agriculture française traditionnelle, à la fin de la dernière guerre, en vue de répondre aux besoins alimentaires de la population. L'agriculture est en moins de vingt ans devenue intensive et productiviste, par l'emploi systématique du machinisme, des engrais chimiques et des pesticides. Mais cette transformation, selon les auteurs, aurait pu se faire plus progressivement et en respectant davantage les équilibres naturels si elle n'avait pas été pilotée de l'extérieur et quasi imposée au monde rural par ce qu'il faut bien appeler les « intérêts américains ». L'histoire est particulièrement intéressante car l'on retrouve ces mêmes intérêts, sous des formes et avec des acteurs différents, dans tout ce qui a orchestré le redressement de l'économie et de la société de l'Europe occidentale, ainsi que la mise en place de l'Union européenne sous sa forme initiale dite du Marché commun. Nous avons déjà évoqué la question dans cette revue à propos de Plan Marshall et des accords Blum-Byrnes ouvrant le domaine culturel aux majors du cinéma américain. Le même phénomène s'était produit à une bien plus grande échelle dans les domaines de la défense et des industries stratégiques en général, puis dans celui des technologies de l'information.

Par intérêts américains, il faut entendre ce que l'on dénomme dorénavant le complexe politico-industriel unissant les grandes entreprises américaines et les représentants du Département d'Etat, des ministères techniques et des agences fédérales. Dans le cas de l'agriculture, le livre les désigne clairement. Il s'agit du monde du machinisme agricole, des engrais chimiques, de l'industrie phyto-sanitaire et des semenciers – ces derniers se retrouvant aujourd'hui derrière les campagnes visant à généraliser les OGM en Europe. C'est par l'action conjuguée et harmonieuse de ces divers intérêts que le monde rural français a été obligé de s' « adapter », beaucoup plus vite qu'il n'aurait été raisonnable au regard de ce que l'on appelle aujourd'hui la protection de l'environnement.

Des effets désastreux sur la santé publique

Si cette adaptation s'était faite en ménageant les grands équilibres entre les espèces vivantes et les ressources en terres et en eau, il n'y aurait eu que moindre mal. La ruralité du 19e siècle n'avait plus sa place au 20e. Mais elle s'est accompagnée et s'accompagne encore, non seulement d'une grave atteinte à ce que l'on appelle aujourd'hui la biodiversité, mais aussi d'une mise en danger de la santé des citoyens, agriculteurs et consommateurs. Ceci par un usage absolument irresponsable des produits chimiques destinés à « protéger » les récoltes contre les parasites, c'est-à-dire des pesticides qui donnent son titre au livre. On objectera que, contrairement aux sombres pronostics des auteurs, la santé publique est – ou parait – meilleure aujourd'hui qu'il y a 50 ans. Mais il faut se méfier des apparences. Les pesticides et autres produits chimiques industriels et domestiques provoquent des troubles et des maladies mal décelables par l'épidémiologie classique, dont aucun d'entre nous, semble-t-il, puisse se prétendre indemne. Le livre en recense un grand nombre. Les autorités sanitaires qui prétendraient le contraire devraient présenter des dossiers inattaquables, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui – d'autant plus comme nous allons le voir, que leur objectivité n'est pas toujours assurée.

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Jean-Paul Baquiast
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Aimer l'Europe de Robert Toulemon
Institutions - International
Le nouveau livre de Robert Toulemon, Aimer l'Europe, est un vibrant plaidoyer pour la reprise de la construction européenne, sur le modèle fédéral. Mais il n'insiste pas assez sur l'importance pour ce faire de grands programmes visant à la souveraineté technologique, seuls capables de donner aux Européens les moyens de s'affranchir de la domination américaine.


Robert Toulemon, ancien haut fonctionnaire européen  de 1962 à 1972, ancien président de l'Association Jean-Monnet, a toujours été et demeure un défenseur actif de la construction européenne, y compris dans sa version la plus poussée, c'est-à-dire sur un modèle fédéral. Il a publié plusieurs livres dans cet esprit. Le dernier de ceux-ci, Aimer l'Europe,  doit être lu avec attention, car c'est le témoignage d'un militant européen ayant parfaitement connu les défauts mais  aussi les promesses des politiques  visant à unifier l'Europe. Il  dispose aussi d'un blog où nous retrouvons des éclairages et des points de vue qui ne peuvent que nous aider à mieux comprendre les enjeux de l'actualité européenne actuelle.

Le principal regret de Robert Toulemon est que l'Europe ne se soit jamais montrée capable de passer de l'union économique à l'union politique. Il considère que la France, qui avait à un moment presque toutes les cartes en mains, n'ait jamais voulu franchir le pas. Elle est donc en grande partie responsable de l'échec. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale. D'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.

Il rappelle l'histoire des positions gouvernementales françaises successives. Après le refus de la Communauté européenne de défense, en 1954, l'objectif d'une communauté politique est repoussé à plus tard.  Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu'un "traité de commerce" et "surtout pas l'amorce d'une union politique". Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l'union monétaire sans l'union politique souhaitée par le chancelier Kohl.  En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné les inconséquences françaises.

Nous pensons que Robert Toulemon, dans cette analyse du passé, sans avoir tort, aurait du rappeler quelques unes des raisons qui avaient poussé les gouvernements français, dans la suite du Gaullisme, à craindre la mise en place d'une Union sur le modèle fédéral.  C'est que cette Union aurait été en fait téléguidée ou au moins instrumentalisée par les Etats-Unis, à travers les Etats européens qui pratiquement tous manifestaient un atlantisme sans faille. Il n'est pas certain qu'aujourd'hui encore, une telle Europe fédérale, si elle existait, comprenant des membres comme les nouveaux entrants dont l'atlantisme congénital s'ajoute à celui des atlantistes historiques, pourrait  prendre ses distances vis-à-vis de Washington. La volonté française actuelle – à supposer qu'elle se concrétise - de défendre non seulement la souveraineté nationale mais aussi la souveraineté européenne, n'aurait pas pu naître. 

Ceci dit, Robert Toulemon, en attendant que renaisse un jour le projet d'une Europe politique, souhaite que l'Union reprenne  sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un motif d'espoir. Il expose les différentes raisons pour lesquelles nous devrions tous  " aimer l'Europe",  " pour ce qu'elle est ", " pour ce qu'elle peut devenir " et " pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité " en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial.

Il va plus loin,  en suggérant un véritable programme de à l'intention des autorités de l'Union. Il propose, en particulier, des pistes pour retrouver par l'Europe croissance et emploi. Selon lui, la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, relève de "l'incantation", les attaques contre la Banque centrale européenne du "fantasme" et les appels à un gouvernement économique de "l'illusion". Rien ne sera possible, affirme-t-il, sans une forte volonté communautaire.  

Soit, mais peut-être pourrions nous à notre tour suggérer que la volonté communautaire ne se fera pas  à partir de prémisses affectives. Elle n'émergera qu'à l'occasion de ce que nous défendons ici, c'est-à-dire de grands programmes industriels et scientifiques mis au service de la souveraineté technologique et économique de l'Europe. Il n'est pas certain que de tels programmes puissent être envisagés, et moins encore acceptés, dans l'Europe à 27 encore soumise dans beaucoup de ses composantes à la tutelle américaine. Des actions en coopération renforcée, notamment au sein des membres de l'Eurogroupe, pourraient au contraire permettre de mettre sur la table des projets concrets dans lesquels les Européens pourraient enfin se reconnaître en tant qu'acteurs majeurs. Les programmes spatiaux (Galileo, GMES) ou plus simplement ceux intéressant les liaisons ferroviaires à grande vitesse entre les capitales en donnent  l'exemple.

Aimer l'Europe de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 2007

Jean-Paul Baquiast
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