







Nos membres et lecteurs trouveront ici le premier numéro, entièrement refondu, de la revue Europa++
La revue Europa++ a été inaugurée en septembre 2004, comptant 22 numéros jusqu'à septembre 2006. Ce fut dès le début pour Paneurope France un moyen précieux permettant à nos membres et à nos lecteurs de suivre de près l'actualité politique et technologique, notamment dans ses implications pour la construction européenne. Ces numéros ont été mis en mémoire et sont toujours consultables sur le site Internet de Paneurope.
Mais les techniques de communication évoluent. Nous avons entrepris la refonte complète de notre site - pour faire de celui-ci un outil plus riche et convivial - , que nous espérons terminer avant l'été. La tâche est longue car il faut reprendre et remettre en ligne un très grand nombre d'articles et de compte-rendus, concernant notamment nos colloques.
Sans attendre, nous avons décidé de relancer la publication de la revue Europa++, momentanément suspendue. L'actuel numéro 1 doit être considéré encore comme un prototype perfectible. Il vise à une plus grande lisibilité, afin de toucher davantage de lecteurs. Lorsque le futur site sera jugé bon pour le service, ce numéro comme les suivants y sera repris en archive.
La nouvelle Europa++, comme la précédente, est conçue et éditée en coopération avec les éditeurs de la revue Automates-Intelligents, qui ont toujours été nos associés dans notre combat pour une Europe Puissance Indépendante, Souveraine et Solidaire.
Je veux remercier aussi ici François Vadrot et ses collaborateurs de la société Aphania pour leur professionnalisme dans la conception de ces nouveaux outils et l'aide constante apportée à leur amélioration.
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Au moment où nous reprenons la publication de la lettre Europa ++, nos pensées vont naturellement au souvenir de Michel Habib-Deloncle, qui en fut de l'origine à juillet 2006 son directeur de la rédaction vigilant, dévoué et si compétent. |

Tout ce qu'il faut savoir pour ne pas dire de bêtises à propos de l'immigration, vous le trouverez dans un livre qui vient de sortir, intitulé Le temps des immigrés. L'auteur, François Héran, directeur général de l'Institut national des études démographiques, explique comment l'Europe (et la France en particulier) doit absolument composer avec un phénomène aussi irrésistible que... disons, le réchauffement climatique. Il propose des solutions permettant d'amortir le choc, si choc il y a. Les électeurs de Jean-Marie Le Pen eux-mêmes devront se résoudre à ce que, comme le prévoit l'auteur, et vu le différentiel de fertilité entre immigrés et autochtones, l'Europe entière (France comprise évidemment) devienne métissée visible, c'est-à-dire fortement et uniformément colorée. Ceci à échéance de quelques décennies. Les Israéliens non arabes auront le même problème, à plus petite échelle, avec les Palestiniens.
Notre ami Philippe Grasset se félicite du fait que le jugement prématuré de Ségolène Royal concernant l'inutilité d'un 2e porte-avion (sur lequel elle est d'ailleurs revenue) ait soulevé de nombreuses mises au point, y compris au parti socialiste. Selon Les Echos, « Les spécialistes de la défense au PS, le délégué national du PS à la défense, Louis Gautier, et la députée PS du Finistère Patricia Adam ont réajusté vendredi la position de Ségolène Royal ». Pour Philippe Grasset, la France serait le seul pays au monde où un tel sujet soulèverait tellement d'intérêt passionné. Si tout le monde paraît y vouloir le 2e PA, il y voit un héritage encore bien vivant du Gaullisme, qui « fait toujours pencher vers l'argument de l'indépendance et d'une défense forte ». « Le débat politique sur un tel sujet reconduit toujours aux concepts associés à celui de puissance: l'autonomie, la souveraineté, la légitimité ».
Porteur d'image
Les Français auraient bien voulu, et ne désespèrent pas, que cette idée de la puissance soit adoptée et transposée au plan de l'Union par nos partenaires européens. Mais à défaut, ils ne veulent pas l'abandonner pour ce qui les concerne, dussent-ils se serrer la ceinture dans d'autres domaines. Je suis de ceux qui estiment qu'un porte-avions joue un aussi grand rôle dans l'éducation populaire et la cohésion sociale, par l'image qu'il donne, qu'une énième réforme de l'éducation. Les deux d'ailleurs ne s'excluent pas.
On peut penser comme Philippe Grasset qu'il s'agit là d'un trait particulier qui distingue et honore notre nation, à droite comme à gauche. Il serait bon de ne pas l'oublier, car bien des sursauts pourraient en découler, n'en déplaise aux déclinistes et atlantistes.
La guerre en Irak ne peut être gagnée, et Bush est incompétent, estiment les Américains selon un sondage récent. Il ne faut pas en conclure que l'arrogance de l'Amérique cesse d'être une menace pour la construction européenne.
Le dernier sondage du Pew Research Center for the People & the Press, réalisé les 7/11 février parmi 1.509 personnes, mesure la dégradation de l'opinion des Américains concernant les chances de gagner la guerre en Irak, l'état de santé du pays et après de nombreuses autres questions dont il convient de méditer les réponses et la façon de qualifier G.W. Bush par un seul adjectif : "incompétent". Les Américains semblent maintenant de plus en plus conscients de la perte de crédibilité et de puissance de leur pays. Mais apparemment, ils ne voient pas par quelles voies et sous la férule de qui réagir.
"Gentille" ?
Parmi les atlantistes français ou européens, beaucoup commencent à expliquer que si, effectivement, l'Amérique n'a pas donné le bon exemple jusqu'à présent, du fait de son unilatéralisme (ce mot remplace progressivement celui d'impérialisme), les choses changeraient actuellement. L'Amérique redeviendrait "gentille" après avoir été "méchante". Elle serait de nouveau fréquentable par les Européens. Il ne faudrait donc pas la décourager par des mots trop durs.
Ne pas vivre sous l'ombre du système anti-missile
Telle n'est pas notre opinion. Nous pensons pour notre part que l'Amérique, gentille ou méchante, constitue toujours le plus grand obstacle à la construction d'une Europe indépendante et souveraine. Tous les Démocrates du Congrès n'y changeront rien. L'Europe doit donc cesser de vouloir continuer à vivre sous son ombre, c'est-à-dire par exemple, comme viennent apparemment de le décider les Polonais après les Tchèques, sous l'ombre d'un système anti-missiles dont le seul intérêt stratégique est de rappeler aux Européens qu'ils restent encore des vassaux.
Pour Guy Carcassonne, la Constitution française actuelle est satisfaisante - à une condition : proscrire le cumul des mandats concernant les députés.
La seule vraie réforme de la constitution qui s'impose en France est la suppression du cumul des mandats pour les députés, cumul interdit dans la grande majorité des parlements européens. Guy Carcassonne, professeur de droit constitutionnel, l'a expliqué de façon très convaincante sur France Culture le 19 février 2007.
Solutions et perspectives
L'argument selon lequel un bon député doit connaître le local et donc être élu local n'est qu'un argument de façade. Il sert seulement à préserver les intérêts de ceux qui ont toujours bénéficié du cumul pour se construire une carrière personnelle. Libérés du souci d'un mandat local, les députés pourraient se consacrer entièrement au contrôle de l'exécutif et à des questions de grand intérêt général examinées en commissions parlementaires.
Les élus locaux qui souhaiteraient poursuivre une carrière politique pourraient faire acte de candidature au Sénat, où ils apporteraient leurs compétences sans compromettre le fonctionnement de la Haute Assemblée. Une réforme soft du Sénat s'ensuivrait donc.
Guy Carcassonne propose une autre mesure, moins spectaculaire mais importante. il s'agirait d'offrir aux parlementaires provenant de l'entreprise et ne souhaitant ou ne pouvant pas y retourner une carrière de type Inspection générale rémunérée par le budget public. Ainsi, la surreprésentation des fonctionnaires publics dans les assemblées pourrait-elle décroître.
Rien de tout cela n'est possible en France actuellement.
Selon le journal EUObserver, la décision américaine d'imposer des bases de missiles anti-missiles à la Pologne et à la Tchéquie est en train de provoquer une crise grave, à la fois avec la Russie et en Europe même. Les Russes, comme nous l'avons signalé précédemment, considèrent ces missiles comme dirigés contre eux et menacent de prendre des mesures de rétorsion : affectation de certains missiles stratégiques à des objectifs en Europe et éventuelle relance de bases de missiles nucléaires de moyenne portée, dits “de théâtre”, impliquant la sortie des Russes du traité INF de décembre 1987 (Intermediate-Range Nuclear Forces treaty). Va-t-on revoir la crise des euromissiles démarrée en 1977 ?
Préparer une " Première frappe "
Une hypothèse bien plus inquiétante se fait jour aujourd'hui. Selon l'analyste politique William Engdahl, cité par Philippe Grasset dans l'article " Paysage de crise en formation accélérée ", l'immixtion américaine en Europe de l'Est aurait un tout autre but. Il s'agirait de rendre possible une première frappe (first strike) contre la Russie ou la Chine. Comment, direz-vous? Avec ces missiles anti-missiles qui ne sont pas conçus pour cela? Certainement pas. La frappe aurait lieu avec les missiles balistiques à tête nucléaire dont les Américains sont dotés en abondance. Les anti-missiles serviraient seulement à incapaciter une riposte venant d'une Russie aux trois quarts détruite, mais capable encore d'envoyer quelques vieux engins en " retaliation ".
On conçoit dans ces conditions la violence de la réaction de Poutine. Si la stratégie américaine était telle, la Russie ne pourrait pas rester les mains dans les poches. Elle relancerait de son côté la course aux armements et ce serait l'Europe qui, la première, serait sous le feu de la riposte russe. C'est bien ce que l'Allemagne commence à craindre. On regrette dans cette affaire de ne pas entendre M. PESD, Javier Solana. De même la France, qui devrait sans ambiguité se ranger du côté allemand, semble muette. Mais compte tenu du prochain départ de Jacques Chirac, existe-t-il encore une diplomatie française capable de s'opposer aux envahissements permanents du Département d'Etat et du Pentagone ? Il apparaît pourtant aujourd'hui, face à ces irresponsables, que séparer définitivement l'Europe de l'Amérique serait la solution de sagesse.
Rien n'arrête l'appétit budgétaire du lobby militaro-industriel américain. Les sommes demandées pour 2008, soit $648 milliards, comprennent 117 milliards consacrés aux technologies de défense. On sait qu'une grande partie de ces technologies bénéficieront aux industriels civils qui viendront affronter les européens sur leurs propres marchés, au nom de la libre-concurrence.
Dans DefenseNews du 5 février 2007, nous trouvons la liste des demandes budgétaires formulées par le Pentagone et proposées au Congrès par G.W. Bush. Pour certains observateurs comme dedefensa.org, ces montants étonnamment élevés traduisent le prix que les généraux et leurs alliés industriels du Monster (ou de la Beast, c'est-à-dire le lobby militaro-industriel) demandent à leur allié Bush de payer pour continuer à lui accorder leur soutien, face à une éventuelle opposition démocrate au Congrès.
Le budget global demandé est de 648,7 milliards de dollars pour 2008, comparé à celui de 2007, soit 626,3 mds demandés. Ce budget comporte 177 milliards pour la modernisation stratégique, c'est-à-dire la mise à niveau des technologies de défense, lesquelles se retrouvent en grande partie, sous forme de produits du commerce, dans les offres des industriels "civils" américains qui en bénéficient gratuitement :
Il faut y ajouter 22,5 mds consacrés à l'armement atomique et à divers programmes de défense conduits par d'autres ministères.
Une autre présentation de ce budget global consiste à distinguer 481 mds consacrés aux dépenses militaires régulières, hors guerre en Irak et Afghanistan, et 147 mds consacrés à ces deux guerres.
Nous rappellerons que, concernant par exemple les dépenses consacrées par l'Europe (principalement la France, l'Italie et l'Allemagne) au spatial militaire (satellites de télécoms et d'observation), le budget actuel est de 1 milliard d'euros. Les experts souhaitent, sans trop d'espoir, qu'il puisse être porté à 2 mds en 2008.
Nous n'avons cessé de le dire : le marché de la robotique personnelle (robots jouets, robots assistants, robots compagnons) représente un formidable marché. La start-up française GOSTAI souhaite devenir à terme l'une des leaders mondiales en matière de système de contrôle pour les robots personnels.
Selon les experts, le marché de la robotique personnelle, en croissance actuelle de 10 % par an, atteindra 2,5 millions d'unités en 2008, avec un pic attendu dans la période 2008-2010, le marché augmentant ensuite à un rythme assez proche de celui de l'informatique personnelle depuis 20 ans.
Dans ce cadre, la start-up française GOSTAI affiche l'objectif de devenir l'une des leaders mondiales en matière de système de contrôle pour ce type de robots. Son atout : le développement du langage de programmation innovant URBI (Universal Real-time Behavior Interface), langage d'intelligence artificielle simple pour des applications en robotique.
Un système universel et modulaire
Actuellement disponible en version RC1, ce langage mis au point par Jean-Christophe Baillie au Laboratoire d'Electronique et d'Informatique de l'ENSTA (Ecole nationale de techniques avancées) a été présenté récemment à Las Vegas lors de "l'International Consumer Electronics Show".
Cette interface logicielle universelle pour la robotique - et simple d'utilisation - permet de contrôler n'importe quel robot au niveau hardware (moteurs, capteurs, camera...) et software (reconnaissance de visages, de la voix...). Basé sur un langage de script puissant, URBI (distribué avec ses librairies sous licence GNU) peut être interfacé avec de nombreux langages de programmation connus (C++, Java, Matlab,...) et de nombreux environnements systèmes (Windows, Mac, Linux).
Innovation, standardisation, portabilité, flexibilité, modularité (multiplateforme) et facilité d'apprentissage et d'utilisation : voici des atouts pour ce produit innovant, susceptible de séduire à terme l'ensemble des grands fabricants mondiaux, mais aussi les fabricants de jouets tels Wow Wee ou Lego (Lego Mindstorms), voire les producteurs de jeux vidéos.
URBI sera utilisé sur le premier robot humanoïde français - Nao [nom de code actuel AL05] - à usage domestique et destiné au grand public que développe actuellement la start-up Aldebaran Robotics dirigée par Bruno Maisonnier.
Véritable concentré de technologie, et conçu dans un premier temps à des fins ludiques, ce robot sera capable d'interactions avec son propriétaire et évolutif en termes de comportements et de fonctionnalités. Autonome, il sera notamment doté de la synthèse et de la reconnaissance vocale, de la reconnaissance anthropométrique, pourra se connecter via Wifi à internet.
Embarquant un PC sour Linux, il sera livré en standard avec des comportements de base, qui pourront être enrichis (via des outils graphiques simples), faisant de ce robot un compagnon autonome pour toute la famille. Et, de compagnon, il passera ensuite vers une vraie fonction d'assistance pour les tâches quotidiennes (surveillance, télé-assistance, informations, lien réel-virtuel...).
La commercialisation de ce robot humanoïde français est annoncée pour la fin du deuxième semestre 2007.
Nous avions toujours considéré que la fusion Alcatel-Lucent représentait (en grande partie) la main-mise du pouvoir américain sur une des dernières entreprises européennes de technologie.
Les événements actuels ne nous démentent pas. Alcatel va par exemple fermer ou dégraisser des sites français dotés d'un fort taux d'ingénieurs et donc d'un fort potentiel de recherche-innovation. Ces compétences, une fois licenciées, seront perdues. Or on nous explique que les entreprises françaises n'investissent pas assez en R&D ! Soyons assurés que le partenaire américain, dans le couple Alcatel-Lucent, ne va pas faire la même erreur. Car d'une façon ou d'une autre, les compétences perdues par les Français seront conservées et développées aux Etats-Unis...
L'agence gouvernementale de presse chinoise a dernièrement annoncé que le service de navigation satellitaire chinois Beidou fournira des services gratuits de localisation à partir de 2008. La précision en sera de 10 m. Un pavé lancé dans la mare de Galiléo ?
Beidou se compose actuellement de 3 satellites, expérimentaux, en orbite géostationnaire, ce qui limite leur couverture aux zones terrestres d'où les satellites sont visibles. Le système complet comportera 35 satellites, dont 5 en orbite géostationnaire, les autres étant en orbite basse. Il couvrira alors l'ensemble du globe, avec deux niveaux de service: le service en accès libre précité (précision 10 m, mesure de vitesse au-dessus de 0,2 m/s, horloges synchronisées avec une précision de 50 ns) et un service sur abonnement en principe réservé aux militaires.
S'engage-t-on maintenant dans une compétition à la fois commerciale et technologique entre la Chine et l'Europe ?
Les Européens, il est vrai, n'auront qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Un projet de l'importance stratégique de Galiléo aurait dû être financé beaucoup plus largement sur fonds publics pour n'avoir pas besoin des aides chinoises.
Il aurait dû par ailleurs devenir opérationnel beaucoup plus tôt, alors que les retards s'accumulant (provoqués notamment par les réticences de financement des Etats) feront qu'ils n'entrera en service qu'en 2009, dans la meilleure des hypothèses.

Nous invitons nos lecteurs à participer à la conférence que PanEurope France organise le jeudi 8 mars prochain à 18h précises, à l'Assemblée Nationale au 126 rue de l'Université, Salle 6237, Niveau - 2, sur le thème "l'Union Européenne et
Ceux qui pourraient y participer doivent absolument, pour des raisons de sécurité, nous indiquer leur NOM / PRENOM à l'adresse suivante : cfup@pan-europe .org ou par fax au : 01.40.56.35.90 ; et se munir d'une pièce d'identité.
Le Centre d'information sur l'Europe marque le 50ème anniversaire du Traité de Rome en ayant ouvert le un site internet à cet effet, lancé le 20 février dernier.
Outre recenser prochainement toutes les manifestations commémoratives organisées en France, ce site, au contenu très riche, rappelle l'histoire de la construction européenne, de ses origines à nos jours ; propose des documents historiques exceptionnels ; rassemble les contributions de grands acteurs et témoins de l'aventure européenne (un entretien vidéo avec Maurice Faure, ancien secrétaire d'Etat, signataire du Traité, ouvre ce cycle de tribunes signées d'écrivans, de personnalités politiques et de journalistes).
Édito
Les experts du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat ont présenté des prévisions moyennes de réchauffement, sous la pression de nombreux Etats refusant de modifier leurs comportements en profondeur. Ces moyennes excluent par définition les phénomènes extrêmes. Or ce sont ces phénomènes qui seront catastrophiques, s'ils se produisent. Les gouvernements avertis doivent se préparer à y faire face. Cela intéresse de nombreux pays européens.
Le grand combat du monde, de l'Europe et de la France dans les prochaines décennies sera la lutte contre les conséquences catastrophiques du changement climatique et de la destruction des écosystèmes. Notre revue doit s'y impliquer systématiquement. Nous inaugurons ce sujet dans la rubrique Grand dossier. Il sera repris et décliné dans les numéros futurs.
Des prévisions pessimistes
L'urgence est d'autant plus grande que les experts nous avertissent. Les prévisions déjà pessimistes du GIEC/IPCC, présentées à la conférence de Paris début février, sont le résultat de compromis inévitables avec les Etats qui ne voulaient pas que l'accent soit mis sur les risques, de peur de devoir changer trop vite leurs comportements. En fait, il ne s'agit que de prévisions moyennes, qui ne mentionnent pas des risques bien réels mais qui sont estimés, selon le langage des experts, comme relevant du « very likely » et non du « extremely likely ». Autrement dit, du très probable et non du quasi-certain.
Londres noyé, si...
Or ce sont les extrêmes et leurs probabilités d'occurrence qui doivent intéresser les gouvernements et les
peuples. Les Londoniens, comme l'expose l'éditorial du New Scientist daté du 10 février 2007, ne seront pas seulement intéressés par l'élévation du niveau moyen des mers. Ce qui les préoccupera sera la conjonction de cette élévation, d'une marée haute et d'une tempête de Nord-Est en mer du Nord. Alors Londres sera noyé, comptant des centaines de milliers de morts, comme le montre très justement le roman Flood de Richard Doyle.
On attend donc des experts du GIEC les plus indépendants, si celui-ci ne peut le faire lui-même, une évaluation sans complaisance des catastrophes à venir, même si certaines sont moyennement probables. Ce sera seulement sur cette base que les gouvernements et les opinions pourront accepter les mesures préventives nécessaires, à supposer que celles-ci soient du domaine du possible.
Grand dossier
Une prise de conscience internationale sur la réalité de la crise climatique commence à se faire. Il faut désormais envisager de véritables "mesures révolutionnaires", selon le terme de Jacques Chirac, pour lutter contre la crise. Un pays comme la France, l'Union européenne et finalement les Nations unies devraient voir leurs politiques profondément infléchies afin de faire face aux changements de comportement nécessaires.
Vers une Organisation des nations unies pour l'environnement
Après la conférence internationale de Paris (3-4 février) pour une « gouvernance écologique mondiale », présidée par le président français Jacques Chirac ; après la conclusion des travaux (1er-2 février) du comité d'experts internationaux du GIEC/IPCC montrant que les pronostics les plus pessimistes concernant la crise climatique étaient confirmés par les scientifiques ; quelques jours après le Forum de Davos (24-26 janvier) où la prévention de cette même crise a fait l'objet de la préoccupation des grands décideurs économiques ; quelques semaines enfin après la remise par Nicholas Stern du rapport qui fera date évaluant les coûts considérables que représenterait l'inaction face à la crise et proposant de nombreuses mesures politiques qui n'ont rien de libéral, on peut constater qu'une prise de conscience concernant la réalité de la crise climatique commence à se faire. Mieux, il devient clair qu'il faut désormais envisager de véritables "mesures révolutionnaires", selon le terme de Jacques Chirac, pour lutter contre la crise. La vraie question est celle de savoir si la révolution restera dans les mots ou si elle se traduira en décisions effectives. L'enjeu pour l'Europe sera considérable.
Agir ensemble
A cet égard, plusieurs constatations lourdes de sens s'imposent. D'abord, dans cette prise de conscience mondiale, la Grande Bretagne et la France jouent de façon différente mais convergente, un rôle pilote. Derrière ces deux pays, l'ensemble de l'Union, à l'initiative de la Commission et du parlement européen, se mobilise sans tergiverser. Pour une fois, les 27 membres semblent convaincus de la nécessité d'agir ensemble et vite. Pourvu que le consensus se maintienne quand il s'agira de prendre des mesures qui entraîneront nécessairement beaucoup de sacrifices!
Unilatéralisme américain
Une seconde constatation concerne la persistance de l'administration fédérale américaine à nier la crise et à refuser toutes mesures susceptibles d'obliger la nation la plus productrice de gaz à effet de serre (GES) du monde à changer son mode de vie. "Le mode de vie américain n'est pas négociable", avait déjà affirmé avec un unilatéralisme insupportable, mais qui ne s'est pas démenti depuis, un précédent président. Mais une évolution surprenante se dessine cependant. Certains états fédérés américains commencent à vouloir négocier avec l'Union européenne le partage de divers mécanismes destinés à lutter contre les émissions de GES, notamment la bourse d'échange des droits à produire du carbone (carbon trading scheme) découlant du protocole de Kyoto. Ceci pourrait être le début d'une crise constitutionnelle majeure aux Etats-Unis. Le pouvoir fédéral y reculerait devant celui des Etats. L'hostilité que suscite dans nombre de ceux-ci l'entêtement du G.W.Bush, non seulement à nier la crise climatique, mais à poursuivre sa longue guerre contre le terrorisme ne fera qu'augmenter la probabilité d'une telle crise.
Fair-trade
Une troisième constatation nous paraît s'imposer. Il s'agit du fait qu'en Amérique, qui s'est toujours prétendue (en dehors des questions intéressant le Militaro Industrial Congressional Complex) le parangon du libéralisme (free-trade), des chefs d'entreprises toujours plus nombreux commencent à considérer qu'un retour au patriotisme économique (prôné il fut un temps par la France et repris aujourd'hui – timidement – par les candidats aux présidentielles française) correspond dorénavant à une nécessité. On ne parle pas encore aux Etats-Unis de protectionnisme ou de patriotisme économique, mais de fair-trade. Le mot signifie en fait que les échanges doivent être négociés, sous les auspices d'une autorité gouvernementale, sur la base de la réciprocité. Le programme de retour au fair-trade a déjà un nom, il s'agit du projet Horizon. Certes, le fair trade recommandé n'est pas lié, en principe, à la réciprocité des efforts que feront les pays dans la lutte contre la crise climatique, mais il trouvera rapidement l'occasion de s'y appliquer.
Deux questions cruciales
Tout cela nous confirme pour notre part qu'il convient en Europe, en commençant par la France, de prendre un peu d'avance sur les esprits et de commencer à étudier comment pourraient s'organiser les efforts visant à réguler les économies afin de limiter au maximum les effets de la crise climatique et environnementale. Qui réglementera, en faveur de qui et de quoi ? Ces questions ne sont pas tranchées, ni même posées. Mais il semble que peu à peu émerge le concept d'une économie mixte (privée-publique) mondiale, dirigée par des intérêts multiples (multipolaires) associés pour la survie de nos civilisations. Ce serait donc bien le glas du capitalisme libéral qui commencerait à sonner. Ce serait aussi celui de l'influence unilatérale de la super-puissance américaine, jusque là associée à ce même capitalisme libéral et désormais embourbée dans ses impasses multiples. Enfin, pour l'Europe, si elle s'inscrivait résolument dans la lutte contre le réchauffement global et la protection de l'environnement, ce serait une opportunité considérable de se faire entendre face non seulement aux Etats-Unis mais aussi face aux puissances émergentes telles la Chine et l'Inde, qui ne peuvent construire leur croissance en négligeant ces questions.
Selon nous, deux questions mériteraient d'être approfondies sans attendre :
Il est clair que de telles réflexions devraient alimenter les futurs travaux de l'Union européenne, la première concernée, mais aussi de la future Organisation des Nations unies pour l'Environnement, si celle-ci voit le jour comme il l'a été souhaité par un grand nombre de pays lors de la Conférence de Paris.
La version intermédiaire du rapport du GEIC, publiée le 2 février
Le programme de la Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale 2-3 février 2007
Le texte de l'Appel de Paris
Horizon Project, le site du projet Horizon
Analyses
L'industrie aérospatiale, dont Airbus fait partie, participe aux technologies de puissance qu'aucun Etat ne peut laisser aux mains des actionnaires privés. Comme c'est un élément clef de la coopération entre Etats européens, il est donc nécessaire que ceux-ci soutiennent l'entreprise, surtout si leur bonne entente repose sur des architectures industrielles représentant un certain coût.
Appelons technologies de puissance celles qui sont nécessaires à une nation ou un groupe de nations pour exister de façon indépendante dans un monde marqué par la compétition pour le pouvoir global. Ce monde est encore aujourd'hui unipolaire, c'est-à-dire dominé par la superpuissance américaine. D'autres empires se préparent pour lui disputer cette domination : la Chine, l'Inde. Dans la meilleure des hypothèses, on aboutira à un monde multipolaire, où la puissance sera mieux répartie, mais où la compétition ne sera pas diminuée. Les industries aérospatiales sont au premier rang des technologies de puissance, sous leur aspect civil comme militaire. Elles participent donc en premier chef à la course pour la puissance.
Airbus et Boeing font partie des technologies de puissance
L'Europe veut-elle figurer en tant que puissance dans le monde multipolaire qui se met en place ? Si oui, elle doit développer l'éventail des technologies de puissance nécessaires, en mobilisant les ressources des grandes nations en ayant la capacité. Pour cela, elle doit protéger et aider à se développer les industries aérospatiales dont elle dispose, au premier rang desquelles se trouve Airbus. C'est bien ce que font les Etats-Unis en ce qui les concerne quand il s'agit de Boeing. Prétendre que Boeing affronte Airbus sur le marché international du transport aérien dans un combat loyal entre entreprises capitalistes ne disposant d'aucun appui de la superpuissance américaine serait faux. L'Etat fédéral dispose de nombreux moyens pour aider les entreprises stratégiques. Même lorsque les actionnaires relèvent du secteur privé, ils sont animés d'une volonté de patriotisme qui en fait de bons soldats de la lutte pour la domination globale. Les difficultés récentes de Boeing, dues en grande partie à la mauvaise gestion, ont été très vite effacées par une mobilisation générale de toute la nation américaine. Cette mobilisation s'exerce aussi quand il s'agit de combattre Airbus et sa maison mère EADS sur les marchés intérieurs et extérieurs.
Les difficultés actuelles d'Airbus tiennent en grande partie à ce que ni les Etats participant de près ou de loin à son capital, ni l'Union européenne, n'ont voulu admettre officiellement et pleinement la dimension stratégique, c'est-à-dire vitale, de cette entreprise. Dimension stratégique signifie primauté des intérêts et de la volonté des Etats. En effet, laisser jouer les intérêts privés, c'est-à-dire ceux des actionnaires, soumet l'entreprise à une course au profit immédiat empêchant tout investissement humain et matériel durable. Or les Etats européens impliqués dans Airbus ont tenté de jouer sur les deux tableaux, en participant aux capitaux et à la gestion de l'entreprise, tout en laissant un pouvoir important sinon prédominant aux actionnaires.
Dans le cas d'Airbus s'ajoute une dimension diplomatique
L'implication des Etats, France et Allemagne principalement, dans Airbus s'est traduite par des décisions paraissant aberrantes au plan industriel mais très fondées au plan diplomatique: mettre en place une co-direction franco-allemande devant être exemplaire pour la construction européenne. Cette co-direction impose des contraintes justifiées, sans doute coûteuses en termes comptables : partage de la gouvernance, des sites industriels et des compétences comme aussi partage des sacrifices nécessaires. Elle se fait inévitablement dans un esprit de compétition franco-allemand (Chacun " marquant l'autre à la culotte " , selon l'expression d'un ancien cadre supérieur). Faut-il pour autant y renoncer ? Evidemment non, ce serait la fin de toutes perspectives de coopération stratégique entre les Etats européens. C'est ce qu'on voulu réaffirmer, semble-t-il, la chancelière Merkel et le président Chirac lors de leur rencontre à Meseberg le 23 février.
Mais alors, il ne faut pas hésiter, comme d'ailleurs le font les Allemands, à renforcer le caractère « public » et « non libéral » de l'entreprise, en ne laissant aux actionnaires ni pouvoir de décision ni pouvoir de nuisance. Certains groupes privés figurant au capital ont voulu ou veulent se désengager...Qu'ils le fassent. Mais il ne faut pas les remplacer par des actionnaires qui seront encore moins fiables et peut-être au service du concurrent américain, provenant de fonds d'investissements ou de pensions internationaux.
Les Etats doivent donc intervenir
On dira que Airbus s'adresse à des acheteurs privés du marché international, susceptibles d'être inquiétés par le statut d'un fournisseur que la concurrence s'empressera de qualifier d'étatique. Nous pensons que l'argument ne tient pas. Les acheteurs veulent de bons avions, vendus par une entreprise qui s'intéresse à leurs besoins et acceptent la course à la compétitivité du produit. Peu leur importe le statut juridique de l'entreprise.
Renforcer le caractère public et « intergouvernemental » d'une entreprise comme Airbus (nous dirions la même chose de EADS) ne voudra pas dire cependant soumettre la direction de l'entreprise aux petits jeux permanents de la rivalité entre administrations nationales. Il faudra trouver moyen d'assurer l'indépendance de la direction, à l'intérieur de directives d'ensemble arbitrées par les Etats.
Mais en contrepartie, lorsque ces directives imposeront, pour des raisons diplomatiques très justifiées, des décisions paraissant économiquement irrationnelles, comme la répartition géographiques des sites d'avenir, il faudra que les Etats remboursent à l'entreprise, quoiqu'en disent les économistes libéraux (et l'OMC) les surcoûts correspondants.
Evidemment, il sera difficile de faire le départ entre l'efficacité industrielle et les concessions à la parité politique. Mais le bon sens pourra y aider. Ainsi, les logiciels de conception des produits devront être uniques, quoique en pensent certains responsables d'usines. Mais par contre, et quelque soit le surcoût, une égale répartition dans la fabrication et l'assemblage des pièces maîtresses sera nécessaire, au moins jusqu'à ce que l'entreprise, ayant renoué avec le succès, puisse sans drames politiques rationaliser son architecture.
L'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a présenté le 7 février à la presse un rapport illustrant le fait que l'Europe spatiale est aujourd'hui à un tournant, entre le déclin et l'audace. Ce rapport présente 50 propositions pour faire de l'Europe, sur les 30 prochaines années, le leader mondial de l'espace. Les domaines trop négligés en France et en Europe du spatial de sécurité-défense et des vols habités ont fait l'objet de développements particuliers.
Présentation du rapport de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPCEST)
L'opinion européenne s'intéresse peu à l'espace. Il en est de même en France. Aucun candidat aux élections présidentielles n'en a encore parlé. Or il faut aborder ce sujet au plan politique le plus élevé. C'est ce que veulent faire les parlementaires membres de l' OPECST, dont le dernier rapport en date sur ce sujet vient d'être déposé (1) . Pour prendre conscience de la nécessité d'une politique spatiale européenne, il suffit de regarder ce que font les autres grands pays : USA, Chine, Inde, Russie. L'Europe doit se mobiliser pour figurer en tête des grandes nations spatiales.
La période actuelle est favorable. Elle est marquée par de bons résultats européens : carnets de commande satisfaisants en matière de lanceurs et satellites, succès des missions multilatérales, reconnaissance du besoin d'une préférence européenne en matière de lanceurs (confirmée par le Président Chirac concernant les missions nationales).
L'année 2007 sera marquée par des événements majeurs pour l'Europe : notamment le lancement du véhicule de liaison ATV Jules Verne et la tenue du Conseil européen de l'espace le 22 mai, associant l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne ESA. La politique spatiale européenne pour les prochaines années y sera définie.
Il est donc particulièrement nécessaire de réaffirmer, comme le fait le rapport de l' OPECST, l'ambition des objectifs que l'Europe doit se fixer. Deux domaines méritent particulièrement d'être soulignés :
La sécurité-défense
Il faut se persuader qu'en ce domaine, la plupart des programmes sont duaux (pouvant servir simultanément des objectifs civils et militaires). La France le sait en ce qui la concerne. Mais l'Europe reste à convaincre, notamment concernant les programmes Galiléo et GMES. Dans ce domaine, une coopération entre les gouvernements et les Agences européennes s'impose.
Les vols habités
L'année 2007 sera pour l'Europe celle du lien renoué avec l'ISS (Station spatiale internationale). L'Europe ne doit pas, quel que soit l'intérêt des vols automatiques, exclure les vols habités. Le coût en est lourd financièrement mais indispensable à la cohérence d'ensemble du projet spatial européen. La France qui a toujours soutenu les ambitions européennes doit persister à jouer ce rôle. Au delà de l'ISS, l'Europe doit confirmer ses ambitions sur des vols robotiques puis humains sur Mars et à titre intermédiaire la Lune. Des coopérations internationales sont sans doute à envisager, mais l'Europe devra conserver la maîtrise des éléments clefs de tels vols.
Malgré un bon état de santé apparent, l'Europe piétine aujourd'hui. De multiples décisions sont à prendre, couvrant les 50 prochaines années. Les recommandations du rapport proposent une vision franco-européenne pour l'espace. Le mot de vision est intentionnel. Il marque la volonté d'ambitions larges et audacieuses.
Une "révolution" en perspective dans les nanotechnologies
Il s'agit du programme de recherche "IDEAS (Factory on the Software Control of Matter)" soutenu par l'"UK Engineering and Physical Sciences Research Council. Un objectif présenté comme révolutionnaire, y est poursuivi. Il s'agit, globalement, de réaliser un compilateur de matière, "matter compiler", qui pourrait construire des nano-objets à l'échelle atomique sous le contrôle d'un ordinateur. A partir de cela, il deviendrait possible de mettre en place des nano-usines fabriquant des nano-produits à grande échelle. Les nano-usines elles-mêmes généreraient en série de nouvelles nano-usines de plus en plus productives. Des applications à grande échelle deviendraient alors envisageables à des coûts accessibles (voir notre présentation du livre Nanotechnologies de Yann de Kérorguen dans cette revue).
Le Center for Responsible Nanotechnology (CRN) est bien dans son rôle de signaler cette perspective et d'appeler à une réflexion approfondie sur la question. "If, as expected, nanofactories can be used to build more nanofactories, then the impacts on society may be extreme" déclare Mike Treder, directeur exécutif. "From remarkable advances in health care, environmental repair, and poverty reduction, to severe economic disruption, political upheaval, and the possibility of a new arms race: all these implications and more must be understood. Now it appears that our time to prepare is getting shorter."
Pour notre part, nous ne démentirons pas le CRN. Il faut se préparer à l'éventualité. Une petite observation s'impose cependant. En tant qu'Européens, nous ne pouvons que nous réjouir de voir le "breakthrough" se produire en Europe, si c'est le cas. mais le CRN manifesterait-il la même inquiétude si un programme analogue, financé par la Darpa américaine (Defense Advanced Research Projects Agency) et conduit secrètement aux Etats-Unis, était sur le point d'aboutir ? Ce qui est sans doute d'ailleurs le cas sans que nous le sachions.
Événements|
Énergie géothermique : un rapport surprenant Economie - Recherche - Environnement
Il existe encore aux États-Unis des scientifiques qui osent contester la prétention des industries pétrolières à se déclarer irremplaçables. Selon un rapport du MIT, l'énergie géothermique pourrait être substituée au pétrole dans des conditions économiques convenables. Souhaitons que les Européens y réfléchissent aussi.
Un rapport surprenant du MIT publié le 20 janvier 2007 sous la responsabilité du Pr Jefferson Tester [Meissner Professor of Chemical Engineering au MIT] démontre que faire appel à l'énergie géothermique pourrait résoudre, à court terme et à des coûts non supérieurs à ceux imposés par les énergies fossiles, l'ensemble des besoins en énergie des Etats-Unis. La solution est relativement simple. Elle consiste à injecter de l'eau dans les couches chaudes, à une profondeur moyenne de 10 km, et à utiliser la vapeur ainsi produite dans des turbines. Les ressources de chaleur disponibles (l'eau étant récupérée en grande partie) pourraient assurer la consommation énergétique actuelle des Etats-Unis (27 trillions de kwH) pendant 2 millénaires. La technologie nécessaire existe déjà. Rien n'imposerait dans ces conditions de restrictions à la consommation énergétique, puisque cette énergie serait absolument propre, notamment en termes de production de gaz à effet de serre (GES). Les seuls risques à considérer seraient d'ordre sismique, dans certaines régions peu stables. La question de bon sens consiste alors à se demander pourquoi l'administration américaine ne s'engage pas immédiatement dans cette voie ? Sans doute parce que l'industrie pétrolière y perdrait - au moins momentanément et le temps qu'elle se reconvertisse - une partie de son pouvoir économique et de ses perspectives de profit actuels. Concernant l'Europe et les autres pays en mal d'énergie, on peut penser que la géothermie "lourde" ainsi comprise pourrait aussi offrir des solutions intéressantes. Le feu de la terre n'est pas près de s'éteindre. la présentation du rapport Le rapport complet (400 pages, PDF) |
Vista ou le viol des utilisateurs International - Economie - Environnement
Utilisateurs convaincus des logiciels libres, nous sommes obligés dans cette revue de constater une nouvelle fois les efforts que fait Microsoft pour enfermer ses clients dans des produits coûteux, inutilement compliqués, alors que l'utilisateur moyen n'exploite sans doute que 5 % des "services" offerts par son système d'exploitation.
Fidèle à ses méthodes, Microsoft impose, non seulement aux informaticiens, mais aussi (et surtout) au grand public, un nouveau système d'exploitation aux avantages douteux, mais qu'ils devront acheter, sans parler du remplacement des micros qui s'imposera le plus souvent. La firme en attend des bénéfices considérables. Les administrations, y compris enseignants et élèves, qui n'ont pas osé jusqu'à présent remplacer Windows par des logiciels libres, devront payer des millions d'euros de droits, dépense bienvenue en cette période d'abondance budgétaire. Les médias sont tous à genoux devant ce nouveau prodige de l'intelligence logicielle et commerciale. Quand on lit la presse aux ordres, il y a de quoi se poser des questions. Il ne faut pas acheter Vista Des experts bien informés - que nous avons consultés - émettent par ailleurs des doutes quant aux finalités de la National Security Agency qui a aidé Microsoft à sécuriser Vista. Les back doors et autres espions ne doivent pas manquer. Concernant l'effet sur la crise climatique, il faut aussi savoir que: la durée de vie d'un PC va passer en 2007 de 3 ans à 2 ans, à cause notamment de la migration vers Vista. Il faudra recycler entre 400 et 500 millions de PC fin 2007 simplement parce qu'ils seront incapables de s'adapter aux nouvelles technologies. Vista va nécessiter entre 60 et 80 watts de consommation supplémentaire par PC. Conclusion : il ne faut pas acheter Vista. On peut très bien vivre sans, comme la plupart des gens vivent sans véhicule 4/4. Le site de la Free Software Foundation | ||
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Message des membres de l'Assemblée interparlementaire européenne de sécurité et de défense Institutions - Défense - Sécurité
Ce message relatif aux orientations de la coopération européenne de sécurité et de défense est adressé aux chefs et de gouvernement de l'Union, en vue de la réunion que tiendra le Conseil européen le 25 mars 2007 à l'occasion du 50e anniversaire du Traité de Rome.
Voilà cinquante ans, six pays européens ont signé le Traité de Rome. Nous saluons les avancées réalisées par ces Etats et ceux qui les ont rejoints par la suite, en vue de créer une Europe partageant des valeurs communes, une croissance économique et une prospérité communes ainsi qu'une responsabilité commune en matière de sécurité et de défense. Cinquante ans plus tard, l'Union européenne existe, et vingt-sept pays européens sont venus appuyer ces efforts initiaux. Aujourd'hui, la sécurité de nos sociétés et la survie de nos valeurs démocratiques mêmes sont menacées par la montée de nouveaux périls (le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les migrations en masse et le crime organisé), qui affectent non seulement la sécurité de notre continent, mais aussi la viabilité de nos principes démocratiques. Nous avons besoin de définir des réponses communes pour parer à ces nouvelles menaces communes dans le domaine de la sécurité et de la défense. Ces réponses doivent être étroitement concertées avec nos alliés de l'OTAN. Nous demandons instamment aux Chefs d'État et de gouvernement européens d'oeuvrer au développement d'une politique européenne de sécurité et de défense fondée sur :
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Création d'un atelier Europe à Bordeaux Institutions - International
L'association " Vivre à Bordeaux " et PanEurope France créent conjointement un atelier " Europe ".
PanEurope-France a engagé à Bordeaux une action dont l'intérêt mérite d'être souligné et dont on pourrait s'inspirer pour la diversification régionale de l'audience de notre association préconisée par son Président. Cela a débuté par une invitation du Président d'une association Bordelaise, bien implantée dans la Capitale de la Région Aquitaine, qui a convié PanEurope-France à venir témoigner de sa vision de l'Europe auprès de ses membres en mai 2005. A la suite de cette manifestation qui avait réuni une centaine d'adhérents de l'association « Vivre à Bordeaux », cette dernière a mis sur pied un « atelier Europe » en partenariat avec PanEurope-France. Coprésidé par deux animateurs aussi motivés l'un que l'autre, Carole Jorda pour Vivre à Bordeaux et Serge Champeau pour notre mouvement, l'atelier Europe réunit désormais près d'une vingtaine de participants et s'est fixé un programme de travail destiné à approfondir les grands enjeux de la construction Européenne. L'atelier a débuté ses travaux par une analyse comparative des positions des principaux candidats à l'élection présidentielle au regard de l'Europe. La fête de l'Europe sera marquée à Bordeaux le 9 mai prochain par une soirée débat organisée en partenariat avec PanEurope-France, au cours de laquelle le Professeur Moreau-Défarges, analyste géopolitique de renom, fera part de sa vision de l'Union Européenne et évoquera les possibilités de sortie de la crise présente.Enfin au programme de l'atelier, un séminaire dont le thème pourrait porter sur les enjeux en matière énergétique pour la souveraineté de l'Europe, est envisagé dans le courant du dernier trimestre 2007. Une réunion amicale de l'association Vivre à Bordeaux a permis récemment de constater qu'Alain Juppé, Maire de Bordeaux, n'a pas perdu son intérêt pour les affaires internationales. Il suit tout particulièrement les travaux de cet atelier Europe, ce qui montre qu'en dépit du rejet du Traité constitutionnel, les questions Européennes restent au cœur des préoccupations des hauts responsables politiques. PanEurope-France ne peut que se réjouir du succès d'une telle formule de partenariat qui permet de démultiplier son action en province et de faire progresser le débat sur le fond des enjeux de la construction Européenne. Il serait bon que de telles initiatives se développent dans d'autres grandes capitales régionales. D'ores et déjà, on peut penser qu'il en sera ainsi prochainement à Nancy par le truchement du Centre d'études Européennes. | ||
Libres propos
L'approche purement comptable des grandes politiques publiques n'est plus possible. Un grand pays européen comme la France doit situer ses projets dans la perspective d'une politique de puissance européenne, visant notamment à proposer au monde des solutions permettant de faire face à la crise climatique et à prendre le relais diplomatique d'une Amérique qui paraît durablement affaiblie. Les partenaires européens de la France ne pourront faire autrement que de suivre de telles orientations.
Mieux évaluer les répercussions à long terme des choix politiques
Les candidats aux élections présidentielles françaises et leurs partis doivent -ils s'évertuer à chiffrer le coût que représentera leur programme de réformes ? Nous estimons que cette démarche n'a guère de sens. Pire, elle est marquée de plusieurs vices rédhibitoires, consistant à :
L'Europe risque d'être relativement absente du débat de l'élection présidentielle et de celui des élections législatives. Afin de susciter et d'enrichir ce débat, l'auteur résume à grands traits les propositions des trois partis principaux. Seuls les programmes législatifs des partis ont été pris en compte, pour les raisons suivantes :
Cette brève analyse, que l'auteur espère à peu près objective, est une invitation à lire les trois programmes en question et à se faire une idée personnelle de la manière dont ils intègrent la dimension européenne.
Fiches de lecture
Jean-Pierre Chevènement, à qui il a été reproché d'avoir soutenu le non français au référendum sur le Traité constitutionnel, montre dans ce livre qu'il ne s'oppose pas à la construction européenne, mais à une Europe pilotée par les stratèges américains. Il propose de nombreuses solutions concrètes pour avancer dans la voie de la construction européenne.
Dans un raccourci saisissant de 150 pages, La faute de M. Monnet, Jean-Pierre Chevènement explique à ceux qui sont trop jeunes pour l'avoir vécue ce que fut vraiment l'histoire de la construction européenne depuis la seconde guerre mondiale. Cette histoire ne fut pas tout à fait celle que l'on imagine. Beaucoup se demandent pourquoi la construction européenne, projet politique pourtant unique au monde et qui devrait susciter l'enthousiasme provoque tant de réticences et même de révoltes. Ils pourront en lisant ce livre commencer à le comprendre.
Un lourd secret
La construction européenne cache un lourd secret. Elle n'a pas été conçue pour faire des citoyens européens les acteurs d'une histoire ambitieuse où l'Europe redevenue puissante pourrait faire jeu égal dans la confrontation des stratégies géopolitiques avec les autres puissances et superpuissances. Les vrais premiers « pères de l'Europe » ne furent pas Robert Schuman, Konrad Adenauer et d'autres. Ce furent les stratèges du Pentagone, du Département d'Etat et de la Maison Blanche. Ils agirent non pour le bien des nations européennes mais pour celui de l'Amérique – ce qui était d'ailleurs leur droit le plus strict. Encore fallait-il le savoir. Les Etats-Unis, relayés en Europe par des Européens tels que Jean Monnet pour qui l'alliance américaine était le seul salut, ont vu le danger qui les menaçait. Une Europe désunie et restée misérable aurait été conquise en quelques mois par la Russie soviétique. Dans ce cas, l'Amérique n'aurait pas pesé lourd face au bloc soviétique. Il fallait donc, pour assurer le salut des Etats-Unis, que l'Europe soit unie, que son niveau de vie s'améliore et qu'elle puisse ainsi servir de glacis pour tenir à distance les régimes communistes. Cependant l'Amérique n'a pas voulu que l'Europe s'unisse dans la perspective de devenir une puissance capable de s'opposer éventuellement à elle. Elle voulait une Europe unie sous une forme qui la maintiendrait indéfiniment dépendante, c'est-à-dire d'un marché sans barrières extérieures ouvert à ses intérêts industriels et financiers comme à ses bases militaires.
Les colonies de l'Amérique
Le modèle géopolitique permettant de créer et maintenir la dépendance de l'Europe à l'égard des Etats-Unis n'était pas très difficile à trouver. Il s'agissait d'appliquer à l'Europe le statut colonial que cette dernière pendant deux siècles avait imposé au reste du monde. Il fallait faire des pays européens les colonies de l'Amérique. Mais comme l'on était entre gens bien élevés, cette colonisation devait être dissimulée, elle devait être compensée par des avantages matériels indiscutables capables d'acheter la servilité des Européens. Comme toujours aussi dans de telles situations, il fallait s'appuyer sur des élites autochtones qui gouverneraient à la place des représentants des Etats-Unis mais en prenant leurs ordres à Washington. Cependant les attributs de la vraie puissance, notamment la diplomatie et la défense, ne devaient pas être délégués. L'Amérique, notamment à travers l'Otan et diverses institutions faussement dites multilatérales (FMI, Banque mondiale), devait en conserver la maîtrise.
Jean-Pierre Chevènement montre bien comment ce grand dessein américaniste fut mené à bien. La France de la 4e République, la Grande Bretagne jusqu'à aujourd'hui, l'Allemagne, l'Italie acceptèrent sans discuter de devenir les « caniches » des présidents américains (pour reprendre l'expression appliquée à Tony Blair). Le retour du Gaullisme donna un moment du fil à retordre aux atlantistes. De Gaulle refusa de jouer les caniches et voulut se doter des attributs de la souveraineté. Mais cela ne dura pas. Dès son départ, la France rentrait dans le rang. Elle a cependant traîné les pieds. Dotée d'une forte tradition régalienne, de corps techniques et d'une administration puissante, elle a longtemps prétendu ne pas céder complètement à l'entrisme du capitalisme américain qui sous couvert d'une doctrine libérale présentée comme la bible voulait démanteler ses industries et ses services publics. Bien pire, la France entretint le rêve de convaincre à son rêve de puissance à la française certains de ses voisins, l'Allemagne en particulier.
Triomphe du libéralisme
Mais rien n'y fit. La construction européenne, du Traité de Rome à celui de Maëstricht, marqua le triomphe du libéralisme tel que conçu par les stratèges américains, c'est-à-dire l'ouverture complète à la concurrence mondiale, à la financiarisation de l'économie et à la domination des firmes américaines. Certes, tout ne fut pas négatif dans les premières décennies. L'ouverture à la concurrence extérieure présente toujours une phase de prospérité ascendante, due au démantèlement d'archaïsmes et de privilèges hérités du passé et incapables d'évoluer. Les prix baissèrent, la consommation et le niveau de vie s'améliorèrent. Mais les grands bénéficiaires de la mondialisation furent les élites patronales européennes, puisque contrairement aux salariés, elles peuvent délocaliser leurs intérêts dans le reste du monde.
Aujourd'hui cependant nous vivons la phase de prospérité descendante du libéralisme à l'américaine imposé à l'Europe. Celle-ci dans ses profondeurs – avec un temps de retard en Allemagne du à la puissance industrielle du capitalisme rhénan, s'est mise progressivement à connaître le sort de l'Argentine à la fin de la guerre, comme de tous les pays soumis aux modes de gouvernance imposées par l'appartenance à la zone dollar, sous la tutelle de l'OMC, du FMI et la Banque mondiale. Important de plus en plus de biens de consommation, n'investissant plus, voyant fuir sa matière grise et ses capitaux, l'Europe est en train de s'enfoncer dans la désindustrialisation, le chômage, les déficits budgétaires et commerciaux, les inégalités sociales génératrices de tensions internes de plus en plus fortes.
Vers l'indépendance
A partir de cette constatation, Jean-Pierre Chevènement propose une voie permettant de relancer l'Europe, Il s'agirait de faire de la zone euro, qui regroupe les Etats ayant adopté l'euro, un « gouvernement économique », avec harmonisation des règles sociales et fiscales, établissement d'une frontière douanière extérieure et, bien sûr, direction politique commune capable notamment d'harmoniser la politique commerciale et la politique financière, à l'instar de ce que font les Etats-Unis (policy mix). Le tout serait gouverné de façon démocratique par un conseil émanant directement des Etats membres et décidant à la majorité qualifiée. Ainsi, la Banque centrale européenne perdrait son statut de décideur exclusif et sans tutelle. Elle deviendrait un organe d'exécution parmi les autres, le cours de l'euro devenant ajustable en fonction des exigences de la politique commerciale et de la politique générale. D'autres coopérations renforcées, le cas échéant avec d'autres pays, pourraient (devraient selon nous) organiser la politique extérieure et de sécurité européenne. Le tout se ferait, et c'est là un point essentiel à la réussite du système, de façon totalement indépendante des Etats-Unis – ce qui ne signifierait d'ailleurs pas contre eux, tant du moins qu'ils respecteraient la règle de la réciprocité.
Nous n'avons pas d'objection à ces perspectives, sauf à ajouter que les coopérations renforcées devraient notamment viser au développement de technologies de puissance, sans lesquelles l'indépendance de l'Europe resterait un mot creux.
La faute de M. Monnet, par Jean-Pierre Chevènement, publié aux éditions Fayard, 2006
Il faut commencer à imaginer qu'avec les futures nano-usines dont la mise au point ne saurait tarder (voir notre article dans ce numéro: "L'ingénierie moléculaire en vue"), il pourrait devenir possible de fabriquer avec une faible "empreinte écologique" des produits que la crise climatique et environnementale rendra de plus en plus rares et coûteux
Dans ce livre, Les nanotechnologies, espoir, menace ou mirage ? (Editions Lignes de repères, Avril 2006), Yan de Kerorguen (1) décrit « la nouvelle révolution technologique qui se prépare. Pour la première fois de son histoire, l'homme pourrait être en passe de maîtriser l'infiniment petit, la structure atomique de la matière et créer des objets invisibles à l'oeil nu, incroyablement résistants, souples et légers. Ces nanotechnologies, expérimentées par des scientifiques depuis des décennies, sont en train d'exploser. Elles modifieront en profondeur nos structures économiques et sociales. Les industriels se mobilisent dans le développement de procédés de fabrication qui révolutionneront toutes les activités humaines: la médecine, l'environnement, l'énergie, l'habillement, l'automobile, les outils que nous utilisons pour communiquer et nous divertir. On parle de la naissance d'un "nanomonde". Un marché estimé à 1000 milliards de dollars en 2013! (Présentation de l'éditeur)
Nous conseillons à nos lecteurs cet ouvrage pour deux raisons :
Il faudrait donc passer du laboratoire à la vraie grandeur. On obtiendrait alors des ressources qui pourraient en grande partie remplacer celles que produisent actuellement les agricultures et les industries en détruisant l'écosystème. Elles pourraient également contribuer à la dépollution et à la transformation des déchets. A terme, elles pourraient diriger la mécanosynthèse d'innombrables composés susceptibles de servir de substituts alimentaires et de participer à l'enrichissement des organismes vivants et même de leurs systèmes nerveux.
Mais à quel coût ? Laissons de côté le coût économique qui fait partie des variables ajustables. Le vrai coût à mesurer est celui du bilan écologique (ecological footprint) de telles fabrications. Plusieurs conditions doivent alors être remplies pour qu'il soit positif et pour que celles-ci puissent intervenir massivement dans la protection de l'environnement et de la nature, sans aggraver les risques actuels. Il faudrait d'abord vérifier, et c'est véritablement là le pas décisif à franchir avant d'investir dans les nanosciences, que l'humanité pourrait grâce à elles produire de la complexité, c'est-à-dire des richesses de toutes sortes, en n'utilisant que de l'énergie primaire (par exemple les énergies renouvelables, éventuellement l'énergie nucléaire), avec des rendements suffisants pour que les produits obtenus le soient à bas coût. Il faudrait aussi vérifier que les matières premières de base utilisées pour la synthèse des nouveaux composés soient disponibles en grande quantité et sans risque pour l'environnement, par exemple le sable et l'eau.
Les seuls investissements véritablement coûteux à consentir intéresseraient alors les instruments de laboratoires et machines outils capables de produire les nanomatériaux et nano-objets, ainsi que la matière grise (en principe infiniment renouvelable) que les humains devraient investir en recherche développement et en gestion pour développer ces procédés. Mais là encore, en ce qui concerne les équipements nécessaires à des productions industrielles, des nanomachines regroupées en nanoateliers, pilotés par des systèmes d'intelligence artificielle autonomes, pourraient prendre le relais des équipements de laboratoires, dérivés du microscope à effet tunnel et canons à électrons qui ne peuvent actuellement que manipuler les atomes un à un. Il pourrait alors s'agir d'usines facilement exportables vers les pays du tiers-monde, afin que ceux-ci ne restent pas exclus de ces nouvelles sources de richesse.
On objectera que de telles perspectives relèvent de la science-fiction. Elles le resteraient en effet si les recherches/développements nécessaires n'étaient pas consentis. Yan de Kerorguen donne le montant des crédits aujourd'hui consacrés aux nanotechnologies par les grandes puissances. Les Etats-Unis, qui tiennent la tête et font par rapport à l'Asie et à l'Europe un effort considérable pour rester dominants dans un domaine qu'ils considèrent comme vital pour le maintien de leur suprématie, y consacrent des sommes difficiles à calculer mais qui ne dépassent pas les quelques dizaines de milliards de dollars par an. Dans le même temps, la guerre en Irak leur coûte tous les ans plus de 400 milliards. On n'ose pas envisager où en serait la recherche si des sommes de cette importance avaient été investies régulièrement dans les nanosciences.
(1) Docteur en ethnologie, Yan de Kerorguen, est rédacteur en chef adjoint à “ La Tribune ”. Il est également romancier et auteur de plusieurs ouvrages sur les rapports entre la science, l'économie et la société.